SHARKWATER

SHARKWATER
Rob Stewart, 2006

LE COMMENTAIRE

Un homme qui nage paisiblement parmi les requins. Pas de générique de journal de 20h de TF1. Pas d’angoisse. Pas de panique. Pas de plastique non plus. Et surtout pas de sang. Tout le monde cohabite dans l’eau, en bonne intelligence, dans le respect des traditions pacifiques. Comme si les trois petits cochons dansaient la farandole avec le loups dans la forêt. Comme si un autre monde était possible.

LE PITCH

Un homme descend dans la fosse aux lions.

LE RÉSUMÉ

Rob Stewart a barboté depuis tout petit. Et depuis tout petit il aime les requins comme d’autres enfants de son âge aiment les dinosaures. Rob aime préfère nager près des poissons que de les pêcher, c’est pourquoi il devient biologiste et photographe sous-marin. Ainsi il peut se rapprocher de ses animaux favoris.

For as long as I can remember, I’ve been drawn to sharks. They’re the most amazing animals on earth.

En amoureux des requins, Rob refait les présentations et rétablit quelques vérités. Les requins sont des animaux préhistoriques, vieux de plus de 400 millions d’années, gracieux et intelligents, en dépit du portrait qu’a pu en dresser des films comme Les Dents de la Mer, Open Water, Shark Attack, The Shallows ou encore The Meg. Ils sont des prédateurs redoutables et utiles à la biodiversité. En tout cas, le requin n’a rien à voir avec ce monstre assoiffé de chevilles dont on parle dans les reportages.

Predator of the see, terror of all men who enter the ocean, the very symbol of lurking danger : that is the shark. 

Bien au contraire, les requins n’attaquent pas l’homme. Ils le mordillent tout au plus, et souvent parce qu’ils le confondent avec une otarie. En tout cas ils ne le mangent certainement pas. Et les attaques de requins sont extrêmement rares. Les éléphants tuent plus que les requins.

Sharks rarely bite human beings but never because they’re hungry. They try to figure out what we are so they explore us. (…) Most sharks are picky eaters. They won’t bother wasting energy going after something they know they can’t eat efficiently. The fact is sharks do not eat people. If they did I would have been eaten a long time ago. 

Il s’intéresse de plus près aux requins marteau, espèce méconnue mais fascinante. Puis il est choqué de voir la quantité de poissons morts dans les filets de pêche au large des Galapagos. Cette réalité le sort de son rêve. Il n’y a pas de régulations pour protéger les requins.

Il se rapproche de Paul Watson, un activiste de chez Greenpeace qui fait la chasse aux braconniers au Costa Rica. Là-bas on tue les requins de manière barbare. Les ailerons sont découpés puis le requin est remis à la mer où il peut agoniser pendant des heures. Il se trouve que les ailerons de requin sont très demandés, notamment en Asie où le marché est énorme. La soupe d’ailerons de requin est un symbole de richesse. Et les pilules à la poudre d’ailerons de requin sont considérées comme ayant des pouvoirs magiques de guérison sous prétexte que les requins tombent rarement malades. Alors ils nous transmettent cette force bien sûr… Entre 30 et 70 millions de requins sont massacrés chaque année. 90% de la population a été décimée.

Rob et Paul partent donc faire la guerre au Costa Rica et s’attaquent à la mafia locale qui tente de les bloquer – bien qu’ils aient une autorisation officielle du Président. Rob et Paul menacent tout un écosystème. Ils sont immobilisés alors que les bateaux de pêche ne sont pas arrêtés.

Paul n’est pas du genre à se laisser intimider. Il met du barbelé autour du bateau et part en guerre. Rob doit cependant quitter le navire, temporairement, car il contracte un staphylocoque qui le contraint à suivre un traitement antibiotique.

À son retour au Costa Rica, Rob est surpris de voir la population se soulever contre la mafia. Il semble que son combat soit parvenu à sensibiliser la population qui se mobilise pour changer les choses. Désormais la chasse aux requins est illégale dans les Galapagos. La lutte au Costa Rica continue.

This is not about saving sharks it’s about saving ourselves.

