CIDADE DE DEUS

CIDADE DE DEUS
Fernando Meirelles, Kátia Lund, 2002

LE COMMENTAIRE

Haut les mains, peau de lapin, la maîtresse en maillot de bains! En France, ces mots ont des allures de comptine. Au Brésil où les gens sont autrement plus littéraux, ces mots sont pris au pied de la lettre. La maîtresse se balade en string sur la plage. Et quand on dit haut les mains, c’est en général parce que le gosse a un calibre pointé droit sur vous avec un grand sourire. Ce n’est pas le moment de prendre les choses à la légère.

LE PITCH

Buscapé (Alexandre Rodrigues) se retrouve coincé.

L’HISTOIRE

Un gang armé jusqu’aux dents fait la chasse à un poulet qui dévale les ruelles de la Cité de Dieu, une favela de Rio. Buscapé se retrouve face à eux, à essayer d’attraper le poulet… avec les forces de police dans son dos.

A picture could change my life. But if you run away they get you and if you stay they get you too. It’s been that way ever since I was a kid.

Il se souvient.

Dans les années 60, le Trio Ternura formé par son frère Marreco (Renato de Souza), Cabeleira (Jonathan Haagensen) et Alicate (Jefechander Suplino) faisait la loi dans le quartier. Dadinho (Douglas Silva) trainait aussi avec eux et jouait les durs. Il trouvait même des plans pour les autres. Cabeleira a fini par se faire avoir. Dadinho a abattu de sang froid Marreco pour lui avoir volé son argent.

Dix ans plus tard, la favela s’est transformée en une jungle. Buscapé est un hippie. Il prend des photos et flirte avec la belle Angelica (Alice Braga). Dadinho a grandi. Il est désormais Zé Pequeno (Leandro Firmino da Hora), un gangster respecté.

At 18, he was the most respected hood in the City of God.

Avec son pote Bené (Phellipe Haagensen), il dirige un gang composé majoritairement d’enfants, les Caixa Baixa. Bené a le swag. C’est lui qui emballe Angelica, pas Buscapé.

Bené was the coolest hood in the city of God.

Il n’aime pas assez le pouvoir et surtout la violence que la conservation du pouvoir implique. Il démissionne. Zé Pequeno l’a mauvaise de voir son meilleur ami l’abandonner. Il voit le monde s’amuser autour de lui, sans lui et sa colère gronde.

Bené n’aura pas le temps de profiter de sa retraite qu’il sera la victime malheureuse d’un règlement de compte qui visait Zé Pequeno.

Dans les années 80, Zé Pequeno rentre en guerre contre Cenoura (Matheus Nachtergaele) auquel s’est allié Mané Galinha (Seu Jorge). La Cité de Dieu est devenue infernale. Buscapé ambitionne de devenir reporter. Zé Pequeno en quête de notoriété va faire de lui son photographe attitré, ce qui profite à tout le monde. Au milieu des affrontements entre les deux bandes rivales, Buscapé assiste à la capture de Zé Pequeno et de Cenoura. Il immortalise la corruption des forces de police qui rançonne Zé Pequeno avant de le laisser libre, juste avant qu’il ne se fasse abattre par son propre gang.

The business is ours!

Buscapé a le choix entre publier ces photos compromettantes et obtenir le job de ses rêves ou publier la photo du gang et décrocher un modeste stage. Il choisira le stage. Ce qui lui permet de quitter le quartier incognito alors que les enfants enragés de Caixa Baixa se cherchent déjà un autre gang ennemi contre lequel se battre.

L’EXPLICATION

La Cité de Dieu, c’est vivons cachés pour vivre (tout court).

Les gens qui courent le marathon savent que ceux qui s’élancent sur la distance aussi vite que s’il s’agissait d’un 400m font en général 400m avant de s’épuiser et de s’arrêter. À moins d’être Kenyans. C’est une autre histoire. Pour tenir la distance, les coureurs de marathon savent qu’il faut y aller à son rythme. Dans la vie c’est pareil, pour durer, il faut s’économiser. Les joueurs de Casino le savent. Les cyclistes connaissent le prix d’un Tour de France. Les traders de Wall Street sont avertis également.

Celui qui montre l’exemple est celui qui arrive à passer entre les gouttes, un peu comme Szpilman. Ce qui n’est pas le cas de celui qui vit dans la Cité de Dieu de Saint-Augustin, qui est bâtie sur l’amour de soi comme idolâtrie. Buscapé y est donc entouré de gens qui ne veulent pas vraiment sortir de la misère mais plutôt gouverner les miséreux autour d’eux: des cons qui veulent devenir le Roi des cons. Il y a d’abord le Trio Ternura qui fait régner la terreur puis Zé Pequeno.

Dadinho n’a pas la retenu la leçon:

Stop trying to rush things.

Comme Icare, il était pressé de se rapprocher du soleil, un peu trop vite. Ils s’est brûlé les ailes. Il a été consumé par sa propre ambition.

Holdups are bad business. The big bucks are in drugs.

Il faut de la mesure en toutes choses disait Horace. Buscapé est conscient de sa condition. Il a bien retenu la leçon de son frère qui lui défendait de prendre un revolver.

I’m a hood because I got no brain. But you’re smart, you should study.

Il facile de prendre des chemins de traverse dans cet environnement où l’honnêteté ne paie pas et où la misère rend prêt à tout. C’est presque la norme. Pourtant, on a toujours le choix.

Why don’t you change your life? Get a job instead of lying around in bed all day.

Bené avait fait le choix de se ranger, il n’a pas eu de chance. Buscapé va laisser les revolvers aux autres et va utiliser sa tête, comme une France qui ferait le pari des idées plutôt que du pétrole.

To be a real hood you need more than just a gun. You need ideas.

Lorsqu’Angelica lui file sous le nez, Buscapé ne cède pas à la colère. Il ne délaisse pas son appareil photo pour la coke ou un fusil mitrailleur. Lorsque la journaliste lui demande ses clichés, il préfère jouer petit. Ainsi il peut rester transparent aux yeux du gang Caixa Baixa.

La leçon, c’est que vivre caché n’est pas nécessairement vivre petitement. C’est essayer d’être plus malin que les autres, comme un cougar qui ne ferait pas de vague. Partir vivre en Province plutôt que de rester accroché à Paris. Choisir le soleil de Marseille, d’Aubagne ou de Cassis plutôt que la grisaille du XVIe arrondissement. Être son propre patron. Avoir sa boutique à l’abri des regards plutôt que d’avoir pignon sur rue. Se sortir de sa prison pour faire le tour du monde. Et y rencontrer peut-être des célébrités comme Gérard Jugnot ou Bérénice Bejo, à condition de s’offrir la première classe. Après tout pourquoi pas?

 

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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