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LA PIANISTE

LA PIANISTE

Michael Haneke, 2001

LE COMMENTAIRE

Porter le masque, cela veut dire regarder droit dans les yeux et donner le change. Être dans le rôle. Tout est permis. On peut aller aussi loin que possible, tant que l’on reste dans son archétype. Nul·lle n’est cependant parfait·e malgré la coupe de cheveux impeccable, la bouche soigneusement dessinée, ou le regard impénétrable.

LE PITCH

Une professeure de piano développe une relation avec un élève.

LE RÉSUMÉ

Erika Kohut (Isabelle Huppert) est une vraie teigne. La professeure viennoise est connue pour être impitoyable. Elle tyrannise ses élèves comme la jeune Anna Schober (Anna Sigalevitch) (cf Whiplash).

C’est le résultat qui compte, pas les heures!

Quand Erika rentre à la maison, elle retrouve sa mère (Annie Girardot) qui les réclame des comptes.

J’ai passé huit heures dans ma cage et j’avais envie de m’aérer la tête.

La sévérité d’Erika cache des troubles évidents qu’elle tente de maitriser à travers des pratiques sexuelles déviantes : elle se rend dans les drive-in pour faire du voyeurisme, quand elle ne s’auto-mutile pas dans sa baignoire.

Erika croise Walter Klemmer (Benoît Magimel) lors d’un récital. Le jeune homme est tellement impressionné qu’il réclame une audition pour rentrer dans la d’Erika.

Audacieux, Walter perce vite la carapace de sa professeure. Elle l’arrête dans son élan et lui indique qu’elle reviendra vers lui avec une liste. C’est elle qui décide du tempo.

Taisez vous. Ne bougez pas.Sinon je m’en vais.

(…) C’est totalement malsain ce que tu fais là. Et en plus ça fait mal!

Je compatis.

(…) Salope.

Ta gueule.

Je veux bien apprendre à jouer à tous les jeux mais il faut que les règles soient les mêmes pour tous!

Je vous ferai parvenir mes instructions par écrit, de vive voix ou peut-être par téléphone.

Walter s’invite un soir chez Erika. Il n’a pas lu la lettre. Erika exige qu’il le fasse. Walter découvre alors les penchants sadomasochistes de sa professeure. Le texte est si cru que le jeune homme croit d’abord à une plaisanterie.

Je dois prendre ça au sérieux ?

Il quitte l’appartement.

Elle va le retrouver à son entraînement de hockey pour s’excuser.

Pardonne moi pour la lettre, j’ai été idiote. J’aurais pas du faire ça comme ça, de but en blanc. On aurait du faire comme tu as dit, on aurait du parler.

Calme-toi. T’es ridicule. Relève toi.

Elle pratique une fellation sur Walter puis le recrache. Il lui demande de partir, en l’insultant.

Finalement, Walter se rend de nouveau chez Erika pour réaliser ses fantasmes. Il enferme sa mère dehors comme elle le voulait, puis commence à frapper Erika. Sonnée, elle n’a pas la force de repousser les assauts de Walter qui ne respecte pas les désirs énoncés dans la lettre. Après l’avoir violée, il l’abandonne au sol avec une injonction.

Je te prierai de raconter ça à personne. D’ailleurs c’est dans ton propre intérêt. On peut pas humilier les hommes sur ces choses là et… C’est pas possible. Ça va aller ? Tu sais… plaie d’amour n’est pas mortelle.

Le lendemain, Erika doit remplacer Anna pour un concert. Dans le hall, elle attend désespérément la venue de Walter. Celui-ci, entouré de sa famille, arrive enfin. Il fait mine de rien (cf Comme si de Rien n’était).

Mes hommages professeur, j’ai hâte de vous entendre jouer!

Erika se poignarde de dégoût, puis quitte les lieux.

L’EXPLICATION

La Pianiste, c’est un homme qui ne sait jouer que sa partition.

Historiquement, les rapports entre les hommes et les femmes ont toujours été déséquilibrés. Les hommes ont d’abord fait parler leur force face aux femmes. Puis ils ont exploité leur position de pouvoir pour continuer abuser d’elles (cf Harvey Weinstein).

Des efforts ont été réalisés pour équilibrer les choses dans le but de dépasser ce rapport de domination un jour. On n’y est pas encore (cf Je ne suis pas un Homme facile).

Erika est une femme qui souffre clairement de cette état de faits. Elle compense sa soumission par une autorité exagérée envers ses élèves.

Je n’ai pas de sentiments. Et si j’en ai un jour, ils ne triompheront jamais de mon intelligence.

Incapable de nouer une relation avec quiconque, parce qu’elle a été complètement étouffée par sa mère.

Tu peux faire ce que tu veux, à ton âge. C’est pour ça qu’on se sacrifie, et voilà la récompense…

La mère d’Erika n’a en effet jamais permis à sa fille d’exister en tant que telle.

Ne sois pas si nerveuse. Tu ne fais que remplacer quelqu’un.

Dès lors, Erika s’est construite sur du vent. Elle ne saurait pas comment se positionner face à un homme. D’ailleurs, l’intérêt que lui porte Walter la décontenance.

Vous n’avez pas envie de sourire, hein ? Allez… Soyez donc pas si sérieuse jolie dame.

Face à ce mâle-alpha qui ne doute visiblement de rien, Erika ne veut pas perdre la main. Elle va cependant prendre le risque d’abaisser ses défenses pour le laisser pénétrer dans son intimité, en s’ouvrant sur ses démons. Erika s’est exposée comme elle ne l’avait jamais fait. Elle est en position de faiblesse.

Je suis pianiste, pas poète.

À partir de ce moment, Walter ne va lui montrer aucun respect. Il ignore volontairement les désirs de sa partenaire.

Vous avez lu la lettre ?

Je ne veux pas de lettre, je veux qu’on se parle!

Walter se positionne comme l’homme de la normalité. Un blanc hétérosexuel qui fait les choses dans les règles – ses règles à lui. Il dénonce l’attitude d’Erika comme étant perverse.

Erika t’es malade. Faut que t’ailles te faire soigner. (…) J’te jure que je t’ai aimée. Toi tu sais même pas ce que c’est…

Erika attend pourtant de lui qu’il la domine, de la manière dont elle souhaite elle.

Dorénavant c’est toi qui commande.

Alors qu’Erika lui a proposé un contrat clair, Walter s’en moque. Il veut imposer ses conditions à lui.

Je suis pas sûr que tout ça va m’amuser très longtemps.

Il pénètre chez elle sans avoir sa permission. Puis il se positionne en victime.

T’es une salope! (…) Tu veux la refiler à tout le monde ta putain de maladie mentale.

Puis il profite du fait qu’elle se réclame du masochisme pour faire ce qu’il veut, sans limite et surtout sans respect pour Erika. Elle aime les claques ? Et bien il va se faire un plaisir de lui en donner. Elle va s’en prendre plein la tronche.

Je veux bien apprendre à jouer professeur, mais pas tout le temps et exclusivement selon tes règles. 

Walter change violemment la mélodie.

C’est pas comme ça que t’avais imaginé les choses hein ?

Walter est un pianiste, bien sous tout rapport, qui ne sait pas jouer à quatre mains. Pendant ses cours, Erika avait remarqué qu’il n’avait aucune subtilité. Il est incapable de suivre le rythme, ni d’assumer ses actes.

Walter voulait simplement dompter celle qui représentait l’autorité absolue, parce qu’aucune femelle ne peut lui être supérieure. Rien ne lui résiste. Il n’est qu’un homme raffiné de plus qui complète la porcherie.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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