THE IDES OF MARCH

THE IDES OF MARCH
George Clooney, 2011

LE COMMENTAIRE

L’internet a facilité la rencontre amoureuse tout comme la commande de PQ et sa livraison à domicile. L’internet a aussi accru notre distraction. Si bien qu’aujourd’hui on n’est même plus capable de boire une bonne mousse avec un pote sans être distrait à la moindre occasion. Nous sommes toujours là sans l’être. En voulant nous intéresser à tout, nous n’avons plus d’attention pour ce qui compte. On ne se regarde plus dans les yeux.

LE PITCH

Stephen Myers (Ryan Gosling) essaie d’aider le Gouverneur de Pennsylvanie (George Clooney) à gagner la primaire Démocrate.

L’HISTOIRE

Stephen est l’adjoint de Paul (Philip Seymour-Hoffman), le directeur de campagne de Mike Morris. Il est jeune, ambitieux et plein de talent. Tous les deux essaient d’aider leur patron à battre Ted Pullman, le Sénateur de l’Arkansas, conseillé par Tom (Paul Giamatti). Les deux camps se battent pour obtenir le soutien du Sénateur de Caroline du Nord Franklin Thompson qui peut faire basculer à lui seul la course à l’investiture Démocrate.

Après un débat à Miami, Stephen est approché par Tom qui essaie de lui retourner la tête. Tom propose à Stephen de rejoindre son écurie. Stephen refuse.

Stephen est aussi courtisé par Molly Stearns (Evan Rachel Wood), une jeune stagiaire qui essaie de se faire sa place au soleil. Tous les deux ont une relation.

La campagne s’emballe. Stephen se voit contraint de révéler à Paul qu’il a parlé à Tom. Le camp Morris se rassemble et discute de la possibilité d’offrir le poste de Secrétaire d’Etat à Thompson. Morris refuse par principe car il est en profond désaccord avec Thompson et ne veut pas gagner grâce à un arrangement de cette nature.

Stephen découvre par hasard que Molly a eu une relation avec Morris, qu’elle est enceinte et qu’elle a besoin d’argent pour avorter discrètement afin d’éviter un scandale. Stephen, un peu dégoûté par cette histoire, va cependant l’aider avant de la virer pour éviter que l’affaire ne s’ébruite. Il l’emmène à l’hôpital puis l’abandonne comme une crotte.

Ida Horowicz (Marisa Tomei), une journaliste du NY Times rentre en contacte avec Stephen. Elle est au courant de la rencontre entre Stephen et Tom ainsi que de la négociation entre Morris et Thompson. Elle menace Stephen de le faire chanter en échange d’informations. Inquiet des répercussions que pourrait provoquer une telle fuite pour le Gouverneur – inquiet aussi pour sa propre carrière – Stephen demande conseil à Paul. Ce dernier révèle à son adjoint qu’il est l’origine de la fuite. Il veut faire payer à Stephen son manque de loyauté.

Aux abois, Stephen retourne voir Tom. Il lui révèle toute l’histoire et accepte sa proposition. Tom a changé d’avis. Il cherchait surtout à mettre le rusé Stephen hors-jeu, ce qui est chose faite. Tom trouve Stephen un peu naïf. Il lui conseille de quitter la politique.

Do yourself a favor. Get out, now. While you still can. (…) Cause you stay in this business long enough, you’re going to get jaded and cynical.

Stephen apprend le suicide de Molly. Il va décider de s’en servir contre Morris. Il réclame la tête de son ancien mentor, faute de quoi il révélera toute l’histoire.

If you want to be president, you can start a war, you can lie, you can cheat, you can bankrupt the country, but you can’t fuck the interns. They’ll get you for that.

Paul est viré. Stephen prend le poste de directeur de campagne de Morris qui vient de se mettre Thompson dans la poche en lui promettant la lune.

L’EXPLICATION

Les Ides de Mars c’est l’ambition sans scrupule récompensée.

Elles font référence au jour de l’assassinat de Jules César, poignardé par ses Sénateurs (accompagnés de son fils). On dit d’elles qu’il faut s’en méfier. Il s’agit donc d’une histoire de trahison.

Le jeune Stephen veut faire carrière en politique. On le pense idéaliste et plein de bonnes intentions.

Nothing bad happens when you do the right thing.

C’est une erreur. Stephen a l’âme d’un loup et va le montrer. La politique sera son terrain de jeu. La politique, c’est l’organisation du pouvoir mais aussi l’art habile de nouer des alliances pour accéder au pouvoir. C’est une partie d’échecs au beau milieu d’un panier de crabes et au cours de laquelle il ne faut commettre aucune erreur. Ce n’est pas le meilleur qui gagne, c’est le moins faible. Comme le disait très bien Michel Platini: « Il n’y a pas de but sans erreur de défense. » (Michel Platini qui s’est fait sortir de la course à la présidence de la FIFA pour corruption par son ancien président Sepp Blatter, lui-même accusé de corruption).

