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LA NUIT AVANCE

LA NUIT AVANCE

Roberto Gavaldón, 1952

LE COMMENTAIRE

Un champion sort de l’ombre. La tête haute, dans la lumière, il affiche son sourire. L’index pointé vers le haut, pour signifier qu’il a encore faim de titres. Il se délecte de l’attention que les médias lui portent, en oubliant que tout passe. Pour lui aussi tout passera. Quand les journalistes se désintéresseront de lui, il retournera dans l’oubli.

LE PITCH

Un athlète commet le pêché d’hybris.

LE RÉSUMÉ

Marcos Arizmendi (Pedro Armendáriz) est un champion au Mexique. Personne ne le conteste.

Marcos est clairement le patron. Vingt cinq matchs consécutifs pour autant de victoires, nous pouvons dire que Marcos est un phénomène de la pelote basque!

Marcos Arizmendi le sait. Sa posture est celle d’un premier de cordée.

Je fais partie des forts, des vainqueurs! Les faibles méritent leur destin lamentable et petit, les faibles ne comptent pas.

Il est tellement arrogant que tout le monde le déteste.

Tu nous fatigues à force de crâner.

Comme ce n’est pas la popularité qui rend libre mais plutôt la crainte qu’on inspire, on peut dire que Marcos se débrouille très bien de ce point de vue.

Il est en couple avec la chanteuse Lucrecia (Eva Martino) qu’il plante à la dernière minute pour rejoindre Sara (Anita Blanch), une ancienne de ses maîtresses.

Il vaut mieux avoir un cinquième d’un homme de première classe que les cinq parts d’un homme de cinquième classe. Ne l’oublie pas.

Sara a touché la fortune de son défunt mari. Marcos l’a bien noté.

Marcial (José María Linares-Rivas) a des sentiments pour Lucrecia mais elle ne pense qu’à Marcos. Ce dernier est jaloux. Il considère Lucrecia comme sa propriété et ne veut pas qu’un autre homme s’approche d’elle (cf L’Enfer).

Je n’apprécie pas qu’un minable marche sur mes plates-bandes. Quand je voudrai te laisser je le ferai.

Marcos doit jouer une dernière partie avant de partir à Cuba.

Rebeca Villareal (Rebeca Iturbide), une autre conquête, l’informe qu’elle est enceinte. Elle exige que Marcos prenne ses responsabilités. Rebeca veut que Marcos demande sa main à son père (Julio Villarreal), ce dont il n’a évidemment aucune envie. Il le fait savoir à son beau-père en jouant la carte de la transparence.

Je ne suis pas l’époux qu’il lui faut. Et puis je le dis franchement, je ne l’aime pas. (…) Si je n’avais pas une conscience, je laisserais Rebeca sans rien dire et sans jamais la revoir.

Trop sympa.

M. Villareal ignore que sa fille est enceinte de Marcos.

Armando Villareal (Carlos Múzquiz) s’occupe des paris pour la pelote basque. Il a aussi des dettes de jeu envers Marcial. Dans l’incapacité de les honorer, il révèle à Marcial que Marcos va être le père de l’enfant de sa soeur. Marcial se sert de l’occasion pour faire chanter Marcos : le champion doit perdre son prochain match. Marcial misera contre lui et empochera la différence.

Marcos est contraint d’accepter de perdre, à contre-coeur.

En parallèle, Armando fait croire à Marcos que tout est arrangé avec Marcial. Il peut jouer à son véritable niveau. Ainsi Armando se met d’accord avec Li Chan (Roberto Y. Palacios) qui mise gros sur Marcos, et donnera la moitié des gains à Armando.

Marcos remporte haut la main son dernier match. Marcial a perdu gros. Il fait kidnapper Marcos qui doit rembourse une fortune qu’il n’a pas. Marcos se tourne vers Sara.

J’ai besoin d’argent maintenant.

