UN HOMME ET UNE FEMME

UN HOMME ET UNE FEMME

Claude Lelouch, 1967

LE COMMENTAIRE

Tu me fais tourner la tête. Mon manège à moi, c’est toi. À force de tourner, on peut finir par en perdre la tête. Aimer à perdre la raison. Les deux amants ne se rendent compte de rien, mais ils se sont déjà transformés en Amoureux de Tancrède. C’est à dire un couple d’imbéciles dont les autres se moquent au moins autant qu’ils les jalousent.

LE PITCH

Une femme espère trouver l’homme de sa vie en faisant de l’auto-stop.

L’HISTOIRE

Anne Gauthier (Anouk Aimé) passe la journée à Deauville en compagnie de sa petite fille Françoise (Souad Amidou) et la dépose au pensionnat avant de repartir vers Paris. Jean-Louis Duroc (Jean-louis Trintignant) en fait de même avec son fils Antoine (Antoine Sire).

Anne rate son train. La directrice du pensionnat l’oriente vers Jean-Louis qui regagne la capitale en voiture de sport.

Sur le chemin, Anne et Jean-Louis sympathisent. Ils se racontent leur vie. Elle travaille dans le cinéma. Lui est pilote automobile. Tous les deux sont mariés. Anne parle de son mari Pierre (Pierre Barouh), un homme d’honneur, cascadeur chevronné. Jean-Louis se permet quelques remarques maladroites sur le couple Gauthier.

C’est un roman photo votre histoire! À part le cascadeur c’est pas tellement original!

Ah mais je ne prétends pas être originale. Vous savez une rencontre, un mariage un enfant, ce sont des choses qui arrivent à beaucoup de gens.

Ce que Jean-Louis ignore, c’est qu’Anne est veuve. En réalité, Pierre est mort tragiquement sur un tournage. Jean-Louis en profite aussitôt pour proposer à Anne de l’emmener à Deauville le week-end suivant pour s’excuser. Tous les deux passent leur dimanche ensemble sur la plage en compagnie de leurs enfants, puis partent faire une virée improvisée en bateau.

C’est au tour de Jean-Louis de parler de sa défunte femme Valérie (Valérie Lagrange) qui s’est suicidée après qu’il fut victime d’un grave accident au cours d’un rallye. Après ces confessions, Anne et Jean-Louis doivent se séparer. Il lui promet néanmoins de la rappeler dès qu’il revient du rallye de Monte-Carlo.

Elle n’attendra pas son retour pour lui envoyer un télégramme enflammé.

Bravo. Je vous aime. Anne.

Jean-Louis n’en demandait pas tant. Il avale les 6,000km qui le séparent de Paris pour découvrir qu’Anne se trouve en fait à Deauville. Quelques kilomètres plus tard, Jean-Louis et Anne s’embrassent sur la plage.

Les deux amants finiront la soirée à l’hôtel. La nuit est amère: Anne souffre encore de l’absence de son mari. Elle a l’impression de tromper Pierre. Elle décide de repartir à Paris, en train. Un véritable affront pour le pilote qu’est Jean-Louis qui raccompagne sa partenaire à la gare, sans comprendre.

Il y a des dimanches comme ça qui commencent bien et qui finissent mal. C’est incroyable quand même. C’est incroyable de s’empêcher d’être heureux…

Sur la route du retour, il ne peut s’empêcher de gamberger.

Si c’était à refaire qu’est-ce que je ferais d’autre? Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre?

Défiant les lois de la Sécurité Routière, il parvient à rejoindre la Gare St Lazare avant le train d’Anne. Surprise de le retrouver sur le quai, Anne se jette dans les bras de son Jean-Louis.

L’EXPLICATION

Un homme et une femme, c’est l’absence cruelle de lucidité.

L’amour fait battre les coeurs. Lorsque nous sommes épris, plus rien d’autre ne compte. Comme si on se moquait pas mal du temps, des impôts et du passage à l’heure d’hiver. Nous ne savons pas pourquoi nous sommes sur terre. Cela cesse d’être un problème dès lors qu’on est amoureux. Car l’amour nous donne l’impression d’exister en faisant nous sentir indispensables à l’autre. Nous devenons importants.

