JEAN DE FLORETTE

JEAN DE FLORETTE
Claude Berri, 1986

LE COMMENTAIRE

Au XVIe siècle, quand on fleuretait, ça voulait dire qu’on disait des conneries. Quand François Hollande annonçait qu’on reviendrait au plein emploi, on peut dire qu’il fleurettait. Le verbe a évolué par la suite en conter (des) florettes pour draguer les filles, souvent en leur disant des conneries aussi. Puis il y a eu « Jean » de Florette qui rêvait tout éveillé. Et aujourd’hui on peut acheter de la Florette « en vente libre dans tout les bons supermarchés ». À la fin on avale toujours des salades.

LE PITCH

Jean de Florette (Gérard Depardieu) hérite d’une propriété fortement convoitée par les Soubeyran, César (Yves Montand) et Ugolin (Daniel Auteuil).

L’HISTOIRE

Ugolin, dit « Galinette », revient de son service militaire avec l’idée de cultiver des œillets. Son oncle César, dit « Papet », réalise le potentiel de l’affaire. Et comme il n’a plus qu’Ugolin pour assurer sa descendance, il est prêt à l’aider coûte que coûte. Pour se lancer en grand dans les œillets il faut de la terre et une source. Parce qu’un pied d’œillet ça boit comme un homme et qu’on est quand même en Provence.

Les Soubeyran lorgnent sur la ferme des Romarins appartenant à Piquebouffigue, qui est idéalement placée et possède un point d’eau. César propose à Piquebouffigue de lui racheter son bien. Il le vexe et le tue « involontairement ». César et Ugolin décident de boucher la source pour faire baisser le prix de la propriété et la racheter pour pas cher.

Le domaine n’est pourtant pas à vendre. C’est Jean Cadoret, dit « de Florette » qui en hérite de sa défunte mère. Percepteur à Crespin, Jean compte bien s’installer à la campagne pour profiter de l’Antique Provence et s’enivrer du vin de sa vigne, au grand désarroi des Soubeyran qui n’auront de cesse de lui savonner la planche. Ugolin devient le faux ami de Jean et César le coupe du village.

Jean qui croit avoir bien calculé son coût va se prendre les pieds dans le tapis de la météo provençale. Après un petit succès, il va vite devoir déchanter. Seul face aux éléments et victime de la sécheresse, son entreprise est un échec.

Je préfère attribuer mon échec à ma propre sottise et mon manque de bon sens. Je me suis cru très habile alors que précisément je ne voyais pas l’essentiel.

Il tente de trouver une dernière solution en creusant une citerne. Il se blesse mortellement pendant la construction du puits.

Les Soubeyran rachète le domaine. Trop impatients de se mettre à l’ouvrage, ils débouchent la source et se félicitent de leur succès à venir, sans s’apercevoir que Manon, la fille de Jean, a tout vu.

L’EXPLICATION

Jean de Florette c’est une injustice.

Jean débarque à la campagne plein de bonnes intentions et pense qu’il va pouvoir tout révolutionner sur la base de ses lectures. Il se donne trois ans pour réussir, convaincu d’être capable de dompter la nature à coups de calculs mathématiques. Si Jean élabore son plan avec précaution, il se trompe peut-être de direction. Le Papet le sait.

Dans la tête des gens c’est toujours beaucoup plus facile de labourer à la descente qu’à la montée, alors pousse le du côté qu’il va tomber!

La tête dans ses livres, Jean ferme les yeux sur l’expérience des anciens.

Avec un porte-plume, c’est facile de faire des multiplications avec des lapins!

En prenant son environnement de haut, il va commettre une erreur fatale. Ce que 1789 nous a appris c’est qu’il n’est pas de révolution qui ne soit pas sanglante. Le premier malin qui veut changer les choses se prend toujours le mur (cf Moneyball). Et il n’est pas de révolution sans têtes coupées, parfois même la sienne. Jean fait d’abord l’erreur politique de ne pas se trouver d’alliés. Il ne compte que sur Ugolin qui est une planche pourrie. Et Jean snobe la nature à coups de statistiques mais elle va se venger car elle finit toujours par reprendre ses droits (cf Jurassic Park). L’échec de Jean c’est la défaite de la modernité qui croit tout savoir.

La routine c’est ce que les vieux nous ont appris, et qu’il faut tout foutre en l’air parce qu’il faut être moderne… de la pure couillonnade!

Jean n’est pas un paysan ce qui ne l’empêche pas de se tuer littéralement à la tâche. Le travail est une condition nécessaire mais pas suffisante. Il doit composer avec la chance qui se montre souvent capricieuse. Elle semble sourire à César et Ugolin.

Tu vois Galinette, il faut jamais désespérer de la Providence.

À l’inverse elle semble quand même profondément injuste avec Jean.

Y’a personne là-haut!?

Encore une fois on peut se demander si Jean ne se trompe pas de sens à vouloir chercher quelqu’un là-haut alors que tout se passe ici bas. Il accumule les erreurs. Rappelons néanmoins qu’il doit composer avec une nature qui n’a plus grand chose de naturelle car le Papet a quand même salement truqué le jeu de cartes dès le départ. Elle est là l’injustice.

Il y a dans Jean de Florette une profonde méfiance de l’étranger. De par son physique, Jean n’est pas comme les autres. Il suscite la curiosité et la crainte. Jean c’est le pas comme nous. C’est l’Arabe potentiel poseur de bombes ou le Noir et son pénis plus grand que la moyenne du Guinness book des records. Jean est victime du délit de sale gueule.

Les bossus c’est souvent plus malins que nous.

Jean est d’autant moins comme nous qu’il vient du village d’à côté et qu’il est raffiné. Ce qui lui vaut aussi les foudres injustes des habitants de Bastides.

Il se prend pas pour une sous-merde.

Jean est mesuré en toute chose et ne cherche pourtant pas à anéantir les autres, simplement à se faire une petite place dans le monde. La Provence est trop étroite. Jean y devient la figure du migrant qu’on prive du droit de réussir en le privant d’un mulet. C’est le migrant qu’on prive du droit d’exister. Alors que de par sa condition de bossu, Jean est beaucoup plus ouvert que les autres.

Manon, ce sont tes pensées qui sont vilaines! Sous des enveloppes grossières il y a parfois des âmes pures.

Peut-être devrions nous tous partir vivre un peu à l’étranger pour nous aérer l’esprit et apprendre la tolérance?

Il y a enfin le rapport aux ressources. Si Jean manque d’eau, il finit surtout par manquer d’argent. Tout l’inverse du Papet.

Je suis fort, je suis fort… parce que j’ai les sous!

Ce qui prouve qu’il est quand même plus facile de gagner au poker quand on a plus de jetons. Si le Monopoly est à l’image de la vie, on doit se rappeler que les gagnants faisaient souvent la banque, comme par hasard. Et pourtant ils n’étaient pas toujours les plus méritants. Les responsables d’ONG ne gagnent jamais au Monopoly. Il n’y a pas de justice dans ce bas monde.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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