KENNEDY ET MOI

KENNEDY ET MOI

Sam Karmann, 1999

LE COMMENTAIRE

On associe généralement le divan avec la psychanalyse. Quant au sofa, on l’associe avec la paresse de passer trop de temps devant son petit écran pour regarder des programmes pas toujours intéressants. Le fauteuil en cuir, c’est encore autre chose. Dans un fauteuil en cuir, on est en alerte. On peut par exemple attraper les mouches. Ce qui n’est pas nécessairement synonyme d’ennui, mais plutôt d’une dextérité retrouvée.

LE PITCH

Un romancier à la dérive va sortir de sa léthargie (cf Fast and Furious 8).

LE RÉSUMÉ

Frappé par la crise de la cinquantaine, Simon Polaris (Jean-Pierre Bacri) est blasé. Ses enfants l’ennuient. Sa femme (Nicole Garcia) ne le fait plus bander. Pire encore, Simon a perdu le goût d’écrire qui est quand même sa raison d’être. Il ne fait plus rien qu’attraper les mouches, les fesses bien enfoncées dans son fauteuil.

Partageant son envie d’en finir avec son psy, ce dernier lui parle de l’histoire d’une montre qu’il tient constamment dans sa poche : une Hamilton qu’aurait porté Kennedy lors de son assassinat à Dallas (cf JFK). Récupérée sur une table d’hôpital, son propriétaire l’aurait ensuite revendue dans une brocante.

‘Pour profiter du temps qu’il lui reste’ m’a-t-il dit.

Cette montre va servir de déclic pour Simon. Il commence d’abord par confronter l’amant de sa femme. Ce face à face tragi-comique marque le début de la révolte. Simon se fait connaître et marque son territoire.

Je reviendrai si je vois que ça recommence.

Il décide ensuite de déplacer son bureau au sous-sol comme pour mieux repartir de zéro et tout reconstruire depuis la base. Alors que rien ne semblait le toucher, les événements commencent à l’affecter de nouveau. Il montre quelques signes de vie. Il réagit. Les affaires reprennent.

Simon décide de ne plus se laisser marcher sur les pieds : ni par le petit ami de sa fille qui lui fait la morale, ni par son dentiste qui lui charcute la gencive, ni par Benito Grimaldi (Jean-Claude Brialy) qui lui raconte n’importe quoi, ni encore par Gurney (Patrick Chesnay) son éditeur qui ne pense qu’à son prochain livre.

La mort de Monsieur Sabongui, un papi dont Simon s’occupait quasiment comme de son père, va accélérer le processus. N’ayant plus de temps à perdre, Simon utilise son revolver pour redonner du sens à ses jours, en braquant son psy et lui dérobant cette fameuse montre de Kennedy à laquelle il tient tant.

Apaisé, il peut contempler l’horizon avec sérénité.

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L’EXPLICATION

Kennedy et Moi, c’est reprendre le stylo.

Quand on est jeune, on veut en découdre. On veut tout voir et tout raconter, même si cela n’a pas d’intérêt. Avec les années, on prend un peu de recul. On se rend compte que toutes les histoires ne sont pas bonnes à dire. Que le temps ne revient pas et qu’on l’a bien assez gâché. On a envie de poser son stylo.

Après un triste monologue, Simon détruit sa chaise fétiche comme un suicide artistique. Il flotte dans le vide. C’est la fameuse mid-life crisis qu’évoque Gurney et qui donne l’impression qu’on risque de moins se marrer dans les années qui restent.

Simon fait le bilan et ne voit aucune raison de se réjouir. Il est en train de traverser sa propre vie comme un observateur médusé, même pas vraiment en colère contre sa femme qui ne l’aime plus et incapable de montrer le moindre signe d’intérêt pour les études de sa fille. Se moquant de la modernité d’internet qui obsède la génération de demain.

Lorsque Simon parcourt le livre de sa vie, dont il est censé être l’auteur, il a envie de s’endormir. Il a décroché. Littéralement à côté de la plaque.

Cette montre de Kennedy, ou plutôt ce qu’elle représente, va sonner comme un réveil : la prise de conscience du temps qui passe, mais surtout du temps qui reste (cf Interstellar). Cette montre rappelle à Simon que la vie peut être interrompue à n’importe quel moment, et qu’il serait dommage de ne pas en faire quelque chose. Jusqu’à présent, Simon attrape des mouches.

Le temps qui passe est pour les vivants. Quelle ironie de songer à tous ces morts enterrés avec leur montre à quartz et qui portent l’heure exacte au poignet. Le temps qui reste appartient à Simon. C’est désormais à lui de l’écrire finalement. Grâce à la montre, il a maintenant le sentiment d’exister et surtout il a l’impression de pouvoir profiter du temps.

Je suis vivant, je porte la montre, je suis bien.

Alors qu’il se voyait lui-même comme le lecteur passif du dernier chapitre de sa vie, Simon décide contre toute attente d’accepter la mort pour mieux s’en moquer. Il accède à la sagesse. À partir de maintenant, il ne vit plus pour ne pas mourir. Bien au contraire, il se remet véritablement à vivre.

Il lui devient urgent de ne plus gaspiller son temps, surtout pas au restaurant en mauvaise compagnie.

Il est parti.

Comment ça…?

La montre permet à Simon de sortir d’une comédie sociale dans laquelle il n’aimait plus le rôle qu’on lui avait assigné. Il saute de ce bateau à bord duquel tout le monde est malade.

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Simon fait partie des rares qui ont le courage de ne pas avoir peur de l’inéluctable. Ceux qui se permettent de vivre en disant ce qu’ils pensent sans se soucier du jugement d’autrui (cf Mytho-Man, Daaaaaali!). Faire ce qu’on veut, sans avoir peur de perdre quoi que ce soit. Cela veut dire continuer d’attraper les mouches, s’il le souhaite. Ou prendre le temps de regarder la mer s’il a envie, plutôt que de produire des romans en batterie pour faire plaisir à Gurney.

Simon remet enfin à leur place toutes celles et ceux qui méritent de l’être : les médiocres, les narcissiques, les avares, ou tout simplement les con·nes.

Il n’a plus la sensation d’être invisible (cf Wolf).

Nan je suis pas gentil et vous arrêtez de me parler comme un enfant de douze ans!

La montre de Kennedy est une révélation. Celle d’apprendre à arrêter de se forcer et vivre pour soi. Elle sonne l’heure d’un âge où il faut savoir arrêter de faire semblant.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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