Stephen va apprendre le métier rapidement et se montrer expert. Il fait une première erreur en manquant de loyauté envers son propre camp, par arrivisme comme le lui fait remarquer Paul.

Because you felts flattered, because you felt special. (…) Because it made you feel big!

Paul a des principes. Il représente la politique à l’ancienne.

There is only one thing I value in this world it’s loyalty. Without it you’re nothing. (…) In politics, it’s the only currency you can count on.

Stephen pense que les principes c’est un peu comme un train corail. Il croit davantage au TGV pour arriver là où il veut aller, à l’heure. Il va payer pour son arrogance. Une fois dans le vide, il essaie de se rattraper aux branches auprès de Tom qui va lui apprendre une autre leçon de politique: Celui qui possède l’information est en situation de force. On gouverne en inspirant la peur, pas en se reposant sur la confiance.

That is the most valuable thing in this business. The ability to win people’s respect by making them mistake their fear for love.

Stephen va ainsi profiter de l’erreur de Morris. Il est en possession d’une information capitale qui va le remettre en jeu. Les Ides de Mars c’est le nouvel ordre qui renverse l’ancien. Paul est un vieux de la vieille. Il a de la bouteille. Ça ne va pas l’empêcher de sauter comme un fusible.

Stephen n’a aucun scrupule. Il est capable de tout dès lors qu’il arrive à croire à la cause, sa cause à lui… un peu comme notre président Macron finalement qui ne croyait pas à l’environnement puis s’y est converti sur le tard, par pragmatisme. Il en a fait une conviction.

I’ll do or say anything if I believe in it. But I have to believe in the cause.

Les Ides de Mars montrent les sombres dessous d’une politique faite de calculs et dont les acteurs ne cherchent qu’à servir leurs propres intérêts, comme Ida l’explique à Stephen.

He has to win!

Or what? The world is gonna fall apart? It won’t matter. Not one bit to the everyday life of the everyday fuckers who get up and work and east and sleep, go back to work again.

En effet, le candidat Morris ne cesse de marteler qu’il n’est pas comme les autres et fait de l’intégrité son cheval de bataille.

Integrity matters. Our future depends on it.

Quelle blague! Il a couché avec une stagiaire et qu’il n’a aucun problème à tordre ses principes pour accéder au pouvoir.

Take his endorsement and the race is over.

Ida a raison sur toute la ligne: Peu importe l’issue du scrutin. En cas de défaite, les perdants pourront retourner faire du conseil dans le privé (cf Nicolas Sarkozy ou Fillon ou DSK). Après son éviction, Paul n’est même pas en colère contre Stephen. C’est le jeu. Il le sait.

Well one day we’ll grab a beer and you could tell me what you had on the governor that put me out.

Les Ides de Mars expliquent la désaffection du peuple pour la chose politique aujourd’hui. Il est devenu trop évident que les candidats sont interchangeables et qu’ils ne se soucient de leur concitoyens que dans la mesure ou ceux-ci peuvent les mettre au pouvoir. Un point de vue intéressant à l’heure des primaires républicaines et socialistes où chaque candidat a clamé quasiment mot pour mot les mêmes arguments que le candidat Morris.

Either we’re going to move forward or we’re going to live in the past. Either we’re going to lead the world with technology or bury our heads in the sand.

Le problème n’est pas la trahison. La preuve, on se trahit en politique depuis Jules César. Ce n’est pas nouveau. Savoir naviguer est un art vital en politique, Edouard Philippe le prouve après être passé chez Rocard, puis Juppé, puis Fillon avant de finir chez Macron. Aujourd’hui, les candidats définissent leur ligne politique en fonction de l’électorat qu’ils chassent et non plus l’inverse. Naviguer compte apparemment plus que d’avoir des convictions malheureusement. Cela ne fait pas de la politique un art moins noble. S’occuper des affaires de la cité reste autrement plus compliqué de rester assis sur son canapé.

Le problème c’est que les candidats ne savent tout simplement plus assez bien jouer ce jeu. Plus personne n’arrive à distinguer la différence entre leurs arguments ni croire en eux. Tout le monde s’en moque. On finit par juger à l’affect et suivre des joueurs de flûte. Il est temps pour les politiques de se remettre au niveau sous peine de se faire sanctionner par le peuple. L’histoire a montré par le passé que la punition du vote populaire se traduit souvent par un régime fasciste sans sucre pendant quelques années qui a pour seul mérite de nous contraindre à nous réveiller.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Un commentaire

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s