UNDER THE SKIN

UNDER THE SKIN
Jonathan Glazer, 2013

LE COMMENTAIRE

Dans les années 50, Frank Sinatra chantait « I’ve got you under my skin » et traitait avec beaucoup de justesse de cette passion dévorante qui finit immanquablement par nous posséder. Des années plus tard, Sandy Valentino chantait « De la peau« . Si l’intention était là, ça n’était déjà plus la même chose. C’était moins… sous-cutané. Faut dire que les paroles étaient de Lara Fabian. À un moment il faut rendre à César ce qui est à César et il faut comparer ce qui est comparable. Francky Vincent ne sera jamais Barry White.

LE PITCH

Laura (Scarlett Johansson) chasse ses proies au volant de sa camionnette.

LE RÉSUMÉ

Un motard récupère le corps inerte d’une femme abandonné le long de la route puis le dépose dans un van. Laura s’en extrait. Elle va parcourir l’Écosse à bord de cette camionnette pour trouver des hommes et les inviter à des rendez-vous amoureux qui finissent tous de la même manière : tandis qu’elle se déshabille et qu’ils essaient de l’atteindre, le sol se dérobe sous leurs pieds et ils s’enfoncent dans le néant.

Laura s’aventure le long d’une plage et assiste à une scène de noyade. Un témoin tente de venir en aide à un couple surpris par les vagues et ne peut sauver que le mari. Celui-ci retourne immédiatement à l’eau. Laura ne montre aucune émotion. Pire elle assomme le témoin à l’aide d’un rocher et l’embarque dans sa camionnette pendant qu’un bébé hurle à la mort sur les galets.

Laura invite ensuite à bord un homme au visage déformé. Touchée par sa fragilité, elle décide de lui rendre sa liberté. Le motard, qui n’est jamais très loin, intercepte l’homme et se met en recherche de Laura avec trois autres motards.

Elle abandonne sa camionnette dans le brouillard écossais puis tente de manger une part de cake dans un restaurant, sans succès. Seule à un arrêt d’autobus, un homme lui vient en aide et lui propose de l’héberger. Laura se rapproche de cet homme visiblement rempli de bonnes intentions et tente de faire l’amour avec lui avant de réaliser qu’elle n’a pas de vagin!

Laura ère seule dans la forêt, avec les motards à ses trousses. Elle se fait repérer par un homme qui la pourchasse et tente de la violer. Alors qu’il lui enlève brutalement ses vêtements, Laura arrache sa propre peau pour laisser apparaître le corps sombre d’un alien. Le violeur prend peur, asperge sa victime d’essence et l’immole.

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L’EXPLICATION

Under the Skin c’est une calamité née d’une rupture amoureuse.

Une femme émerge du corps sans vie d’une autre femme comme le ver sort de la pomme pourrie. On peut imaginer cette femme victime du motard qui la récupère sur le bord de la route. Il est le symbole du mâle aventurier à jamais solitaire. Cette femme observe son propre cadavre. Elle est devenue quelqu’un d’autre. Elle est devenue Laura.

Incapable de montrer quelconque signe d’émotion, Laura se lance immédiatement dans une chasse à l’homme quasi vengeresse. Débusquer des hommes et les convaincre de la suivre n’est pas un sujet compliqué avec une telle plastique, surtout quand il ne s’agit que de sexe. Comme si les hommes n’étaient attirés que par une chose se trouvant quelque part entre les muscles lombaires et ischio-jambiers de l’anatomie féminine. Laura ne laisse jamais aucun de ces hommes l’atteindre. Ils vont chacun se perdre dans ses troubles. Elle collectionne les victimes, comme le célibataire collectionne les plans. Elle ne brise pas des cœurs. Elle dissout des identités, sans scrupule.

Pour Laura, les couples sont voués à se noyer, emportés au large. Le bébé qui est le résultat de ces relations forcément défectueuses est condamné à l’orphelinat. C’est comme ça. Rien de dramatique à cela car le monde ne peut de toute façon plus fonctionner autrement pour elle qui se retrouve comme ces néo-célibataires, assommés par leur nouvelle condition et qui observent les couples autour d’eux avec incompréhension et circonspection.

Laura est devenue une tueuse en série qui fonctionne en pilote automatique. Peu importe l’homme, elle l’aspire. La rencontre de l’handicapé va néanmoins la surprendre. Il n’est pas comme les autres. Tout comme elle, il est une victime. Si elle l’invite avec la ferme intention de s’en débarrasser, elle décidera pourtant de l’épargner. Quelque chose l’a touchée. C’est inhabituel. Cette rencontre est un point de rupture car elle coïncide avec l’intention de Laura d’abandonner son corbillard et de s’ouvrir au monde.

Malgré ses efforts, les choses ne fonctionnent toujours pas. Elle est incapable de digérer. Elle attend seule un bus qui ne passera plus. Elle s’essaie à la routine d’une vie de couple avec ce que ça suppose de pantoufles et de dîners devant la TV. Elle va même pour la première fois s’observer nue dans une glace et sentir le désir revenir. Elle tente de s’offrir à la tendresse de cet homme qui lui est venue en aide. Elle n’a plus de vagin. Elle ne peut plus faire l’amour. Quelque chose est définitivement brisé.

Elle ère dans les bois. On ne trouve pas de grizzli dans les forêts des Highlands. Elle se fera néanmoins agresser par une bête sauvage, un bûcheron, trop content de pouvoir abuser d’une femme impunément, au milieu de nulle part. Cet homme transformera Laura en monstre.

Les femmes sont des espèces en voie de disparition. Trop soucieux de tracer sa route, l’homme a déconsidéré la femme, il l’a maltraitée, il l’a sous-payée et résultat : il l’a transformée en poupée gonflable empoisonnée, en prédatrice sans vagin ou en chef d’entreprise assoiffée de fric. L’homme est même contraint d’avoir recours à la force avant de tuer la femme. Et il se retrouve comme un imbécile à couper du bois. Il a tout gagné.

Laura est un animal blessé qui tente péniblement de survivre en enfer. Et peu importe ce à quoi ressemble l’enfer. Elle aurait très bien pu essayer de survivre quelque part dans le Nord de la France. Laura à Glasgow pourrait être Cindy à Dunkerque. C’est pareil. Franchement c’est pas le bal du Sporting qui convaincra qui que ce soit du contraire. « 4 salles, 2 orchestres et 2 DJ donc 4 ambiances différentes » mais un seule envie : s’immoler par le feu.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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