THE CONGRESS

THE CONGRESS
Ari Folman, 2013

LE COMMENTAIRE

Les acteurs et actrices ont décidé de faire de leurs émotions leur métier (cf Birdman). Ils exposent leurs troubles en public. Quand ils veulent revenir en arrière pour trouver un peu d’intimité, le public ne leur permet pas toujours (cf Rock’N Roll). Il faut tout partager : des joies les plus fortes aux peines les plus douloureuses. Le public capture ces moments précieux, tels des paparazzi, et s’en nourrit. Ces instants quasi-orgasmiques où la performance de l’artiste nous procure des frissons, les acteurs et actrices ont parfois envie de les rendre éternels. Alors on immobilise les sourires. Et l’humanité disparait.

LE PITCH

Une actrice prend le virage du digital.

LE RÉSUMÉ

L’actrice Robin Wright a une conversation un peu pénible avec Al, son agent (Harvey Keytel). Celui-ci fait le point sur sa carrière et sur la suite. Si elle a connu le succès, tous ses choix n’ont pas été heureux.

Lousy choices. That’s your whole story Robin. 

C’est pour cela que Al pense que Robin devrait considérer la proposition un peu étrange de Jeff Green (Danny Huston) chez Miramount :

We at Miramount, want to scan you. All of you – your body, your face, your emotion, your laughter, your tears, your climaxing, your happiness, your depressions, your… fears, longings. We want to sample you, we want to preserve you, we want… all this thing called…’Robin Wright’.

Son image appartiendrait entièrement au studio. Robin n’est pas d’accord car elle tient à garder le contrôle de sa carrière. Elle envoie Jeff sur les roses.

We actresses used to talk about how we never wanted to sleep with you for a part in the movie but you know what? Honestly, I think I’d rather do that than be a fucking chip in your computer.

Elle change d’avis après une nouvelle conversation avec Al :

What’s the difference? The fucking choice??

Yes the fucking choice! (…) I want to decide. That’s MY choice! To decide if I want to be a hooker, if I want to be an opera singer. If I want to play Keith Richards. That’s my choice, not theirs.

You delusional! What kind of choice was it when they stressed you out? (…) All the women who were face-lifted to death they can’t smile or show pain or emotion that’s a choice? (…) You’re nuts if you don’t take that deal! This is your key to freedom!

Robin accepte donc, avec le consentement de sa fille Sarah (Sami Gayle) et pour soutenir son fils Aaron (Kodi Smit-McPhee) qui est atteint du syndrome de Usher.

20 ans plus tard, l’image de Robin est devenue la star de Miramount. Elle est invitée par le studio à un Congrès du Futur où elle doit prendre la parole, et renouveler son contrat. Abrahama City est une zone animée et Robin doit avoir recours à une drogue pour y pénétrer afin de se transformer en avatar.

Jeff lui demande de signer une nouvelle clause étonnante :

We are in the area of free choice. (…) From now on they can drink you, or you can be eaten like an omelette or creme brulée. From now on you’re a substance. You’re a chemical formula.

Robin refuse catégoriquement et lors de son discours, invite tous les participants à revenir à la réalité. Des rebelles opposés à cette technologie profitent de la confusion pour interrompre le Congrès. Robin est protégée par Dylan Truliner (Jon Hamm) puis capturée et exécutée. Les médecins décident qu’elle est intoxiquée et qu’elle doit être cryogénée pendant soixante dix ans (cf Hibernatus). À son réveil, elle retrouve Dylan qui lui explique que le monde a changé grâce aux progrès de la technologie. Tout est désormais possible.

Imagine a life with no frustration. No jealousy. No ego. You have a dream?! Be your dream!

Dans ce monde, Aaron est cependant introuvable. Robin ne peut pas le supporter. Elle demande à Dylan de l’aider à retourner dans la réalité où elle pourra retrouver le Dr Barker (Paul Giamatti) qui suit son fils. Au stade final de la maladie, Aaron a finalement décidé de passer de l’autre côté. Si Robin reprend des drogues, elle n’a aucune garantie de le revoir. Tout dépend de ce qu’elle voudra.

Elle prend une ampoule pour retourner dans l’animation. Elle devient Aaron et revoit les moments de la vie de son fils défiler, jusqu’à ce qu’il prenne lui-même son ampoule. C’est ainsi qu’elle le retrouve.

