LA SOMME
DE TOUTES LES PEURS
Phil Alden Robinson, 2002
LE COMMENTAIRE
On a tendance à ne s’intéresser uniquement qu’aux dirigeant·es qui ont la lourde responsabilité de parler devant des millions de personnes. Il est vrai que leur parole a un impact majeur sur la population. Cependant, il ne faudrait pas oublier non plus les personnes de l’ombre. Celles et ceux qui influencent les décisions, en coulisses. Quand tout s’accélère, il faut avoir le courage de trancher dans le vif. Mais il faut aussi savoir garder la tête froide pour être de bon conseil.
LE PITCH
La tension internationale est à son max.
LE RÉSUMÉ
L’état major américain est en train de répéter une manoeuvre de sécurité lorsqu’une annonce tombe : la Russie a un nouveau président. Il s’agit d’Alexander Nemerov (Ciarán Hinds). Sa position sur la question tchétchène est très attendue à Washington. Elle est plutôt froide.
It is none of your concern.
Les Américains se crispent car ils anticipent une déstabilisation de la zone au cas où les Russes envisageraient de reprendre la Tchétchénie.
L’analyse Jack Ryan (Ben Affleck) a écrit sur Nemerov. Il essaie de rassurer le président Fowler (James Cromwell) par l’intermédiaire du directeur de la CIA William Cabot (Morgan Freeman).
Ce que les Américains n’avaient pas anticipé était la montée d’un mouvement néo-nazi en Europe conduit par Richard Dressler (Alan Bates).
We’re still treated like children. Each day we lose a little bit more of our separate sovereign ability to determine our own futures.
Dressler prend possession d’un missile nucléaire israélien datant de 1973. Son objectif est de déclencher un conflit destructeur entre les deux grandes puissances de manière à revenir sur le devant de la scène, avec la complicité d’un général russe corrompu.
Most people believe that the 20th century was a death struggle between Communism and Capitalism, and that Fascism was but a hiccup. But today we know better. (…) Germany did not prevail. The world was too big. Fortunately, the world has changed. Global communications, cable TV, the internet… Today the world is smaller and a virus does not need a strong host in order to spread. (…) You don’t fight Russia and America, you get Russia and America to fight each other… and destroy each other.
À noter que le représentant français Monsieur Monceau (Marcel Sabourin) s’est désolidarisé de cette entreprise et que pour la peine, il a été étranglé la tête haute.
Une bombe explose au dessus de Baltimore faisant des milliers de victimes. Nemerov envoie immédiatement un message de sympathie envers les Américains, qui sont persuadés que l’attaque vient des Russes. Fowler prépare une riposte d’ampleur qui pourrait être apocalyptique (cf Dr Folamour).
Dressler se frotte les mains.
Jack Ryan s’emploie pour prouver que son intuition était juste : Nemerov n’était pas derrière l’attaque. D’ailleurs, la bombe n’était pas russe.
Wait a minute… this is our plutonium?
Made in the USA!
Ryan parvient à faire passer un message à Nemerov pour le rassurer. Devant la bonne volonté affichée par les Russes, Fowler change d’avis et fait redescendre la pression.
Dressler et les complotistes sont assassinés.
Nemerov et Fowler signent un accord de non-prolifération atomique (cf Oppenheimer).
Le monde est vraiment passé tout près de la banqueroute.
Anatoli Grushkov (Michael Byrne), le conseiller du président russe, s’avère être un espion américain. Il vient en personne féliciter Jack Ryan et sa compagne le Dr. Catherine Muller (Bridget Moynahan) pour leur mariage à venir. Alors que c’est une surprise et personne n’est encore censé savoir quoi que ce soit. C’est ça le talent.
L’EXPLICATION
La Somme de toutes les Peurs, c’est ne pas craindre la désescalade.
Les sujets de géopolitique internationale sont complexes. Il s’agit d’un jeu avec plusieurs protagonistes qui ont parfois des intérêts communs en plus de leurs intérêts propres. On doit penser trois coups à l’avance et ne pas hésiter à nouer des alliances de circonstances pour parvenir à ses fins. Chacun·e pense qu’il ne peut en rester qu’un·e (cf Highlander).
It’s like a chess game.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas forcément les plus brutaux qui réussissent à ce petit jeu. Ce sont souvent les plus malin·es qui s’en sortent le mieux. Il est important de parler à tout le monde afin de comprendre les agendas de chacun·e avec beaucoup de diplomatie, un soupçon d’intelligence, et un zest de ruse (cf À la Poursuite d’Octobre Rouge).
Car à ce jeu, on aime à se faire peur. Certains pays peuvent sans hésiter brandir la menace nucléaire face aux autres qui n’ont évidemment pas envie de se laisser impressionner. Les hommes veulent savoir qui a la plus grosse ogive. C’est l’escalade.
Every nation has the right to defend itself.
L’escalade est facile dans la mesure où elle s’appuie sur des peurs innombrables qui s’auto-nourrissent entre elles. Quand de nombreuses puissances on un tel attirail militaire, c’est un peu comme si elles jouaient avec des allumettes (cf Lord of War). Dans un environnement complexe, le moindre prétexte peut suffire à créer une étincelle qui va déclencher une explosion en chaîne.
Les Américains et les Russes entretiennent une relation encore marquée par la guerre froide. Leurs antagonismes n’ont pas disparu. Entre ces deux pôles, la vieille Europe cherche à exister. D’anciens fascistes veulent mettre leur grain de sel pour profiter d’un déséquilibre mondial. Ils vont frapper en se faisant passer pour les Russes, car tous les coups sont permis. Si l’on ne sait pas faire la différence, on peut facilement aller dans le mur.
The President is basing his decisions on very bad information.
Il faut toute la sagacité d’un Jack Ryan pour ne pas tomber dans ce panneau. L’analyste de la CIA est plus lucide que ses copains.
Do you guys see what I see??
Il a compris qu’il existe une possibilité de complot des Européens et que l’intérêt des États-Unis n’est pas de se lancer à corps perdu dans une guerre contre les Russes – avec lesquels il est possible de s’entendre. C’est pourquoi il faut travailler à la désescalade.
Ryan doit travailler sur tous les fronts à la fois. Il faut calmer le jeu en interne et ne pas avoir la voix qui tremble face à tous les chiens de guerre qui veulent aller au carton.
Dr Ryan… What do you think?
Puis il faut gagner la confiance du camp adverse, en essayant de créer les conditions d’un dialogue. A priori, les Russes ont encore moins de raisons que les généraux américains d’écouter un analyste de la CIA.
L’atout de Jack Ryan est qu’il est le seul à ne pas être régi par ses angoisses. Plutôt que d’avoir peur de dire qu’il ne sait pas, il affirme ce qu’il sait. Il a compris ce qui se passait et sa détermination rassure ses interlocuteurs. Cette détermination clarifie une situation que les deux présidents de chaque camp n’arrivaient plus à comprendre. Elle dissipe tous les doutes liées aux peurs qui s’étaient accumulées dans le temps.
Jack Ryan désamorce le conflit juste à temps. C’est son métier.
Il peut rentrer chez lui pour travailler sereinement sur son mariage. Sa future femme espère secrètement que les cordonniers ne soient pas toujours les plus mal chaussés.
LE TRAILER
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