SHAME

SHAME

Steve McQueen, 2011

LE COMMENTAIRE

Pendant des années on a taxé les hommes de machisme en tout genre, non sans raison. Dans la porcherie, on retrouve Harvey Weinstein, Morgan Freeman, Dustin Hoffman, Kevin Spacey. En France, Georges Tron, Eric Raoult, Patrick Balkany ont tous été accusés de viols ou de harcèlement sexuel. DSK, Michel Sapin et Denis Baupin ont montré qu’on savait aussi peloter à gauche. Gérald Darmanin a prouvé que cette histoire dépasse les clivages gauche-droite. Tout cela est évidemment honteux. Attention aux amalgames cependant. La vraie honte serait de ne pas laisser à un homme la chance de regarder les fesses d’une femme sous prétexte qu’un chewing gum est collé sur la poche arrière de son jean.

LE PITCH

Un homme a du mal à assumer sa condition de prédateur.

LE RÉSUMÉ

Brandon (Michael Fassbender) est un trentenaire New-Yorkais. Hard worker. Sex addict qui se branle dans les toilettes de son travail et dont l’ordinateur portable dégueule de vidéos porno en tout genre (cf Hot girls wanted). Brandon ne peut pas prendre le métro sans donner des regards lubriques à une femme. Parfois, il la poursuit même avant de la perdre dans la foule (cf Following).

Sa sœur Sissy (Carey Mulligan) débarque à l’improviste pour une série de concerts. Elle se fait draguer puis baiser par David (James Badge Dale), le boss de Brandon. Ce dernier, dégoûté, sort courir pour se changer les idées. Plus tard dans la nuit, Sissy tentera de rejoindre son frère dans son lit avant que celui-ci ne la dégage violemment.

Brandon se rapproche de Marianne (Nicole Beharie), une de ses collègues. Il s’ouvre petit à petit et lui confie qu’il est incapable d’avoir une relation suivie. Au moment de passer à l’acte, Brandon n’arrive pas à maintenir son érection, totalement incapable d’avoir une relation sexuelle avec une femme pour laquelle il éprouve des sentiments. Après quoi, Brandon appelle immédiatement une escort pour se libérer de sa frustration (cf The Girlfriend Experience).

Sa descente aux enfers s’accélère. Il enchaîne une dispute dans un bar par une virée dans un club gay avant de finir chez lui, perdu dans un trio avec deux prostituées.

Sur le chemin du retour, sa rame de métro est stoppée à cause d’un accident voyageur. Pris de panique, Brandon réalise soudainement que sa sœur va mal et qu’elle est peut-être suicidaire. Il rentre en catastrophe pour trouver Sissy dans sa salle de bains, les poignets en sang.

Quelques temps plus tard, Brandon retrouve la demoiselle du métro. Alors qu’elle se lève pour quitter la rame, Brandon l’observe avec appréhension cette-fois.

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L’EXPLICATION

Shame, c’est une punition.

Les temps changent et notre regard sur le monde également. Les homosexuels ne sont plus considérés comme des malades (cf The Imitation Game). Les fumeurs sont devenus des parias. Les personnes à l’humeur changeante sont aujourd’hui diagnostiqués bipolaires (cf Two Lovers). Et les Casanova d’hier sont désormais appelés des sex-addicts.

Il y a encore quelques temps encore, il était bien vu pour un homme d’enchaîner les conquêtes. Symbole de virilité masculine, voire de succès. Le Roi Soleil collectionnait les maîtresses, à l’inverse du faible Louis XVI qui était cocu car il n’arrivait à satisfaire Marie-Antoinette. Il n’y a qu’à écouter Henri Leconte parler avec nostalgie de Vitas Gerulaitis pour réaliser à quel point il était cool d’avoir des avions de chasse à l’arrière de sa Rolls. Tandis que les nymphomanes rasaient les murs, les hommes à femmes pouvaient parader fièrement.

Plus récemment, la figure du tombeur a quand même pris du plomb dans l’aile avec Don Draper, personnage dénoncé par la gente féminine pour son incapacité à maitriser sa braguette.

Brandon présente un autre profil, honteux. Son besoin compulsif de sexe est une addiction moderne, comme on peut être accroc aux réseaux sociaux (cf The Social Network), au jeux vidéos (Ready Player One) ou au jeu tout court (cf Casino). A priori ça semble plus sympa que l’alcool (cf Leaving Las Vegas, Le dernier pour la route), la drogue (cf Requiem for a dream), la cigarette (cf Thank you for Smoking), ou les hamburgers (cf Super size me). Cela n’en reste pas moins une addiction comme une autre. À ceci près que le sexe n’est pas encore totalement reconnu comme tel. Comment peut-on souffrir d’un excès de sexe? Le problème serait plutôt une absence de sexe.

Pourtan, Brandon ne s’amuse pas plus de ses performances qu’il ne s’en vante. Il est discret, névrosé et totalement compulsif. D’ailleurs quand il ne se branle pas il va courir. Le sexe est sa drogue. Il enchaîne les partenaires anonymes comme des objets qui l’aident à faire passer sa frustration. Son sexe peut aussi être très sale, voire même dégradant, quand il vire à la dépendance.

It takes a really really sick fuck to spend all day on that shit.

L’incompréhension entoure les sex-addicts, ce qui les conduit à éprouver de la honte. Le revers de la médaille du tombeur est qu’il est contraint de se branler pour trouver une paix temporaire. De quoi se sentir pitoyable.

Plutôt que de se rapprocher de l’autre, le sexe l’isole du monde – notamment de sa sœur. Sissy tente de le réconforter. Cependant Brandon n’entend rien.

We’re not bad people. We just come from a bad place.

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Sa soeur est un reflet. Une partie de Brandon qui se fait sauter par un mec comme lui. Le serpent se mord la queue. La tentative de suicide de Sissy est un électrochoc : Brandon s’auto-mutile. Il ne lui reste plus qu’à accepter sa punition liée à son besoin constant d’être validé. Son addiction va le suivre pour toujours (cf Le Dernier pour la Route). À lui de s’accrocher pour tenter de la maîtriser et retrouver un équilibre.

Brandon n’est pas un prédateur. En réalité, il est un prisonnier. Au moment où cette femme quitte le métro, son regard n’est pas celui d’un homme dominant mais plutôt inquiet. Esclave de son désir. Il ne traque pas sa proie. Au contraire, c’est elle qui le mène à la baguette. Brandon pourra peut-être se libérer de son sentiment honteux s’il arrive à comprendre quel manque il cherche désespérément à combler. Ou quelle castration il doit vivre.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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