Rob Steward est décédé en 2017 alors qu’il tournait la suite de ce documentaire. La cause de sa mort est inconnue. L’autopsie a révélé qu’il s’était noyé ; probablement à cause de l’utilisation d’un recycleur.

Sharkwater-Extinction

L’EXPLICATION

Les Seigneurs de la Mer, c’est le problème qui vient de nous.

Précisons d’abord que si Rob Stewart était un amoureux des requins, il n’était pas un marginal comme pouvait l’être Thimothy Treadwell, l’amoureux des ours (cf Grizzly Man). De par ses travaux, il cherchait à avoir une vue d’ensemble.

Les requins sont plus qu’un simple sujet d’étude, ils sont un symbole. En apprenant des requins, Rob pensait qu’il pouvait apprendre de l’humanité toute entière.

I thought if I studied them I could learn about life.

Qu’a-t-il découvert? Que nous vivons sur terre en cohabitation avec d’autres espèces et qu’il est illusoire d’imaginer que nous puissions vivre en paix les uns avec les autres. Ça n’est pas possible et ça ne serait pas recommandable car nous avons besoin de nous manger les uns les autres pour que la biodiversité soit maintenue. C’est un équilibre. C’est pour cette raison que les prédateurs, comme les requins, sont non seulement utiles mais nécessaires. Nous ne pourrions pas vivre sans.

The one animal we fear the most is the one we can’t live without.

Ce constat nous permet de reconsidérer cet animal supposé redoutable. Nous changeons soudainement de perspective.

You’re told your whole life, since you’re a kid, that sharks are dangerous. (…) But then finally you’re underwater and it’s perfect. And it doesn’t want to hurt you. And it’s the most beautiful thing you’ve ever seen. And your whole world changes. 

Nous réalisons surtout que le plus gros prédateur sur cette terre, c’est nous. Nous avons peur des requins alors que ce sont plutôt eux qui ont peur de nous.

Photographing sharks was harder than I thought because they’re afraid of us. Sharks can see us with more than their eyes. They can sense our energy. And they viewed me as an enemy.

En quoi le requin est-il une menace pour nous? Il règne sous les océans depuis des millions d’années. Il ne nous attaque pas sur la terre ferme comme le fantasme Sharknado. Il nous croque, rarement et par erreur, quand nous surfons sur son royaume. Pourquoi chercherions nous à nous protéger d’une espèce qui ne nous veut fondamentalement pas de mal? C’est un peu comme si nous cherchions à être seuls sur terre (cf There Will Be Blood) au risque de finir sans personne avec qui jouer. Comme si nous avions besoin d’un ennemi, peu importe sa nature. Qu’il soit un concurrent, un porc ou un Nord-Coréen. Peu importe.

We love to have a monster. We love to hate. And it’s not good TV when this monster that was presented all these years actually is very shy hesitant animal. 

Cela nous aide à justifier nos crimes abominables qui se nourrissent de mythologies que nous avons créées nous-mêmes. Il suffit de comparer Orca à Blackfish pour se faire sa propre idée. Avec la mort de Rob Steward, les requins ont perdu leur meilleur avocat. Sa noyade ne fait cependant que prouver son point puisque son corps a dérivé sur l’eau et a été laissé intact.

Sharkwater, c’est le projet d’un humaniste pour nous alerter sur nos propres dérives.

The objective is to save the planet from ourselves.

Le combat passe par une prise de conscience. Nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas.

The worst part is we know what we’re doing!

Une remise à zéro des compteurs. Une lutte acharnée contre les braconniers, à l’image de ce que fait Greenpeace. Et surtout une éducation des masses pour que le peuple se rebelle et arrête de vouloir manger de la soupe d’ailerons. Tant qu’il y aura des gens pour aller voir les gorilles dans des zoos, il y aura des braconniers pour les tuer au Congo (cf Gorilles dans la Brume). Tant que le public réclamera du spectacle, il y aura du dopage (cf Icarus). S’il n’y a pas de demande, il n’y a pas d’offre. Ce projet lutte contre l’abrutissement des masses (cf Idiocracy) car le peuple a toujours le pouvoir de changer les choses.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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