THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI

THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI
Martin McDonagh, 2017

LE COMMENTAIRE

En tant que consommateurs, nous sommes devenus aujourd’hui les victimes du matraquage publicitaire qui viole littéralement chaque jour notre attention à coups de messages plus ridicules les uns que les autres. Fut un temps, on avait l’impression que les publicitaires savaient encore à quoi servaient les préliminaires. Ils vendaient, certes, mais avec la manière. Fut un temps, ils savaient saisir de l’occasion de parler d’une lessive pour partager une réflexion sur la liberté de se salir. Fut un temps la publicité n’était pas juste de la réclame. Fut un temps on savait se servir des panneaux d’affichage.

LE PITCH

Mildred Hayes (Frances McDormand) affiche sa colère.

LE RÉSUMÉ

Angela Hayes, la fille de Mildred et Charlie (John Hawkes) Hayes a été retrouvée morte et violée. Sept mois plus tard, l’enquête est au point mort. Mildred décide de louer trois panneaux d’affichage pour sensibiliser l’opinion publique. Elle interpelle directement le chef de la police locale William ‘Bill’ Willoughby (Woody Harrelson).

L’officier James Dixon (Sam Rockwell) va utiliser tous les moyens possibles pour faire retirer ces panneaux d’affichage que personne ne peut ignorer bien qu’ils se trouvent à la sortie de la ville.

Willoughby, impuissant face à cette affaire ainsi que face à son cancer en phase terminale, préfère mettre fin à ses jours. Fou de rage, Dixon se venge en violentant le jeune Red Welby (Caleb Landry Jones) qui avait loué les fameux panneaux d’affichage à Mildred. Il se fera virer sur le champs par le chef Abercrombie (Clarke Peters) qui remplace Willoughby.

La ville est en émoi. Mildred reçoit à la fois des messages de soutien ainsi que des menaces de la part d’un homme mystérieux (Brendan Sexton III). Charlie met le feu aux panneaux d’affichage. Mildred s’accroche et se venge à son tour en jetant des cocktails molotov sur le commissariat, sans savoir que Dixon est à l’intérieur en train de lire une lettre que Willoughby lui avait adressé après son suicide.

Dixon s’en sort miraculeusement. Un soir, il entend l’homme qui avait menacé Mildred se vanter d’avoir violer quelqu’un. Convaincu qu’il s’agit du coupable, il lui prélève un peu d’ADN qui ne correspondra pas avec celui retrouvé sur le corps de la victime. Il propose malgré tout à Mildred de se rendre dans l’Idaho pour traquer cet homme.

En chemin, Mildred et Dixon remettent en question leur décision de se faire justice et se donnent l’option de ne peut-être pas passer à l’acte.

Are you sure about this?

‘Bout killing this guy? Not really. You?

Not really. I guess we can decide along the way.

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L’EXPLICATION

Three Billboards, c’est crever l’abcès.

La vie n’est pas une partie de plaisir bien que certains continuent de trouver la force de sortir de leur voiture pour danser sur le périphérique (cf La La Land). À mesure que la vie passe, nos blessures se multiplient. On ne dit rien. On les cache. Puis elles finissent par s’infecter. Crever l’abcès c’est une façon de guérir. Ça commence par mettre des mots sur la douleur.

Ça n’est pas la coutume à Ebbing qu’on pourrait qualifier de trou du cul du Missouri, un état que certains pourraient considérer comme le trou du cul des États-Unis (un pays que certains autres pourraient considérer comme le trou du cul de la planète). Dans cette petite ville oubliée règne la paresse, la violence, la médiocrité, l’injustice et l’omerta. Les flics torturent encore les noirs, même s’ils ne peuvent plus les appeler comme ça et doivent les appeler « les personnes de couleur ». Et une fille s’y est faite sauvagement violée sans que son agresseur ne soit retrouvé. C’est regrettable. On ne parle tout simplement pas de ces choses là.

Autant dire que sa mère en a gros sur la patate. Et alors que tout le monde démissionne, elle va chercher à crever l’abcès en hurlant sa colère sur les panneaux d’affichage, déclenchant ainsi une réaction en chaîne pénible et salutaire.

Pénible d’abord car ces panneaux dérangent, à commencer par la Police du chef Willoughby. Ils perturbent la tranquillité d’une ville dans laquelle les gens subissent des injustices et se taisent. Mildred en a marre d’être une victime. On essaie de l’intimider. Elle s’accroche.

L’effet de ces panneaux d’affichage va être salutaire car les consciences vont se réveiller. Le peuple va retrouver un peu de son courage. Plus que de se suicider, Willoughby a le courage d’écrire des lettres qui vont permettre à tout le monde de réfléchir.

L’une de ses lettres d’excuse va permettre d’apaiser Mildred. Willoughby a fait ce qu’il a pu pour retrouver l’assassin de sa fille et ça n’était pas suffisant. Elle ne l’a pas entendu une première fois.

Right now there ain’t too much more we could do.

(…)

If it was me, I’d start up a database, every male baby was born, stick ’em on it, and as soon as he done something wrong, cross reference it, make 100% certain it was a correct match, then kill him.

Yeah well, there’s definitely civil rights laws that prevents that.

Il s’en excuse à nouveau. Mildred avait besoin de le lire pour cicatriser. Elle avait aussi besoin de se faire remettre à sa place par le petit James.

You know, I didn’t have to come and hold your ladder.

Mildred aura alors le courage de ne pas écraser une bouteille sur la tronche de Charlie bien qu’elle en ait une énorme envie.

Une autre des lettres de Willoughby va permettre à Dixon, l’abruti, de se reprendre en main.

Jason, Willoughby here. I’m dead now, sorry about that. There’s something I wanted to say to you that I never really said when I was alive. I think you’ve got the makings of being a really good cop, Jason, and you know why? Because, deep down, you’re a decent man. I know you don’t think I think that, but I do, dipshit. I do think you’re too angry though, and I know it’s all since your dad died and you had to go look after your mom and all, but as long as you hold on to so much hate, then I don’t think you’re ever going to become, what I know you want to become – a detective. ‘Cause you know what you need to become a detective? And I know you’re gonna wince when I say this, but what you need to become a detective is love. Because through love comes calm, and through calm comes thought. And you need thought to detect stuff sometimes, Jason. It’s kinda all you need. You don’t even need a gun. And you definitely don’t need hate. Hate never solved nothing, but calm did. And thought did. Try it. Try it just for a change. No one’ll think you’re gay. And if they do, arrest ’em for homophobia! Won’t they be surprised! Good luck to you, Jason. You’re a decent man, and yeah you’ve had a run of bad luck, but things are gonna change for you. I can feel it.

Dixon a le courage de traverser les flammes pour revenir de la mort et sauver le dossier de l’affaire Angela. Il a le courage de s’excuser auprès de Welby pour l’avoir défenestré. Celui-ci lui offrira gentiment un jus d’orange en retour. Dixon a le courage d’encaisser les coups pour mieux inculper celui qu’il croit être l’assassin d’Angela. Puis il se propose d’accompagner Mildred pour aller traquer peut être un autre suspect. Dans la voiture, tous les deux n’auront plus envie de se venger. Tuer quelqu’un d’autre ne ramènera pas Angela. L’espoir n’est pas mort.

On peut passer sa vie à souffrir en silence, avec soif de vengeance. Le vie est amère et souvent misérable. Ou au contraire avoir le courage de faire front pour mieux faire la paix avec soi-même. Et se convaincre que le bien appelle le bien. On l’espère.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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