Elle n’a rien. Cette histoire d’héritage est montée de toute pièce pour retrouver l’intérêt de Marcos. Celui-ci est furieux. Il l’insulte.

Regarde ces joues molles, les rides sous tes yeux, ces lèvres vieilles et sèches, la couleur bon marché de tes cheveux… Que crois tu, que j’allais donner mon amour à un fantôme ?

Puis il la tue, sans autre forme de procès.

Par un concours de circonstances, Marcos se fait escorter par la police jusqu’à l’aéroport où il échappe à Marcial. Fier de lui, il peut regarder l’article le concernant dans la presse locale.

Par contre, Marcos n’échappe pas à Rebeca. Elle est dans l’avion. Marcos s’endort. Elle en profite pour l’abattre de deux balles dans son sommeil.

Au Mexique, les banderoles à la gloire de Marcos sont décrochées. Les chiens errants pissent même dessus.

L’EXPLICATION

La Nuit avance, c’est le cauchemar du mâle alpha.

Dans un groupe d’animaux, il existe un mâle dominant qui est supérieur aux autres de part sa force ou son charisme. On ne voit que lui. Il écrase la meute et ne pense qu’à ses propres intérêts. De ce point de vue, Marcos Arizmendi a le profil du mâle dominant. L’athlète tient un discours digne d’un Président de la République (cf Macron à l’Élysée: le Casse du Siècle)

Tu aimes le succès plus que tout.

Bien sûr! Celui qui ne triomphe pas ne mérite pas de vivre. Le monde appartient aux vainqueurs, pas aux vaincus.

Il dicte aux journalistes ce qu’ils doivent écrire (cf Mbappé le Maître du Jeu).

Vous pouvez l’écrire dans le journal. Et dites bien que c’est moi Marcos, le patron, qui l’a dit.

Arizmendi voit la vie comme son sport : le far west (cf There will be Blood).

C’est un jeu d’homme. Celui qui ne prend pas de risque n’a qu’à se retirer.

La vie au Mexique serait donc régie par les règles du darwinisme social. Arizmendi fait parler sa force. Il est omniscient.

Je règle ce problème quand je veux.

On évoque les Dieux du Stade. Arizmendi se trouve sans aucun doute sur les sommets.

Celui qui prendra ma place n’est pas encore né!

Comme beaucoup de leader, Arizmendi est aveuglé par sa propre gloire au point de croire qu’il n’a plus besoin des autres. Il pense se suffire à lui-même.

Je ne remercie ni elle, ni personne!

Il en vient à parler de lui à la troisième personne, ce qui pourrait être un signe d’autodérision mais dans le cas d’Arizmendi se trouve plutôt être un signe d’arrogance.

Tromper Marcos ne se justifie jamais.

Arizmendi se permet de chier sur Descartes et sa méthode.

Le maître du terrain ne doute pas de son futur triomphe.

Il se comporte de manière odieuse avec ses adversaires, et avec les femmes de sa vie qui ne sont là que pour le mettre en valeur.

Arizmendi nage en plein hybris. Sa propre lumière l’aveugle encore plus que les feux de la rampe. Son cauchemar serait de disparaître.

Il ne s’est pas rendu compte qu’il a tout fait pour que les autres essaient de le rayer de la carte. Ce qui lui arrive n’est uniquement de sa faute.

La vie t’avait offert un jouet appelé bonheur, fortune et amour. Et tu l’as détruit de tes propres mains.

C’est son comportement qui va pousser Armando et Marcial à comploter contre lui, pour le faire tomber et profiter de sa chute.

Enfin, c’est le mépris qu’Arizmendi porte aux femmes qui va permettre à Rebeca de trouver la force de lui porter l’estocade.

Arizmendi est rattrapé par la nuit noire. Il disparait sans laisser de trace. Les orgueilleux qui visent l’éternité et ne comptent que sur eux-mêmes devraient se souvenir de cette leçon.

LE FILm

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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