TU VEUX OU TU VEUX PAS
Tonie Marshall, 2014
LE COMMENTAIRE
À partir du moment où un couple s’enlace, on peut supposer l’existence d’un désir commun. Ce n’est pourtant pas toujours le cas. Cela ne dépend d’ailleurs pas que des parties du corps où sont posées les mains de l’autre. Bien que celles-ci puissent constituer un indice. En effet, La notion de consentement doit être absolument questionnée. Ainsi, pour savoir si l’autre veut ou ne veut pas, on doit logiquement avoir recours à un point d’interrogation pour obtenir une réponse qui ne sera pas libre à l’interprétation.
LE PITCH
Deux personnes émotionnellement dépendantes se rencontrent.
LE RÉSUMÉ
Judith Chabrier (Sophie Marceau) rentre en France après une expérience professionnelle non-concluante en Asie.
Malheureusement, nous n’allons pas confirmer votre contrat.
Quoi ??
Monsieur Loong Sieng à Singapour, Monsieur Sheram à Bombay, Monsieur Takedo à Yokohama, Monsieur Tchang à Hong Kong… Ça vous dit quelque chose ?
Oui ce sont mes interlocuteurs en duty free. Vous avez aussi oublié Madame Lin à Pékin.
Oui. Mais Madame Lin, vous n’avez pas couché avec elle. (…) Nous recherchons une directrice commerciale, pas une geisha.
À Paris, Judith trouve un job d’assistante dans un cabinet de thérapie conjugale où travaille Lambert Levallois (Patrick Bruel), un ancien pilote de ligne reconverti dans la psychologie. Lambert essaie de maîtriser ses pulsions sexuelles (cf Shame). Il est accompagné sur ce sujet par Alain (François Morel). Le travail a l’air de porter ses fruits.
Travailler plus pour baiser moins, c’est ma devise!
Judith et Lambert se sont bien trouvé·es. Tous les deux doivent apprendre à travailler ensemble, sans se sauter dessus.
Il faut qu’on ait une ligne de conduite… stricte!
Un jeu de séduction frontal se met immédiatement en place. Lambert fait de son mieux pour résister aux avances de sa nouvelle collègue.
Vous pensez que je suis bonne ?
Alain est convaincu que Judith peut permettre à Lambert de renouer des relations saines avec les femmes.
C’est moi avant. En fille.
C’est formidable! En résistant, tu mesures le chemin parcouru. C’est le Graal cette fille! Profites-en!
Ah oui ? Et moi ? Je fais comment au jour le jour au cabinet quand elle me harcèle ?
La résistance de Lambert va d’abord frustrer sa partenaire.
Judith, nous avons bien travaillé aujourd’hui. Je suis content.
Ce que je ressens en tant que femme, ça vous laisse indifférent à ce point là ?!
Vous mélangez tout. Je vous apprécie avant tout… en tant qu’être humain.
Mais je suis un être humain… avec un vagin.
… On va y arriver.
Au fil des consultations, Judith montre un certain talent. Lambert l’estime et souhaite la fréquenter, tout en contrôlant son désir.
Franchement, les coups d’un soir ne m’intéressent plus.
Judith est intriguée par Lambert qui n’est pas qu’une simple paire de fesses à ses yeux.
Il lui présente sa mère (Sylvie Vartan). Elle lui présente son oncle (André Wilms). Lors d’un colloque en Belgique, le couple se dispute. Judith s’en va. Lambert replonge le temps d’une soirée, pour mieux se rendre compte qu’il ne veut être qu’avec Judith.
Sans Lambert, Judith se surprend à faire preuve d’abstinence. Elle accepte ses sentiments amoureux.
C’est lors d’une réunion de sex-addict qu’ils se retrouvent enfin, pour ne plus se lâcher.
L’EXPLICATION
Tu veux ou tu veux pas, c’est travailler à deux pour corriger une déviance commune.
En entreprise, on vante les mérites de l’intelligence collective pour résoudre des problèmes organisationnels. Quand on fait face à un obstacle, la solidarité est aussi un bon moyen de se dépasser (cf Il est revenu). Les alcooliques anonymes gardent le contact entre deux réunions pour se donner du courage. Il en va de même pour des personnes souffrant plus globalement d’addiction en tout genre et qui ne souhaitent plus que ces addictions les dirigent.
Pour autant, on ne recommanderait pas forcément à deux toxicomanes de sortir de la drogue ensemble. Car les chances de rechute sont bien réelles et pourraient provoquer un effet domino dévastateur (cf Panique à Needle Park).
Dans le cas de Judith et Lambert, la greffe semble pourtant prendre.
