INCEPTION

INCEPTION
Christopher Nolan, 2010

LE COMMENTAIRE

Elle tourne, elle tourne, la toupie… S’arrêtera-t-elle un jour? Rien n’est moins sûr. D’une conclusion on peut débattre des heures. D’une phrase sans point final on peut discuter des années. Certains s’offusqueront qu’on ne leur propose pas de résolution. D’autres verront dans cette toupie qui n’en finit pas de tourner une manière de moins nous faire tourner en bourrique que le final-cut américain du Grand Bleu.

LE PITCH

Dom Cobb (Leonardo DiCaprio), un expert du subconscient cherche désespérément un moyen de retourner à Los Angeles.

LE RÉSUMÉ

Dom Cobb est spécialiste des extractions. Il s’invite dans le sommeil de ses victimes pour y dérober des informations précieuses qu’on ne trouve que dans le subconscient. Cobb se fait commissionner par Saito (Ken Watanabe) non pas pour voler quelque chose. Plutôt pour déposer quelque chose dans le subconscient de quelqu’un: une inception. En échange il promet à Cobb de jouer de ses réseaux pour lui permettre de rentrer aux États-Unis et revoir ses mômes (cf Edith Piaf).

Les règles du jeu son simples. Pour sortir du rêve, il faut un kick qui est signalé par un petit extrait d’Edith Piaf. Un peu comme dans la vraie vie quand Régine vient gâcher un rêve magnifique parce qu’il est déjà 7h et que France Bleu crache sa musique plein pot.

Et comme les songes s’inspirent parfois de la réalité, les rêveurs ont besoin d’un repère, un totem, pour les aider à s’y retrouver. Dans le cas de Cobb, une toupie qui tourne infiniment (ou pas).

Cobb monte une équipe de choc composée de Arthur (Joseph Gordon-Levitt), de Eames (Tom Hardy), d’Ariane (Ellen Page) et de Yusuf (Dileep Rao). Au cours de cette mission périlleuse, Cobb va devoir pénétrer plusieurs niveaux de rêve. Comme si ça n’était pas suffisamment compliqué, Mal (Marion Cotillard) son ex-femme vient pourrir ses plans et transformer ses rêves en cauchemars.

Après de nombreux rebondissements, l’équipe réussit sa mission. Cobb revient des limbes, passe les douanes sans encombre pour retrouver ses enfants. Il jette la toupie pour s’assurer quand même qu’il ne rêve pas.

L’histoire s’arrête avant qu’on sache.

Inception-leonardo-dicaprio

L’EXPLICATION

Inception c’est un tourbillon.

On peut lutter contre une personne, pas contre une idée (cf V for Vendetta). Une fois qu’elle est plantée, une idée creuse son sillon. Quand on plante l’idée qu’Emmanuel Macron (cf Le casse du siècle) est le responsable de la situation actuelle, alors on finit par vouloir sa démission. Et aucune allocution n’y changera rien. On est pris dans le tourbillon. L’inception peut conduire à une révolution car l’idée se répand.

An idea is like a virus, resilient, highly contagious.

La culpabilité est un autre tourbillon. Elle est omniprésente chez les hommes. Fisher se sent coupable de ne pas être à la hauteur des attentes de son père. Et Cobb se sent coupable d’avoir abandonné ses enfants à leurs grands-parents. Il faut dire que les grands-parents, on en a vite fait le tour, surtout quand on a 6 ans. Le problème de Cobb c’est qu’il pense que Mal s’est suicidée par sa faute, à cause d’une idée qu’il aurait planté en elle. Cette pensée, vraie ou fausse, le ronge. Il ne boit pas mais s’est fabriqué des étages de cauchemars dans lesquels il se réfugie de temps en temps pour essayer de revivre le moment et peut-être réparer le mal. Il est toujours rattrapé par la réalité. Cobb est prisonnier de son propre schéma, victime de cet excès de conscience qui l’empêche d’avancer et qui fait qu’on finit par tourner en rond. Cobb devient sa propre toupie.

On peut essayer de se sortir du tourbillon comme une tentative de se dédouaner, c’est à dire passer la douane de l’aéroport. Une histoire sans point final est aussi une manière habile de la part d’un auteur de se décharger de sa responsabilité en refilant la patate chaude à son public. Et puis écouter en boucle  Edith Piaf qui répète qu’elle ne regrette rien, c’est une méthode Coué efficace. Pour ne rien regretter, il faut pourtant bien avoir fait une bêtise. Cobb est-il coupable ou innocent? On est coincé face à la même question sans réponse. Cobb ne peut rien faire d’autre qu’essayer de faire quelque chose. Car s’il ne fait rien, il ne risque pas de revoir ses enfants. S’il ne fait rien il va finir vieux et seul.

