BORN TO BE BLUE

BORN TO BE BLUE
Robert Budreau, 2015

LE COMMENTAIRE

Certains pensent qu’on se construit tout au long de sa vie et que rien n’est figé. D’autres au contraire pensent qu’on a des prédispositions dès la naissance et que c’est comme ça, y’a rien à faire. On a chacun sa nature et sa raison d’être là. Pour Patrick Hernandez, on est né pour être en vie (comme quoi on peut danser le disco tout en étant aussi profond que Nietzsche). Pour Steppenwolf, on est né pour être sauvage. D’autres sont tout simplement nés pour être tristes. Et c’est pas de pot pour eux.

LE PITCH

Le trompettiste Chet Baker (Ethan Hawke) essaie de revenir sur le devant de la scène.

LE RÉSUMÉ

Chet Baker est considéré comme le James Dean du Jazz. Il est invité par Miles Davis et Dizzy Gillespie pour jouer à Birdland, le célèbre jazz club new yorkais. Il n’est pas au niveau. Suite à sa prestation, Miles Davis lui conseille de vivre un peu avant de revenir jouer avec les grands. Retrouvé par des dealers à la sortie d’un bowling, il se fait casser la figure. Ce qui constitue un problème majeur pour quelqu’un qui a besoin de sa bouche en parfait état de marche pour pouvoir faire son métier.

Baker part chez ses parents dans l’Oklahoma pour se désintoxiquer en compagnie de Jane (Carmen Ejogo). Les relations avec ses parents sont compliquées. Chet s’accroche. Il suit son traitement de méthadone et il travaille sa trompette tous les jours en compagnie de Jane.

Les deux amants partent sur les routes à bord de leur bus camper VW. Les premiers concerts sont délicats. Chet recommence au pied de l’échelle. Il joue mal. Personne ne fait attention à lui, pas même les musiciens du groupe avec qui il se produit.

À force d’acharnement et grâce au soutien de Jane, Chet finit par retrouver son style caractéristique. Il enregistre même un nouvel album qui bluffe les plus sceptiques. Dizzy Gillespie assiste au concert et offre une seconde chance à Chet. Chet demande Jane en mariage. Les affaires reprennent.

Chet retourne donc à Birdland, mais malheureusement sans Jane qui a une audition. L’idée de remonter sur scène à New York l’obsède autant qu’elle le terrorise. Il se retrouve prêt à basculer dans l’héroïne à nouveau. Son producteur Dick (Callum Keith Rennie) lui trouve in-extremis un peu de méthadone histoire de lui donner une dernière fois le choix.

Jane qui avait finalement décidé d’annuler son audition assiste impuissante au concert de Chet, de nouveau sous héroïne. Il livre une performance remarquable qui lui vaut les applaudissements de Miles Davis.

Par la suite, Chet Baker poursuivra sa carrière en Europe où il mourra de son addiction à Amsterdam après avoir visité quelques cellules mais aussi donné ses plus beaux concerts.

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L’EXPLICATION

Born to Be Blue c’est un dérapage contrôlé.

Certains pensent que nous décidons nous-mêmes de notre propre vie. D’autres pensent au contraire que la vie nous impose un cadre. Chet Baker ne supporte pas cette possibilité. Il est un hyper sensible qu’un rien peut froisser. Perméable à tout ce qui l’entoure, il réagit violemment à ce que d’autres considéreraient sûrement comme anecdotique. Oui mais voilà Chet n’est pas comme tout le monde. Il y a du Jacques Mayol chez Chet Baker.

On regrette tous unanimement que Chet foute sa vie en l’air. Il est à l’image de ces ‘talents gâchés’ comme Ronaldinho dont tout le monde sait qu’il n’a probablement donné que 30% de son potentiel. On voit d’abord Chet sombrer puis on le voit se battre pour revenir. Son agent de probation le pousse à accepter des jobs peu reluisants dans l’unique but de mieux se réinsérer, ce que Chet accepte de faire sans broncher. On a tous très envie que Chet reprenne sa vie en main. Ses fiançailles sont un symbole fort d’une vie qui en vaut la peine. Parce qu’on aime les histoires de ceux qui remontent la pente, sans doute un héritage du Tour de France. On souhaite donc du fond du cœur à Chet Baker de réussir.

On a peut-être tort. Born to be Blue fait exploser tous les critères de réussite communément admis et pose une vraie question sur ce qui vaut la peine d’être vécu. Ce que Chet réclame, depuis le début, c’est sa vie.

I want my life back.

Il s’est battu pour en revenir à ce que beaucoup considéreront la case départ. Beaucoup sauf Chet. Après tout, cette vie qu’on lui souhaite, il l’a vécue également. Le retour chez les parents, les boulots merdiques, la bague de fiançailles, l’engueulade avec le beau-père… et ça ne l’intéresse pas.

Miles said to come back once I’ve lived a little. I’ve lived a little.

Tout ce qu’il veut c’est jouer, comme il l’entend. C’est son seul espace de liberté.

I want to play. All I want is to play.

Quand Chet Baker retombe dans l’héroïne, il s’agit d’une désillusion. On se sent presque trompés. Un peu comme lorsque quelqu’un qu’on aime et qui souffre d’une maladie grave continue de vivre dans l’excès. On souffre parce qu’on connaît le risque. Parfois l’excès est cependant la seule manière de survivre. Quand cette personne prétexte souvent que la vie est courte et qu’elle en aura profité, souvent on refuse d’admettre.

Dick est le seul à vraiment comprendre Chet et plus important encore, il est le seul à le respecter en s’éclipsant de sa loge et en le laissant choisir. Dick pourrait décider d’empêcher Chet de se shooter une nouvelle fois. On ne met pas les oiseaux en cage. Et puis ça changerait quoi? Quand Chet réclame Birdland il ne réclame pas qu’un club de Jazz. Il réclame un style de vie. Chet ne veut pas d’une vie bien rangée. Il est prêt à accepter de payer le prix du manque au nom de sa musique. Le priver de cette vie là, c’est le condamner à une vie dont il n’a pas envie.

On oublie parfois que nous ne sommes pas des chats. De vie nous n’en avons qu’une. Et elle nous appartient. Bien sûr notre vie impacte celle des autres mais la manière dont on la conduit nous appartient. Alors qui est égoïste? Est-ce qu’on peut juste rester assis et apprécier la musique, sans se sentir obligé de juger ou d’exiger que l’artiste se comporte de telle ou telle manière?

Heureusement pour Chet, l’héroïne n’a pas affecté la qualité de sa musique. Parce si la drogue l’avait transformé en Jean-Claude Borrely, on aurait tous été en droit de l’empêcher de faire le con, pour l’amour de la trompette!

LE TRAILER

 

Cette explication n’engage que son auteur.

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