Comme beaucoup, tous les deux ont un rapport non-conventionnel à la sexualité. Chaque jour, leurs patients leurs rappellent qu’ils ne sont pas seuls. Judith et Lambert sont compulsifs dans l’excès.
Lambert a visiblement du mal à se contrôler.
Les femmes me rendent dingue!
Tandis que Judith n’a même pas envie de se contrôler.
Je me suis envoyée en l’air avec beaucoup d’hommes. Mais je vois pas où est le problème.
Il est possible que sur le plan psychologique, leur comportement a priori similaire ne corresponde pas exactement au même symptôme. Lambert comble peut-être un manque affectif par un besoin de validation narcissique qui s’exprime à travers la relation sexuelle. Quant à Judith, elle semble avoir un besoin de proximité relationnelle qu’elle ne sait pas exprimer autrement qu’à travers l’orgasme.
Ces deux là auraient pu ne jamais se croiser. Cependant, leur rencontre va forcément faire des étincelles.
Leur position professionnelle les contraint à adopter une démarche intellectuelle. Judith et Lambert essaient de comprendre leur pathologie.
Lambert, parce qu’il veut retrouver la maîtrise.
J’ai besoin de retrouver certaines valeurs essentielles. (…) Je ne veux plus de sexe sans amour.
Judith n’a pas l’impression de souffrir d’un trouble qui dominerait ses décisions. Cependant elle commence à se lasser de l’enchaînement de ces relations qui n’aboutissent pas.
Je n’ai jamais été soumise à qui que ce soit.
Leur couple va fonctionner car l’un·e apporte ce qui manque à l’autre. Lambert a encore tendance à se dédouaner.
Les hommes ont parfois des pulsions qui ne correspondent pas forcément à leurs sentiments. Ils peuvent parfois, je dis bien parfois, avoir un accident de parcours.
Il blâme les femmes.
Y’en a qui sont très très vicieuses.
Avec Judith, pour la première fois il découvre une femme de caractère, qui prend les devants. Dès lors, il ne prend plus autant de plaisir dans son rapport de domination. Ce qui le trouble.
C’est quoi le problème ? Je vous fais peur ?
Du côté de Judith, elle avait besoin de se frotter à un homme capable de lui dire non. Ce n’est pas si fréquent. D’une certaine manière, Judith avait besoin qu’un homme lui dise non pour mieux lui faire comprendre qu’il tient vraiment à elle (cf Anora).
Je suis jaloux.
Jaloux ? Ah nan hein, au secours.
Finalement, ils sont faits pour s’entendre.
Pour combien de temps ? Nul·le ne le sait.
Sans doute seraient-ils plus inspirés de s’arrêter là et rester bons amis. Car l’équilibre est fragile, et les histoires d’amour finissent mal – c’est bien connu.
Judith pourrait découvrir que Lambert est un faux gentil. Lambert a le beau rôle : celui d’un womanizer hanté par les femmes, comme une sorte de Julio Iglesias.
Néanmoins, celui qui donne l’impression de vouloir travailler sur lui-même cache peut-être un cinglé, couvert par les moeurs de l’époque qui le présentent comme un séducteur un peu lourd dont sa réputation glorieuse le précède.
Ils ont pas forcément apprécié chez Air France. Mais t’es resté une légende!
Si Lambert est clairement déstabilisé par le fait que Judith le devance, on ne sait pas comment il peut réagir face à un refus. Peut-être est-il un véritable détraqué ? Il monte peut-être dans des ascenseurs ou des taxis avec des femmes qu’il agresse sexuellement car il pense que toutes les femmes doivent être possédées, ou que toutes les femmes lui appartiennent ?
Tant que la jupe tient, on est sauvé.
Peut-être force-t-il les femmes ? Il suffit d’écouter les récits hauts en couleur de son pote Bruno (Philippe Lellouche) pour que le doute soit permis (cf L’Ami de Vincent).
Toutes les hôtesses y sont passées, même les moches!
En plus, si Lambert est vraiment jaloux comme il l’affirme, comment cet homme, qui manque visiblement de confiance en lui, pourrait-il réagir s’il venait à découvrir que Judith, qui peut être prête à tout, connait une régression (cf L’Enfer) ?
Elle est dangereuse!
C’est peut-être Lambert qui est très dangereux.
Ce couple qui se caractérisait par une belle écoute pourrait alors se refermer sur lui-même, et brusquement basculer dans un délire paranoïaque (cf Bug). Leurs caractères exagérés pourraient alors créer une réaction en chaîne conduisant à une véritable catastrophe.
Et malheureusement dans ces cas là, la victime est toujours une femme (cf American Murder).
LE TRAILER
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