Don’t you want to take a leap of faith? Or become an old man, filled with regret, waiting to die alone.

Tout n’est donc peut-être pas perdu. En plus d’Edith Piaf, Inception remet au goût du jour les dictons français les plus optimistes : ‘Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir.’ ‘Qui ne tente rien n’a rien’

Et si ce tourbillon n’était finalement qu’un rêve? Car tout semble indiquer que Cobb est lui-même prisonnier de son propre rêve comme Mal le lui fait remarquer…

Chased around the globe by anonymous corporations and police forces, the way the projections persecute the dreamer?

Et Miles (Michael Caine), son beau-père, essaie aussi de le ramener à la raison.

Come back to reality Dom!

Le tourbillon brouille notre perception du monde. Rappelons quand même qu’on dort environ 1/3 de notre vie. Si le rêve est plaisant, n’est-il pas plus pratique d’en faire sa réalité?

The dream has become their reality.

Parce qu’au final on ne sait rien (de rien). On ne sait pas vraiment si Mal s’est suicidée par la faute de Cobb ou non. On ne sait d’ailleurs pas ce que Cobb a fait. On ne sait pas s’il rêve ou pas. On ne sait pas ce qu’il arrive à cette toupie. On ne sait pas si le smic va augmenter ou simplement la prime d’activité. Les interrogations forment un nuage épais qui nous empêche de distinguer la lumière de la vérité. Il est vrai que Cobb porte parfois son alliance, parfois pas. Il est vrai aussi que la toupie est le totem de sa femme, pas le sien. On passe sa vie à s’accrocher pour suivre le fil, parce qu’on n’a rien d’autre à faire. On essaie désespérément de comprendre une histoire dont la pesante conclusion qui est qu’on ne sait jamais.

Et si Christophe Maé avait raison?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

6 commentaires

  • Cette analyse est vieille mais mérite tout de même que j’y réponde.
    J’espère que tu la liras.

    Je ne remet rien en cause dans tout ce que tu dis mais il me semble que tu es tout de même passé à côté du film.
    Le processus de l’Inception c’est quoi? Placer un sujet dans un rêve et lui insuffler une idée qui ne le quittera jamais, pour cela on a un extracteur qui dirige tout, un riche pour financer, un type qui modifie son apparence, une femme qui crée des labyrinthes et donc une linéarité à l’action et finalement, un sujet…
    Et donc maintenant que tu sais cela, demande toi qui est le sujet, en quoi ce film est une démonstration, qui est VRAIMENT le sujet?
    Maintenant je vais te poser une question: quelle est le point commun de tous les spectateurs d’Inception?
    Voilà la réponse: ils sont tous tourmentés par une problématique simple, efficace, une idée hautement contagieuse- Cobb rêve-t-il, la toupie s’arrête-t-elle? TOUS se le demandent même 8 ans après.
    En fait, le sujet, c’est toi… Ce n’est ni Fisher, ni Cobb, c’est toi spectateur.
    L’extracteur qui coordonne les opérations est Nolan le réalisateur.
    Le riche pour financer ce sont les producteurs, souvent comparés à des touristes sur les tournages.
    Le type qui change d’apparence pour faire plus vrai c’est le type qui a constitué la distribution, il donne un visage aux rêves.
    La femme qui construit le labyrinthe du rêve c’est le scénariste, et le sujet, c’est toi.
    Le rêve se joue devant tes yeux, tu ne t’en rends pas compte, plus le film avance plus tu t’enfonce dans tes interrogations jusqu’à la question finale de la toupie et, HOP, écran noir, c’est la décharge, tu sors du rêve, tu ne te souviens pas de tous les évènements mais cette idée te turlupine: la toupie…
    C’est en cela que je trouve ce film fort, on s’est tous fait avoir subtilement.
    Si tu lis cette analyse et que tu peux me répondre sur mon mail, si il s’affiche, réponds moi. J’ai fait tout mon possible mais je ne sais pas si ce que je dis est assez clair.
    Bonne continuation.

    • Merci beaucoup pour cette explication Gambade! La perception du monde est un thème récurrent chez Nolan, qu’on retrouve dans Memento, Interstellar, Insomnia, et évidemment Le Prestige. Ainsi dans Inception nous nous ferions tous avoir nous-mêmes, en donnant notre consentement. Comme si finalement le sens du film importait peu du moment que nous avons été servi en spectacle. Peu importe que la toupie s’arrête ou pas du moment que Cobb est avec ses enfants. C’est tout ce qui compte pour lui, dans le rêve ou la réalité. C’est très juste. Merci beaucoup.

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