GET OUT

GET OUT

Jordan Peele, 2017

LE COMMENTAIRE

La vie prend parfois des allures de film d’horreur. Quand les Chrétiens ont porté la bonne parole en Amérique et en ont profité pour faire du nettoyage ethnique au nom de leur Dieu. Lorsque Marc Dutroux s’est servi de sa cave pour autre chose que d’y stocker des grands crus. Ou quand Donald Trump a été élu président des États-Unis alors qu’on sait très bien ce qu’il pense des femmes ou des Afro-Américains.

LE PITCH

Un homme subit une version raciste de Mon Beau-Père et Moi.

LE RÉSUMÉ

Chris Washington (Daniel Kaluuya) file le parfait amour avec Rose Armitage (Allison Williams). Après 5 mois ensemble, le moment est venu de rencontrer les parents de sa copine – malgré les avertissements de son pote Rod Williams (Lil Rel Howery). En effet, Chris est afro-américain et le la couleur de la peau reste un sujet explosif comme leur rappelle leur arrestation par un agent de police sur la route.

Chris est accueilli par Dean (Bradley Whitford) et Missy (Catherine Keener) Armitage, à bras ouverts. Cependant, Dean profite de la première occasion pour semer le trouble.

I do not like the deer, I’m sick of it, they’re taking over, they’re like rats, they’re destroying the ecosystem. I see a dead deer on the side of the road and I think ‘That’s a start’.

Chris n’est pas à l’aise avec cette belle famille dont les employés de maison, Georgina (Betty Gabriel) et Walter (Marcus Henderson), sont tous les deux Afro-Américains. Ça rappelle forcément des mauvais souvenirs (cf 12 years a slave). L’arrivée tardive de Jeremy (Caleb Landry Jones) va accroître le malaise.

Chris se réveille dans la nuit et se fait coincer par Missy qui l’hypnotise. Le lendemain, les Armitage ont des invités qui se fendent tous d’une petite réflexion raciste à l’encontre de Chris. Logan King (LaKeith Stanfield), le seul autre Afro-Américain de la fête, n’est pas inconnu de Chris. Il se comporte bizarrement, comme anesthésié. Chris essaie de le prendre en photo discrètement et déclenche son flash par erreur, ce qui semble faire revenir Logan à ses esprits. Il invite Chris à s’enfuir.

Get out!

Décidément peu rassuré par ce qui se passe autour de lui, Chris envoie la photo à son pote Rod. Logan est en fait Andre Hayworth, kidnappé il y a quelques mois auparavant. Chris est pris au piège d’un plan monstrueux visant à donner la vie éternelle aux Armitage. Rose séduit les victimes qui vont servir de réceptacles pour le cerveau de quelqu’un d’autre.

A mind is a terrible thing to waste.

Chris passe du statut d’invité à celui de lot de tombola, remporté par Jim Hudson (Stephen Root) qui veut retrouver la vue. Quand Chris demande à Jim pourquoi des Afro-Américains, ce dernier lui répond que c’est parce qu’ils sont à la mode.

Chris parvient à s’enfuir grâce à son pote Rod venu à sa rescousse et qui en profite pour lui refaire une leçon de morale au passage.

Man, I told you not to go in that house!

Capture d’écran 2020-05-05 à 13.56.04

 

L’EXPLICATION

Get Out, c’est la fin du mythe de Benetton.

On a longtemps cru que le meilleur moyen de prévenir les conflits était de faciliter la collaboration. C’était le postulat. L’Union Européenne en était la preuve vivante. La CEE a été créée en 1957 et a permis au Vieux Continent de vivre sans guerre majeure depuis 60 ans – si l’on passe sous silence l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie. 60 ans c’est pas mal. De la même manière, la mixité pourrait être considéré comme l’antidote au racisme. Le jour où l’on partagerait tous le même sang, nous n’aurions alors plus de raison de nous taper dessus. Suivant cette logique, on se doit d’encourager le couple Chris-Rose et de souhaiter leur réussite absolue.

Ce modèle est apparemment cassé. La faute à cette famille de cinglés qui tuent des gens pour mieux assouvir leur soif d’éternel. C’est d’autant plus regrettable que les Armitage sont aussi racistes. En effet, ils ne tuent pas n’importe qui puisqu’ils ne choisissent leurs victimes que parmi la communauté Afro-Américaine… pour la puissance de leur physique ou leurs aptitudes sexuelles, donnant ainsi raison à Rod.

White people love making people sex slaves and shit!

Les préjugés les plus antiques remontent soudainement à la surface.

Oh white girls… they get you every time.

Chris ne cautionne évidemment pas ces préjugés mais il est un peu passif : il tend sa carte d’identité à l’agent de police. Répond poliment aux parents qui le provoquent. Fait des sourires aux invités. Il se positionne comme un témoin du monde, en qualité de photographe. Les événements vont faire de lui un acteur. Obligé de passer à l’action et réussissant au passage un beau pied de nez en se bouchant les oreilles avec un peu de coton. Le coton n’asservit plus, il libère.

Capture d’écran 2020-05-05 à 14.13.07

Chris reste malgré tout le Noir de l’histoire, fait prisonnier par des Blancs qui veulent s’en servir comme d’un esclave. On pourra s’étonner que les Armitage sélectionnent des Afro-Américains, censés être la crème de la crème, pour les employer comme simples employés de maison. On se parle quand même des grands-parents de Rose! Merci la vie éternelle. Les classes moyennes américaines ne sont visiblement plus à une incohérence près dans leur monstruosité.

