DALLAS BUYERS CLUB

DALLAS BUYERS CLUB
Jean-Marc Vallée, 2013

LE COMMENTAIRE

Dans un couple il y a des cycles. D’abord c’est le coup de foudre. C’est le temps des restaurants trois étoiles et des belles promesses pour la vie. Puis la lune de miel s’arrête, on ne s’en rend même pas compte. Les dimanches se vivent en survêtement. On sèche le restaurant pour ne pas rater le foot. La passion a fait ses valises discrètement, sans faire de bruit. On n’a plus grand chose à se dire jusqu’à ce qu’arrive le moment où l’on ne peut carrément plus se saquer. C’est le temps des ruptures sur les bancs publics où l’on ne se bécote plus depuis longtemps.

LE PITCH

Ron Woodrof (Matthew Mc Conaughey), un cow-boy qui brûle la vie par les deux bouts dans le Texas des années 80, se voit diagnostiquer avec une maladie incurable très en vogue à l’époque.

L’HISTOIRE

Ron Woodrof est une force de la nature. Il monte des taureaux enragés. Il est extrême dans sa violence, son machisme, son homophobie. Il est extrême dans tout ce qu’il entreprend. Ce taré commence à avoir des malaises. Lui qui voit la vie comme un grand huit va se prendre un joli coup d’arrêt quand le médecin va lui annoncer qu’il a le SIDA et qu’il n’en a surtout plus que pour une trentaine de jours.

Déjà le SIDA il ne sait pas ce que c’est. Quand on lui explique il pense que ça n’est pas pour lui (qui n’est pas un pédé). L’idée qu’on puisse en mourir est tout simplement inconcevable pour lui car il se considère comme increvable.

There ain’t nothin’ out there can kill fuckin’ Ron Woodroof in 30 days.

Personne ne lui dicte quoi que ce soit, pas même le SIDA (Woodrof aurait du faire cette pub légendaire : le SIDA ne passera pas par moi). Le traitement qu’on lui administre semble ne pas être de taille. Physiquement très amoindri, il prend conscience que la prophétie du professeur est en passe de se réaliser. S’il ne fait rien, il ne finira pas le mois. Woodrof décide de partir au Mexique où il a eu vent de docteurs aux traitements miracles, interdits aux États-Unis. Il tente le tout pour le tout.

Et il est récompensé car le traitement s’avère effectivement miraculeux. S’il ne le guérit pas, il lui offre néanmoins du temps.

C’est une rencontre avec Rayon (Jared Leto), un autre malade, qui va donner à Woodrof l’idée de lancer un business: le Dallas Buyers Club. Le cow-boy se mue en homme d’affaires. Il fait les aller et retours au Mexique pour s’approvisionner et les malades peuvent venir se servir en médicaments interdits. Woodrof l’homophobe va apprendre à aimer ses clients (pour la plupart homo). Et de bataille en bataille contre la FDA, il survivra à sa maladie pendant 7 ans. Comme quoi, le travail c’est la santé.

L’EXPLICATION

Dallas Buyers Club c’est 7 années pour devenir un peu moins con.

Ron Woodrof part de très loin mais il va vivre quatre belles histoires:

  • Celle d’un malade contre la mort : Woodrof est bourru au coeur tendre. C’est un combattant. Le taureau enragé c’est lui. En vivant trop vite ou trop fort, ce boulimique fuit plus qu’il n’affronte. Sa maladie est incontournable. Elle va avoir le mérite de lui rappeler à quel point il est attaché à la vie. Il va mettre toute son énergie dans ce combat, car il ne lâche rien. Et en cela ce personnage est fascinant, car il est comme un animal acculé faisant preuve d’un instinct de survie extraordinaire. Sans tomber dans un discours larmoyant, Woodrof fait plus que se battre contre la mort, il se bat pour la vie. C’est une course contre le temps.
    « Sometimes I just feel like I’m fighting for a life I just ain’t got time to live. »
  • Celle d’un macho qui découvre les femmes : Woodrof n’a que très peu de considération pour le docteur Saks (Jennifer Garner) qu’il considère d’abord comme une infirmière (et donc comme une paire de fesses). Pour lui, les femmes sont des objets (de plaisir). Il est d’abord touché par le caractère dont fait preuve de Dr Saks. Puis tout simplement il accepte le fait qu’elle puisse avoir des sentiments pour lui. C’est peut être le plus difficile. Il n’y a pas beaucoup de place pour quelqu’un d’autre que lui-même dans sa vie. Il va d’abord tolérer Rayon. Puis il va peu à peu accepter Saks à ses côtés.
  • Celle d’un homophobe qui apprend la tolérance : En bon Texan, rien n’effraie plus Woodrod que la différence. De ce point de vue, Rayon est le pire de ce qui se fait sur terre puisqu’il s’agit d’un travesti (ie un homme qui aimerait être une femme). Ça va au delà de ce que Woodrof peut comprendre. Parce que logé à la même enseigne, il va bien devoir regarder tous ces « dégénérés » différemment et aller au delà de ses préjugés pour voir les hommes (au delà des pédés). Il accepte la fragilité.
  • Celle d’un patient contre le système : Woodrof est une victime du monde pharmaceutique. Pour des enjeux de business on contraint les patients à prendre des molécules qui les rendent malades plus qu’elles ne les guérissent. L’État est complice de cette prise en otage. Et les patients n’ont qu’à la fermer (et raquer). Woodrof est le caillou dans la chaussure de la FDA ainsi que des laboratoires. Il est Robin des Bois.

Pour la petite histoire, le vrai Woodrof aurait été bisexuel, donc pas forcément aussi homophobe qu’on ne le pense. Ou en tout cas pas aussi dégoûté que ça à l’idée de tripoter le zizi d’un autre. Bien que fan de rodéo, il n’aurait pas monté de taureaux lui-même. Et il n’aurait pas été si violent que ça. Une belle arnaque en somme!

Parce que tout ça reste du cinéma. Et que si le trait n’avait pas été grossi, c’est peut être Victor Lanoux qui aurait campé le rôle de Ron Woodrof. L’histoire n’aurait peut être pas été aussi poignante (sans injure à Victor Lanoux qui faisait un magnifique Louis la brocante). Doit-on condamner France3 pour autant?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.