LOVE

LOVE
Gaspar Noé, 2015

LE COMMENTAIRE

Les Beatles ont fait de l’amour une sorte d’absolu. L’amour c’est tout ce dont nous a besoin. Ils l’ont chanté en commençant sur l’air de la Marseillaise, comme un clin d’oeil. Parce que s’il y a des gens qui s’y connaissent la matière c’est bien nous. Sauf que nous sommes plus terre à terre. Nous on sait que les histoires d’amour finissent mal, et pas qu’en général comme le chantait Catherine Ringer. Elles finissent mal tout le temps. Nous ne sommes pas des romantiques, nous sommes des réalistes. Ça ne nous empêche pas d’aimer l’amour. C’est parce on aime se faire mal. Le marquis de Sade était Français. Le Tour de France, les andouillettes, sentir son doigt tout ça c’est Français.

LE PITCH

Murphy (Karl Glusman) se réveille un 1er janvier avec une gueule de bois et le souvenir de son ex-petite amie Electra (Aomi Muyock).

L’HISTOIRE

D’abord réveillé de bonne heure par Gaspar, son petit garçon, Murphy se fait agresser verbalement par sa copine Omi (Klara Kirstin) au sujet d’un bidon naissant. Un peu dur pour un premier janvier, même pour un homme. Un message sur son répondeur finira d’assommer Murphy : Nora, la mère de son ex, s’inquiète du silence de sa fille.

Ce message va replonger brutalement Murphy dans une histoire qui a mal cicatrisé. Pendant deux ans, Murphy a vécu une relation intense avec Electra et les braises de cette histoire lui chauffent encore le cœur.

A défaut d’avoir tout vécu ensemble, les deux amants auront traversé beaucoup de choses : de l’idylle des débuts, en passant par les tromperies, les disputes et les réconciliations, les explorations en tout genre, les belles promesses… jusqu’à ce qu’un accident de capote (ie donnant naissance au petit Gaspar) ne porte le coup de grâce à une relation si singulière et en même temps si banale en fin de compte.

Sans nouvelle, Murphy souffre plus que toujours de l’absence d’Electra. Rongé par ses erreurs passées et sceptique quant à son futur avec Gaspar et Omi, Murphy se perd dans ses souvenirs. Prostré dans sa baignoire, il reste hanté par le souvenir d’Electra.

L’EXPLICATION

Love c’est utiliser l’amour comme prétexte pour ne pas vivre.

La vie n’est pas un conte de fée. Murphy l’Américain peut bien vivre pleinement son fantasme Parisien et refuser cette vérité, elle finit toujours par lui cracher à la figure. Il se réveille dans une vie qu’il a l’impression de ne pas avoir choisie. Son petit garçon lui tape sur les nerfs tout comme sa copine qui était beaucoup plus bandante quand elle n’était que sa voisine. Aujourd’hui il ne lui inspire plus que du mépris. Il est désormais dans le réel du 1er Janvier, synonyme de renouveau et qui prend malheureusement pour lui la forme d’une marche arrière vers un amour perdu qui continue de le détruire. Les flashs, souvent amers, lui rappellent que la dynamique entre lui et Electra était pourtant devenue très néfaste. Murphy ferme les yeux et refuse de vivre le présent tandis qu’Omi essaie de s’occuper de leur futur. Lui se sert d’un fantasme comme éviter le réel.

Son ‘amour’ s’est transformé en opium. Electra a fait pire que réaliser les rêves de Murphy puisqu’elle les a dépassés. Ce faisant elle a mangé Murphy tout cru. Il en est toujours complètement dingue, obsédé par le passé. Il se laisse posséder par son ex. Personne ne saura le faire monter aussi haut qu’Electra. Son absence laisse un vide énorme dans la vie de Murphy qui finit seul et déprimé (comme un con) dans sa baignoire, s’excusant auprès de son petit Gaspar d’être aussi faible, de manière totalement pathétique.

Ce Love est donc un piège dans lequel il ne faut pas tomber. L’amour n’est pas une association à but non lucratif comme on a voulu nous le faire croire dans La Petite Maison dans la Prairie. Une des maîtresses de Murphy lui confiera avec cynisme :

Celui qui tombe amoureux, c’est celui qui perd à la fin.

L’amour serait une sorte de loto catastrophe dans lequel 100% des perdants auraient tenté leur chance. Murphy, le romantique, n’en a cure. Murphy l’Américain pense qu’il est au dessus de tout ça. Il s’obstine. Il se pense plus fort et finit par répéter les mêmes erreurs, se prenant inlassablement les mêmes murs.

Love expose le couple aux exigences de la modernité. Murphy et Electra veulent vivre plus fort et plus vite mais finissent toujours par perdre le contrôle du véhicule. Leur relation est un échec total. Ils s’étaient fait la promesse de se protéger et de ne laisser rien ni personne ne se mettre entre eux. Ce sont bien eux qui ont laissé Omi s’immiscer dans leur relation. Murphy et Electra se sont aventurés un peu trop loin dans la forêt. Se croyant plus malins qu’Adam et Eve ils décident de croquer la pomme simultanément en pensant limiter les dégâts. Ils finiront tous les deux séparés en enfer.

On peut dès lors se demander jusqu’où le couple peut aller dans la réalisation de ses fantasmes. À tester constamment leurs limites main dans la main (ce qu’on ne peut pas leur reprocher), Murphy et Electra vont multiplier les sorties de piste jusqu’à ce qu’une avalanche ne finisse par avoir raison de leur couple. Trop de secrets et de petits mensonges qui finiront par pousser Electra chez Julio, le dealer (le côté obscure) de Murphy qui pourra nourrir le regret de ne pas avoir été assez fort face à cette violence et d’avoir ainsi laissé échapper celle qu’il aime, ou plutôt qu’il croit aimer. Murphy est parti dans son délire romantico-amoureux sauf qu’il a maintenant un pied dans le réel avec son petit Gaspar. Il n’a pas le droit de chercher à se faire passer pour une victime de l’amour, en restant dans sa baignoire.

Love c’est une frustration permanente, entretenue par la société elle-même. On ne fait que nous renvoyer des signaux contraires. À l’époque où les choses allaient mal, nous étions paradoxalement arrosés d’histoires à l’eau de rose qui se finissaient toujours bien: dans les Disney, la princesse et le prince vivaient souvent longtemps et avaient beaucoup d’enfants. Il fallait donner de l’espoir aux gens. Depuis la crise des retraites, l’enfant est devenu unique et vit dans une famille explosée parce que les parents n’ont pas pu se blairer plus longtemps qu’une baise. C’est un peu comme si aujourd’hui les choses allaient si bien qu’on avait absolument besoin d’histoires dramatiques. Il faut quand même rappeler que tout ne va pas si bien que ça : l’Europe va perdre la Grèce, Marine a perdu Jean-Marie, Bielsa a dit au revoir à l’OM puis au LOSC et les Spices Girls vont faire leur grand retour à la scène… sans Victoria Beckham.

Alors s’il vous plaît rendez-nous nos happy end!

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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