Voilà encore des bourgeois bien pensants qui, bien qu’ils aient voyagé à travers le monde, se montrent capables des pires ignominies. Le racisme n’est plus le fait de l’Amérique profonde, porté par quelques rednecks indécrottables perdus au fin de fond de leur cambrousse. Il redevient la mode au sein des familles aisées. Les Armitage sont répugnants tout comme leur fille auto-proclamée féministe et progressiste. Elle n’est en fait qu’un trompe l’oeil.

On ouvre donc grand les yeux sur la réalité faite de préjugés tenaces et on écrase une larme. Car au delà de l’échec du couple mixte, Get Out est une invitation inquiétante au retour du chacun chez soi. La fracture est profonde. Après une telle expérience, comment imaginer que Chris ou Rod puissent se remettre en couple avec quelqu’un d’une autre origine ethnique? Ne faisant que confirmer le proverbe bien connu: Once you go black, you never go back.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

18 commentaires

  • Avez vous une explication, comment chris arrive t’il à se boucher les oreilles avec du cotton alors qu’il est attaché ?

    • Ses poignets et ses chevilles sont attachés mais il a techniquement assez de marge pour se pencher et atteindre ses oreilles. Je viens de faire le test dans mon fauteuil. Ça fonctionne.

  • Pourquoi y a t’il des cerfs dans le film, que ce soit l’accident de voiture ou sur les murs de la maison, ou encore dans la phobie des cervidés qu’évoque le père ?

    • Alors la symbolique du cerf est multiple. C’est un animal solaire qui représente la vie (à cause de l’arbre que représente ses bois) que les beaux-parents essaient désespérément de prolonger.
      Si le lion est le roi de la jungle, le cerf est le roi de la forêt. C’est un animal vif qui incarne la puissance et la fertilité – comme les afro-américains si l’on en croit les invités.
      Il est enfin symbole de noblesse. Il représente le trophée que les chasseurs veulent accrocher à leur mur, les vrais, pas ceux qui chassent la galinette cendrée.
      https://www.youtube.com/watch?v=4kJ4ojtHJ4M
      Dean affirme les détester et appelle à leur extinction, certainement pour mieux marquer son territoire et affirmer son racisme.

  • Dans toutes les explications du film que j’ai pu lire, on met en avance l’incohérence des grands-parents en tant qu’employés de maison. N’est-ce pas tout simplement des rôles qu’ils jouent pour la venue de Chris? Sinon comment expliquer leur présence dans la maison?

    • Je vais répondre par une question: S’il s’agissait de rôles, alors pourquoi des employés de maison? Pourquoi les parents de Rose ne pourraient-ils pas tout simplement avoir des amis afro-américains?

      • S’ils étaient comme tu dis juste des amis « afro » alors pourquoi rester tout les jours lol. Je pense que leurs présence est plus justifiés en tant qu’employés.

      • Qui parle de rester tous les jours? Rose et Chris sont de passage pour le week-end, ils ne sont pas censés savoir que ces personnes résident chez les Armitage de manière permanente…

  • Bonjour, tout d’abord excuse mon orhtographe, le francais n’est pas ma premiere lange.
    Ta critiques est constructive et interessant. Par contre je trouves que ton premiere exemple sur les chretiens est faux, ce n’est pas pour leur Dieu mais par interet politique et surtout ce ne son pas les « Chrétiens » qui ont massacrer les indiens mais les colons anglais, espagnol.. tout ca et ce n’est nulle question religieuse, les indiens ont etaient convertient de force mais la religion n’etait pas la base de la conquete. Ensuite un passage de ta critiqe ma plu, lorsque tu dit « dénonciation de ces bourgeois bien pensants qui, bien qu’ils aient voyagé à travers le monde, sont toujours capables des pires ignominies. Le racisme n’est plus le fait de l’Amérique profonde, porté par quelques rednecks indécrottables perdus au fin de fond de leur cambrousse. » je trouve ca très vrait et je te remercie de defendre le « bouseus » (je crois qu’on dit comme cela pour critiquer le campagniens francais), pourtant tu dis avant que ces bourgeois la son raciste, alors que je trouve justement que non, enfaite ils sont raciste parce qu’il dises des téories racialistes mais pas dans le sens que tu designe, ils considerent le noir superieur, et le blanc inferieur « le noir, est a la mode » comme le dit un personnage du film, ils sont enfaite Ethnomasochiste et pas raciste a proporement dire, ce film critiques les bourgeois qui donnerai peres et meres pour sauver une personne d’une autre couleur et qui le defendrai sans aucun justification a part « il est noir, il a raison, tu es blancs, tu as tord » alors qu’ils sont blancs, je pense que tu vois ce que je veux dire.
    Excuse encore mon orthographe, cordialement

    • Merci pour ton commentaire Aissa. Tout d’abord je me référais à l’Amérique du Sud et aux conquistadors. Ensuite, je n’irais pas jusqu’à dire que les Armitage considèrent les afro-américains « supérieurs », en tout cas ils ne les trouvent pas « inférieurs ». Ils les trouvent définitivement exotiques.
      Tu mets le doigt sur un sujet. Il y a effectivement une tendance un peu nauséabonde non pas à venir en aide à des enfants défavorisés en Afrique mais plutôt à se mettre en scène sur instagram entouré(e) d’enfants dans des écoles au Kenya (ou ailleurs).

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