"The Congress"

 

L’EXPLICATION

Le Congrès, c’est réussir à se libérer de son ego.

Robin est une actrice tourmentée par son ego qui parasite ses choix. Contrairement à ce que raconte Al, les décisions passées de Robin n’ont peut-être pas toujours servi sa carrière mais ont été les siennes. Al prétend l’aimer. Il ne reste que son agent. Il se fait le porte-parole de l’ego de l’actrice en la dévalorisant pour qu’elle se soumette à la Miramount.

Jeff rentre en scène. Il commence par flatter l’ego de Robin.

You were the future Robin. You were the promise, the answer! You were the whole package!!

Puis il crée la menace. Pour préserver l’ego de Robin, il va falloir changer – n’en déplaise à Céline Dion. Car le monde change.

Very soon this whole structure we love so much will be gone.

Changer ne veut pas dire évoluer. Changer veut dire figer. Jeff propose à Robin de refaire d’elle la jeune actrice qu’elle fut… pour toujours. Il ne s’intéresse pas à elle mais à ce qu’elle projette.

I need Buttercup from Princess Bride. I need Jenny from Forrest Gump. That’s what I need. I don’t need you.

C’est normal après tout, c’est quand même son métier. Ça n’est ‘que’ du cinema. La démarche est pourtant perverse car Jeff prétend agir au nom des intérêts de son actrice… en l’enfermant dans un personnage. Il veut la protéger d’elle-même.

I can save you.

From what?

From yourself!

Dans ce pacte diabolique, le prix de la jeunesse éternelle est sa liberté d’actrice.

Half a day of scanning and you must agree to never act again.

Robin pense faire ce choix pour se libérer de son image (comme ceux qui font le choix du botox pour se libérer du sentiment de vieillir) et mieux pouvoir consacrer son temps, c’est à dire sa vie, à son fils qui en a cruellement besoin. Mais alors pourquoi Robin éprouve-t-elle alors le besoin de rejoindre ce fameux Congrès, sinon pour être de nouveau au centre de l’attention? Elle est comme Kevin Lomax qui nous échappe mais qu’on rattrape toujours grâce à sa vanité (cf L’Associé du Diable)

You’ll sign anyway Robin. Because you might have sold your image as an actress but the actress never left your soul. You drove all this way just to be on stage for a single moment of fame. To be seen after all those years. 

Abrahama City est un guet-apens de l’ego dont Robin ne reviendra pas. Elle y perd des années précieuses (cf Interstellar). Lorsqu’elle retrouve ses esprits, elle n’a pas d’autre choix que de rester dans ce monde utopique d’apparences.

Everyone is what they are. Everyone is what they want to be. And while they consumer their new personality they spread in the air those pheromones that your mind translates into an image.

Son fils, bien que malade, lui manque trop. La difficulté de ce réel auquel on essaie d’échapper en dormant (cf Inception), par l’illusion (cf The Prestige), en jouant aux jeux video (cf Ready Player One), ou en se racontant des histoires (cf Treasures from the Wreck of the Unbelievable) ; cette réalité abominable vaut néanmoins mieux qu’une fantaisie sans intérêt (cf Matrix).

Robin prend donc le risque de tout abandonner pour revenir à la pesante réalité, sans maquillage, où personne ne la reconnait – on ne la reconnaissait pas plus dans la fiction.

Nobody sees me.

Elle y comprend que tout est en fait dans sa tête.

Ultimately, everything make sense. And everything is in our mind.

Quelque part entre le réel et la fiction, il y a la vérité : la sienne. On peut nier la réalité ou en inventer une autre fantasmée. Ce choix nous appartient. Quelque part entre ces deux options, il y a Aaron.

Once we just masked the truth with antidepressants, drugs that hum concealed, lied. Now we reinvent the truth. It’s not such a big difference.

Is there no choice?

The only choice is between waiting for death here in this filth of truth or hallucinating over there. 

Alors Robin décide d’abandonner définitivement son ego pour retourner dans la fantaisie où elle va devenir… son fils. Le bonheur éternel n’est pas la jeunesse, le succès ou la célébrité. C’est vivre pour ceux qui ont besoin de nous. C’est peut-être aussi simple que de vivre dans le désert avec celui qu’on aime, à regarder flotter les cerf-volants.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.