DRIVING MISS DAISY

DRIVING MISS DAISY
Bruce Beresford, 1989

LE COMMENTAIRE

Les chauffeurs Uber sont bien sympas. Ils parlent trop, et souvent pour dire les pires banalités. Reconnaissons qu’on n’a pas toujours envie de faire la causette avec un parfait inconnu. Et respectons le droit au mutisme des clients Uber. C’est quand même le monde à l’envers… On en viendrait presque à regretter ces bon vieux connards de taxis G7, qui tirent la tronche, passent de la radio de merde et refusent la carte bleue mais qui ont le mérite de fermer leur gueule.

LE PITCH

Après un accident, Daisy Werthan (Jessica Tandy) a clairement besoin d’aide.

L’HISTOIRE

Miss Daisy est veuve, retraitée et un brin acariâtre. Une sorte de Tatie Danielle avant l’heure. Elle vit à Atlanta, en compagnie de sa bonne Idella (Esther Rolle). Après un accident de voiture tout bête, son fils Boolie (Dan Akroyd) se rend à l’évidence: sa mère ne peut plus conduire.

You’re a terrible risk!

Il décide d’engager Hoke Colburn (Morgan Freeman), un chauffeur afro-américain. Boolie connaît bien sa mère. Alors il fixe les règles.

She can say anything she likes, but she can’t fire you.

Les relations entre Hoke et Miss Daisy sont d’abord tendues.

I don’t need you. And I don’t want you!

Miss Daisy n’est pas tendre et Hoke fait preuve de caractère, ce qui n’arrange rien. Miss Daisy doit pourtant se faire une raison. Hoke n’est pas un mauvais bougre, il travaille bien et surtout il est là pour rester. Alors elle ferait mieux de l’accepter.

À force de passer du temps ensemble, ils vont finir par s’habituer l’un à l’autre. Miss Daisy découvre que Hoke ne sait pas lire. Elle était institutrice. Elle va lui donner une méthode pour apprendre.

Tous les deux font face ensemble aux racistes de l’Alabama et aux antisémites de Géorgie. La mort d’Idella va les rapprocher. Miss Daisy ne lâche pas grand cbose.

I didn’t say I love him, I said he was handy!

Un matin, Hoke la surprend désorientée. Miss Daisy est en pleine crise de démence. Il réussit à la calmer. Elle ne peut désormais plus vivre seule. Son fils décide à regret de la placer à l’hospice où Hoke continue de venir la voir.

Hoke, you’re my best friend.

L’EXPLICATION

Dans Miss Daisy et son chauffeur, c’est la vie qui conduit.

Partons du principe que notre vie se résume à un trajet. Certains partent de nulle part pour arriver très loin, comme Miss Daisy.

At the time, we didn’t have anything.

D’autres au contraire ne font pas beaucoup de chemin et partent du trottoir pour arriver au caniveau, comme ces policiers racistes d’Alabama.

An old nigga and an old jew woman together riding the road together… that is one sorry sight.

La vie n’a rien à voir avec Lucky Luke, seul sur sa monture. Elle s’apparente davantage à du covoiturage. On fait toujours la route accompagné. Il faut donc savoir cohabiter, ce qui n’est pas vraiment dans les habitudes de Miss Daisy qui a horreur qu’on farfouille dans ses affaires. La présence de Hoke va perturber son quotidien.

I don’t want you nosing through my things.

Cohabiter c’est donner une chance à l’autre d’exister. Ça n’est visiblement pas une évidence. En Alabama, les caucasiens n’aiment pas l’idée de cohabiter avec les afro-américains. Et en Géorgie, visiblement certains n’aime pas cohabiter avec les Juifs. Même Miss Daisy ne permet pas à Hoke d’exister en refusant de le laisser la conduire. La preuve aussi que dans la vie, il aussi savoir se faire sa place. Hoke s’obstine et il a raison de le faire. Il pousse un coup de gueule nécessaire pour remettre les pendules à l’heure.

I ain’t no child miss daisy. And I ain’t just the back of a neck you look at while you got to go where you go.

Pour comprendre la rigidité de Miss Daisy, il faut comprendre ce que Hoke représente pour elle. Si Idella n’est qu’une aide ménagère, Hoke est bien pire. Il est le début de la fin. Il est ce que Miss Daisy ne peut plus faire seule. Il représente la dépendance. Hoke rappelle ce que Miss Daisy n’a pas envie d’entendre: sur cette route, on finit forcément un jour par tomber en panne d’essence. Elle se bat farouchement contre le fait que la vie nous donne une date de péremption. Un beau jour on a des cheveux blancs. Un beau jour on n’est plus capable de se servir de sa voiture. Et un beau jour on finit par perdre la tête.

Alors dans la vie, il faut savoir accepter: qu’on n’est pas tout seul sur terre, qu’on n’est pas éternel, qu’on peut avoir besoin de quelqu’un. Il ne faut pas s’en excuser.

I don’t want to be trouble to anybody.

La vie est plus forte que nous. L’accepter n’est pas forcément évident, surtout dans une société botoxée qui a fait de l’âge son cheval de bataille. On se bat contre le temps. On n’accepte pas l’euthanasie. (« Don’t go gentle into that good night!‘). On refuse l’impossible – surtout en France. Alors que pourtant…

La réponse à Miss Daisy, c’est son fils Boolie, le bon vivant. Boolie est stoïcien sans le savoir, c’est à dire qu’il sait qu’il n’est pas le plus fort. Il ne cherche pas à contrôler ce qui n’est pas contrôlable. Avec l’âge, il perd ses cheveux et il prend du bide. C’est comme ça. Il essaie de profiter de la vie quoiqu’il arrive en gardant sa bonne humeur. Il trouve toujours des solutions et joue les médiateurs. Il est celui qui permet. Il rappelle à sa mère que ça ne sert à rien de s’acharner.

Quit being so stubborn!

Miss Daisy et son chauffeur marque le retour en force du fatalisme à la fin du XXe siècle. Une résurgence de ce courant de pensée qui atteindra son apogée en 1993 avec le groupe Native et ce constat terrible: « C’est la vie qui veut ça. » Autant ne pas la décevoir.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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