A MOST VIOLENT YEAR

A MOST VIOLENT YEAR
JC Chandor, 2014

LE COMMENTAIRE

La petite entreprise de Bashung ne connaissait pas la crise. Sauf qu’elle a raté son virage. Aujourd’hui, Bashung est mort. Si certains cherchent la clé, elle est sous la porte. Les employés ont fini de chanter Merci patron! Ils pointent au chômage. La zone est devenue sinistrée, l’équipe de foot locale reléguée. C’est la merde! Les fanfaronnades du passé ont cédé la place aux grimaces du présent. Un pêché d’orgueil qu’auront su éviter certains entrepreneurs New-Yorkais, et pourtant Dieu sait si c’était compliqué au début des années 80.

LE PITCH

Abel Morales (Oscar Isaac) mène sa barque d’une main de fer dans un océan New-Yorkais bien corrompu.

L’HISTOIRE

Abel a une compagnie de fioul prospère. Depuis quelques années, il pique légalement des parts de marché à ses concurrents qui commencent à s’agacer du succès de ce jeune loup et surtout à s’inquiéter de son ambition. Car Abel voit encore plus grand.

Bizarrement Abel est victime de nombreux détournements de ses camions. Son fioul finit immanquablement dans les cuves de la concurrence. Ses commerciaux se font tabasser, quand ils ne finissent pas dans des décharges. Face à tant d’injustice, il tentera de mettre la pression au procureur qui n’aura comme réponse que de lui foutre une enquête aux fesses.

Abel fait front et veut respecter sa ligne de conduite. Il refuse de céder à la tentation du revolver que lui propose sa femme Anna (Jessica Chastain). Il refuse également d’armer ses conducteurs comme l’exigent les Teamsters. Il finira pacifiquement par remonter la trace de ses voleurs qui s’avéreront être ses propres concurrents (surprise). La concurrence est rude, comme on dit. Abel nage au milieu des requins, comme lui fait remarquer sa femme.

You’re at war here.

Finalement lâché par son banquier à la dernière minute, Abel risquera de tout perdre. Ce sera finalement Anna qui lui sauvera la mise grâce à de l’argent de la compagnie qu’elle avait volé épargné pendant des années.

Tout se conclut dans une légalité relative, avec un suicide qui ne laissera pas plus de traces sur la conscience d’Abel qu’un trou sur une cuve de fioul bouché par un Kleenex.

L’EXPLICATION

A Most Violent Year c’est un Millésime.

Tous ces parents dont les enfants se font tabasser à l’école se poseront la question: Faut-il armer son gamin ou le laisser encaisser les coups en attendant un jour meilleur? Qu’est-ce qu’on fait quand on est le peuple élu mais que tout le monde nous persécute de génération en génération? La solution ne passe pas par s’armer jusqu’aux dents, n’en déplaise à Donald Trump. De la même manière on ne gagne pas la guerre contre le terrorisme en bombardant Raqqa. Sans un travail de fond, les bombes ne sont pas suffisantes. Prévenir vaut mieux que guérir.

A Most Violent Year traite du caractère audacieux de l’entrepreneur, le seul à se faire violence quand les circonstances l’exigent vraiment. Aujourd’hui, on a besoin que les hommes prennent leurs responsabilités et se retroussent les manches.

When it feels scary to jump, that is exactly when you jump.  Otherwise you end up staying in the same place your whole life. And that I can’t do.

Ce qui distingue l’entrepreneur des autres c’est qu’il fonce. Quand on essaie on fait des erreurs. L’entrepreneur n’a cependant pas peur de se planter. Il est conscient que l’échec fait partie de sa tentative mais il est convaincu qu’il ne pourra que s’améliorer. Il se nourrit de ses échecs. Il est conscient de ses faiblesses et refusent qu’elles l’empêchent d’avancer. Abel le rappelle à sa femme :

You are vulnerable. We all are.

On pourrait penser que la dure à cuire c’est Anna, compte tenu du fait qu’elle est la fille d’un gangster, qu’elle a un décolleté très agressif, qu’elle tue de sang froid un cerf agonisant sur la route en lieu et place de son mari et qu’elle traite son patron de poule mouillée. On pourrait croire que c’est la femme qui porte la culotte. Alors que finalement qui est le plus violent des deux? Abel ne sourcille pourtant pas face au suicide de son ex-employé. Et c’est lui qui est constamment en première ligne. Abel c’était Atlas. Oui les hommes portaient encore le monde dans les années 80.

Parce qu’à l’époque les patrons n’ignoraient pas que le revolver permet toujours de se sortir d’un mauvais pas mais ne conduit pas pour autant là où on rêve d’aller. La manière compte. On dit souvent que les Américains sont des pragmatiques et que seul le résultat leur importe. Tandis qu’en France, la manière compte presque plus. Peu importe si l’on perd, du moment qu’on a bien joué. Car oui, on peut bien jouer et perdre. Abel n’est donc pas tout à fait américain de ce point de vue.

You should know that I have always taken the path that is the most right. The result is never in question for me. Just what path do you take to get there and there is always one that is the most right.

Ça change évidemment de tous ces beaux discours dans lesquels les patrons disent qu’il y a la bonne manière de faire, la mauvaise manière de faire et leur manière à eux (« It’s my way or the highway »), A Most Violent Year remet un peu d’éthique dans le business.

Notons que si Abel est le plus violent, il sait aussi mettre son ego dans sa poche quand il le faut, en acceptant la magouille de sa femme. Ce qui fait de lui un patron complet. Si Abel respectait les règles, il ne serait pas où il en est. S’il ne savait pas naviguer dans ces eaux troubles, il ne serait peut-être pas beaucoup plus avancé. Le patron est obligé d’être politique ou il n’est pas.

Entre temps, il y a eu Bernard Tapie et Jean-Marie Messier. Et les femmes ont fini par prendre le pouvoir. Margarita Louis-Dreyfus, Anne Lauvergeon, Isabelle Kocher et évidemment Sheryl Sandberg, Indra Nooyi, Arianna Huffington… C’était inéluctable. Florent Pagny a chanté « Et un jour une femme » comme une prémonition doublée d’un aveu d’impuissance. La femme a remplacé Atlas.

Force est de constater que si tout n’était pas parfait à l’époque, les choses ne vont pas beaucoup mieux aujourd’hui.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

2 commentaires

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