La preuve est que dès qu’on est privé d’amour, on souffre. En manque (cf Panique à Needle Park). On peut même finir dans une baignoire en sanglots (cf Love).

L’amour est vicieux car il maquille la réalité et nous empêche de voir quand nous sommes grotesques. Anne et Jean-Louis se croient dans les rois du monde à Deauville. Vu de l’extérieur, ils sont juste ridicules.

Qui sont-ils seulement?

Jean-Louis roule des mécaniques. Il n’est pas n’importe qui effectivement: un beau petit pilote de rallye en R8. C’est un lecteur de Sport Auto. Il ne sait pas où se trouve la rue Lamarck. Comme il le dit lui même, il n’a aucune psychologie féminine. Il ne sait pas du tout parler aux femmes.

Bonjour, je suis en retard.

Ah mais nan pas du tout. Ça aurait pu être pire.

C’est même un gros macho qui pense que les femmes sont trop bêtes pour faire la différence entre un V6 et un V8.

Mon métier c’est très technique. C’est difficile d’en parler sans ennuyer les femmes.

Même quand il s’extasie à propos de Anne, quelque chose sonne faux.

C’est beau quand même d’envoyer un télégramme comme ça… Il faut avoir du culot… C’est vrai non, c’est extraordinaire qu’une femme belle vous envoie un télégramme comme ça… c’est merveilleux. Moi jamais j’aurais fait un truc comme ça… C’est formidable de la part d’une femme comme ça… C’est formidable… Quel courage.

Anne, quant à elle, est tombée amoureuse d’un doux rêveur en la personne de Pierre, qui a passé une semaine à faire le tour du monde pour essayer de comprendre l’esprit de la Samba. Cette femme travaille dans le cinéma sans être capable d’enchanter sa fille en lui racontant le Petit Chaperon Rouge.

Ça t’a plu mon histoire?

Nan!

Tous les deux sont deux Parisiens qui ont mis leurs enfants en pension à Deauville, sans vergogne, tout simplement parce qu’ils pouvaient le faire et que ça leur permettait de vivre leur petite vie d’égoïstes. Ils sont à l’image de ces gens qui prennent des chiens sans se donner la peine de les sortir – faute de temps bien sûr.

Si leurs conversations sont romantiques à souhait, elles n’en sont pas moins dénuées d’intérêt.

‘On annonce qu’un homme et une femme sont morts à la suite d’un dérapage de leur puissante voiture de sport.’

J’aime pas entendre des choses comme ça…

Oui surtout quand on est en voiture.

L’amour exclut tous ceux qui ne font pas partie de son cercle. Anne et Jean-Louis sont dans leur délire.

Un homme et une femme ne peuvent s’empêcher de flirter. Ce qui les rend insupportables aux autres puisqu’ils ne cessent de s’émerveiller des pires banalités.

Vous avez entendu parler du sculpteur Giacometti?

Oh oui. Je le trouvais très beau.

Vous savez pas, il a dit une phrase d’extraordinaire. Il a dit: ‘Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverai le chat.’

Et même…  ‘je laisserai partir le chat après’.

C’est vrai?

Oh oui, c’est ça qui est merveilleux justement. Non?

Oui c’est très beau. Il a dit ‘entre l’art et la vie, je choisis… la vie’. C’est formidable.

Oui…

Tout d’abord, Giacometti ne faisait que citer Mark Renton (cf Trainspotting). Franchement pas de quoi en faire une histoire. Ensuite, dans un incendie, Giacometti laisse le chat et le Rembrandt pour sauver ses fesses. Giacometti n’était pas pompier. Tout le monde le sait. Il n’y a que deux tourtereaux naïfs pour croire le contraire.

Anne et Jean-Louis se racontent tellement d’âneries qu’on est presque content qu’ils ne puissent pas s’envoyer de textos! On imagine le temps perdu en emojis…

L’Amour ne devrait pas nous empêcher de prendre du recul, sur tout, en toute circonstance. N’oublions pas que l’escalope de saumon frais à la maraichère n’est jamais rien d’autre qu’un poisson importé de Finlande. On n’a pas de temps à perdre avec ces fadaises.

C’est peut-être pour cette raison que l’amour entre un homme et un homme ou une femme et une femme est beaucoup plus terre à terre.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

9 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.