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LES GALETTES DE PONT-AVEN

LES GALETTES
DE PONT-AVEN

Joël Séria, 1975

LE COMMENTAIRE

Ce n’est pas nécessairement parce que l’homme a l’impression d’avoir le volant qu’il a le contrôle de sa vie. S’il essaie de suivre sa route, il évolue dans une angoisse permanente. Son regard est inquiet. Sa moustache n’est pas très fringante.

LE PITCH

Un représentant de commerce se verrait bien peintre en derrières féminins.

LE RÉSUMÉ

Henri Serin (Jean-Pierre Marielle) vend des parapluies avec un argumentaire imparable.

Qualité, solidité, imperméabilité.

Henri n’est pas heureux en famille et il ne s’en cache pas.

Quand je pense que j’ai foutu ma vie en l’air pour ces trois connards…

Henri est surtout frustré avec sa femme (Gisèle Grimm) et il ne s’en cache pas non plus. Il s’en plaint auprès de ses maitresses, comme Madame Licquois (Andréa Ferréol).

Alors comme ça, ça va pas avec votre femme ?

Comment veux tu que je m’entende avec cette conne ? (…) Je suis bien qu’en voyage, et encore. (…) Si tu la voyais cette conne, elle sait même pas ce que c’est qu’une bite.

Henri collectionne les aventures. À ses heures perdues, il peint. Il est fasciné par les postérieurs féminins.

Oh que c’est beau…

En Bretagne, il rencontre Émile (Bernard Fresson), un peintre amateur qui se prend pour Gauguin. Il séquestre une jeune Québecoise (Dolorès McDonough). Angela lui sert de muse et d’objet sexuel.

Quand je la vois le cul à l’air comme ça, c’est plus fort que moi : faut que je la fourre!

Henri s’enfuit avec Angela.

Il veut toujours me faire baiser par ses amis. Des fois c’est pénible… Avec toi c’est pas pareil, t’as l’air gentil.

Tous les deux s’installent à Pont-Aven où Henri vit son rêve.

J’ai jamais été aussi heureux.

Il sombre dans une profonde dépression arrosée d’alcool lorsqu’Angela le quitte sans explication. De retour à Saumur, il surprend sa femme avec son amant. Henri s’enfonce. Il n’arrive plus à peindre jusqu’à sa rencontre avec l’innocente Marie (Jeanne Goupil).

Il retrouve alors l’inspiration.

Oh comme il est beau. On dirait un Courbet. Quel génie il faut pour peindre ça. Quand je pense que ce mec en a peint des milliers et qu’on l’a poursuivi pour obscénité alors qu’il a peint la plus belle chose du monde. (…) C’est à pleurer tellement t’es belle. J’ose même pas toucher.

Henri travaille désormais dans une gargote. Néanmoins, il a l’air sobre et heureux de servir les galettes de Pont-Aven préparées par Marie.

L’EXPLICATION

Les Galettes de Pont-Aven, ce sont les sacrifices d’un artiste.

Rares sont celles ou ceux pouvant se vanter de combiner leur travail avec leur passion. D’habitude, la passion est plutôt un passe-temps en dehors du travail. On ne lui donne jamais vraiment sa chance par manque de talent – ou de confiance en soi. En général, on fait passer son travail avant sa passion, par sécurité. Parce qu’il faut bien vivre et que le travail fait vivre.

C’est le cas de Henri Serin qui est un voyageur représentant et placier (cf Mort d’un Commis Voyageur). Il aime peindre mais n’en a pas fait sa profession malgré les encouragements répétés de son entourage, comme Madame Licquois.

Quand je pense que vous faites ce travail alors que vous avez de l’or entre les mains. La vie est mal faite quand même…

Les retours de Madame Licquois sont peut-être un peu biaisées car elle en pince pour Henri.

Depuis le début du dîner, une idée me trotte dans la tête. (…) C’est une idée à laquelle je rêve depuis toujours. J’aimerais poser pour vous un jour monsieur Henri.

À l’inverse, les éloges du pèlerin (Claude Piéplu) ont peut-être plus une valeur plus objective

Vous êtes un élu du Seigneur mais vous ne le savez pas!

Henri Serin arrive à un âge où il se demande si sa vie présente encore un intérêt (cf Kennedy et Moi). Tous les sacrifices auxquels il a consentis en valaient-ils la peine ? Il est marié avec une femme qu’il n’aime plus – s’il l’a jamais aimée. Père de deux enfants qu’il trouve bêtes. Son constat est terrible.

Il a consenti aux sacrifices d’une vie bien rangée et il ne s’y retrouve clairement plus. Pour avoir un peu de confort, il lui a fallu faire du porte à porte pour vendre des parapluies à travers toute la Bretagne, débiter le même discours commercial ridicule plusieurs fois par jour, continuer de faire l’amour sans plaisir à sa femme après des années de mariage, écourter ses nuits pour s’occuper de ses enfants…

Henri a été bien sage. C’est fini. Il en a marre.

Ce quinquagénaire fait peut-être les choses à l’envers, mais il a envie de s’essayer à la vie d’artiste, qui vient avec d’autres types de sacrifices.

Il va lui falloir apprendre à vivre chichement (cf Il Boemo), de port en port, sans savoir de quoi demain sera fait.

Le travail permet de se rassurer. Henri a conscience qu’il va devoir naviguer dans des eaux où son art ne sera peut-être reconnu qu’après sa mort (cf Into Eternity).

Être constamment à la limite, quelque part entre le génie touché par la grâce et le vieux cochon obsessionnel – sans que l’on puisse clairement faire la différence.

Tu sens la pisse toi, pas l’eau bénite.

Oh monsieur Henri! Vous avez de ces expressions…

Sur sa route, Henri va aussi croiser son reflet à travers des imposteurs vulgaires comme Emile, un pervers sexuel qui abuse d’Angela.

Lâche moi! Oh! Tu m’écoeures!

(…) Tu peux la piner si tu veux. (…) Ah le cul! Y’a que ça de vrai l’artiste!

Comme tout artiste, Henri va devoir vivre dans le doute permanent. Ce qui nécessite d’extérioriser son mal-être pour le transformer en quelque chose d’autre. Ce qui implique qu’Henri va traverser de mauvais moments (cf Leaving Las Vegas).

Vous êtes encore saoul monsieur Henri.

Il ne lui faudra jamais rien attendre de cette vie là.

Qu’est-ce qu’Henri peut y gagner, à défaut de la gloire ?

Tout.

Adieu veaux, vaches, cochons. Il peut découvrir la liberté en s’affranchissant de ses bulletins de paie. Passer pour un artiste incompris. Derrière sa moustache sympathique, se comporter comme un gros cochon. Tout en s’émerveillant à nouveau du monde autour de lui, au gré de ses rencontres inattendues.

Oh nom de Dieu de bordel de merde!

Dire n’importe quoi. Faire ce qui lui passe par la tête.

Vous êtes pire qu’un enfant!

S’amuser un peu. Allez hop le commentaire paternaliste ou macho. Ni vu ni connu le regard lubrique. Boum la main aux fesses.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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