THE KILLING

THE KILLING
Stanley Kubrick 1956

LE COMMENTAIRE

On peut vivre une vie quasi-végétative dans laquelle on ne tente rien d’autre que de jouer de temps en temps au loto sportif ; et au crépuscule de sa vie découvrir qu’on n’a pas vécu (cf Cercle des Poètes Disparus). On peut au contraire vivre sa vie comme un grand huit et profiter pleinement des émotions, bonnes ou mauvaises. Tenter des gros coups, quitte à se planter. Au moins, nous n’aurons rien à regretter.

LE PITCH

Les braquages sont comme les histoires d’amour (cf Love), en général.

LE RÉSUMÉ

Johnny Clay (Sterling Hayden) travaille sur un dernier coup fumant avant de prendre sa retraite en se mariant avec Fay (Coleen Gray) : braquer le champ de course. Un coup à deux millions de patates. Après, c’est fini, c’est promis (cf Family Business)!

Il monte une équipe composé d’un flic ripou Randy Kennan (Ted de Corsia) qui lui donne des indications, d’un caissier minable George Peatty (Elisha Cook Jr.) pour accéder à la salle des paris, un sniper Nikki Arane (Timothy Carey) et un ancien catcheur Maurice Oboukhoff (Kola Kwariani) pour faire diversion. Tout a été calculé de manière millimétrée. Si chacun respecte sa partition, c’est la richesse assurée.

Le caissier est faible et ne peut s’empêcher de tout raconter à sa femme Sherry (Marie Windsor), qui s’empresse d’en parler à son amant Val Cannon (Vince Edwards). Ce dernier voit grand. Plus que de prendre la part de George, il a l’intention de dévaliser les cambrioleurs.

Le plan se déroule sans accroc, à l’exception de Nikki qui est abattu par un officier de police. Les hommes se retrouvent au lieu de rendez-vous. Avant que Johnny les rejoigne, Val fait intrusion et provoque une tuerie. Suite à ce carnage, Johnny passe son chemin – comme prévu.

George, grièvement blessé, parvient à rentrer chez lui pour abattre sa femme.

It isn’t fair. I never had anybody but you. Not a real husband. Not even a man. Just a bad joke without a punch line.

Johnny file à l’aéroport avec Fay. Sa valise pleine de billets est trop encombrante pour qu’il l’emmène en cabine. Il est contraint de l’enregistrer. Au moment d’embarquer, le couple observe leur bagage se renverser sur le tarmac et disperser leur fortune aux quatre vents. Ils tentent de quitter l’aéroport mais sont identifiés par le responsable de la compagnie aérienne. Résigné, Johnny renonce à prendre la fuite.

Johnny, you’ve got to run!

Eh, what’s the difference?

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L’EXPLICATION

L’Ultime Razzia, c’est savoir rester à sa place.

Dans le monde capitaliste, la finalité dans la vie est d’accumuler de la richesse (cf Inside Job). C’est ce qui nous conduit à comparer la vie à un Casino, ou en l’occurrence à un champ de course. On se demande comment faire pour gagner un max quand on se rend compte qu’il y a beaucoup à prendre.

At exactly 3:45 on that Saturday afternoon in the last week of September, Marvin Unger was, perhaps, the only one among the hundred thousand people at the track who felt no thrill at the running of the fifth race. He was totally disinterested in horse racing and held a lifelong contempt for gambling. Nevertheless, he had a $5 win bet on every horse in the fifth race. He knew, of course, that this rather unique system of betting would more than likely result in a loss, but he didn’t care. For after all, he thought, what would the loss of twenty or thirty dollars mean in comparison to the vast sum of money ultimately at stake.

Certains préfèrent jouer petit et que ça rapporte beaucoup (cf C’est Arrivé Près de Chez Vous). D’autres, plus ambitieux, préfèrent les coups d’éclat en réalisant le casse du siècle (cf Emmanuel Macron). C’est le cas de Johnny qui a décidé de miser gros. Tant qu’à perdre, autant perdre avec les honneurs. S’il prend le risque de plonger, autant que ça en vaille la peine.

You know Fay, the biggest mistake I made before was shooting for peanuts. Five years have taught me one thing, if nothing else: Anytime you take a chance, you better be sure the rewards are worth the risk. Because they could put you away just as fast for a $10 heist as they can for a million dollar job.

Il monte ainsi un plan minutieux, relativement bien ficelé malgré quelques pièces défectueuses, notamment Sherry qui menace de tout faire foirer. Johnny cherche le résultat évidemment. La manière lui importe néanmoins, quasiment plus que la récompense en elle-même. Il ne le fait pas (que) pour l’argent mais pour la flamboyance, contrairement à Sherry.

You like money. You’ve got a great big dollar sign there where most women have a heart.

Ce que Johnny oublie, et que Maurice le Cynique lui rappelle, c’est que mieux vaut avancer petit dans la vie. Ne pas se faire remarquer. Prendre le métro plutôt que de porter des bottes en croco (cf L’Associé du Diable). Ne pas essayer de se hisser au dessus de la foule parce qu’elle essaiera par un moyen ou par un autre de nous ramener à son niveau de médiocrité.

You have my sympathies, then. You have not yet learned that in this life you have to be like everyone else – the perfect mediocrity; no better, no worse. Individuality’s a monster and it must be strangled in it’s cradle to make our friends feel confident. You know, I’ve often thought that the gangster and the artist are the same in the eyes of the masses. They are admired and hero-worshipped, but there is always present underlying wish to see them destroyed at the peak of their glory.

La preuve : lorsque Johnny abandonne sa fortune au transporteur, ce nullard est incapable de manoeuvrer pour éviter un petit chihuahua de rien du tout et renverse ainsi pitoyablement la valise sur la piste. Il n’y a rien d’autre à faire que de se résigner. Johnny n’a même pas envie de fuir. Ça ne sert à rien. Il repense à Maurice et se dit qu’il avait raison : ne pas chercher à être grand. Rentrer dans le rang. Et triompher grâce à la médiocrité des autres (cf Le Créateur).

C’est la stratégie de Didier Deschamps (cf Les Bleus 2018), héritée d’Aimée Jacquet (cf Les Yeux dans les Bleus) : on prend les trois points en faisant déjouer. C’est pas brilliant. Ça permet de passer le tour suivant malgré tout, jusqu’à la finale qu’on remporte toujours sans gloire par un but contre son camp et un penalty. Les fans et les joueurs peuvent ignorer leur médiocrité en faisant la fête sur les Champs ou en se rêvant ballon d’or. Champions du monde mon frère! C’est ça oui… Si ça leur fait plaisir. Personne n’est dupe. Mais en attendant, ils ont le pognon.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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