MEMORIES OF MURDER
Bong Joon Ho, 2003
LE COMMENTAIRE
Quand on croit tenir la solution d’un problème, on a l’impression de voir le bout du tunnel. Il faut quand même s’assurer que cette solution soit la bonne avant de clore le chapitre. Sinon, on prend quand même le risque de faire une belle connerie. Et le temps passant, la mémoire devient floue. Les souvenirs sont tout ce qu’il reste. S’appuyer sur des faits vaut quand même mieux que de vivre dans la hantise d’un affreux doute (cf Insomnia).
LE PITCH
Des inspecteurs s’enlisent sur une sale affaire.
LE RÉSUMÉ
Dans une bourgade du sud de la Corée du Sud, Park Doo-man (Song Kang-ho) est chargé d’élucider deux meurtres. Les jeunes femmes ont été violées toutes les deux. L’enquête patine.
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cette galère ?
Park Doo-man affirme fonctionner à l’instinct. Baek Kwang-ho (Park Noh-shik) est son suspect n°1. Park Doo-man et son collègue Jo Young-goo (Kim Loi-ha) profitent de la déficience mentale de l’accusé pour le faire passer aux aveux.
Seo Tae-yoon (Kim Sang-kyeong), un inspecteur de Séoul, arrive en renfort. Il est évident que Baek Kwang-ho est innocent.
Je vous ai déjà dit : ce n’est pas le coupable!
Les pièces du puzzle commencent à s’assembler.
Quels sont les points communs entre les deux victimes ?
Points communs… Célibataires, elles étaient vachement jolies.
Quoi d’autre ?
Il pleuvait la nuit des crimes.
La tension monte entre Park Doo-man et Seo Tae-yoon dont les méthodes diffèrent.
Si tu veux te creuser le cerveau, va aux Etats-Unis!
Un autre suspect est identifié puis écarté.
Ça rend fou. Pas de témoin, pas de preuve. Putain, on peut rien faire!
Pendant ce temps les sergents Koo Hee-bong (Beyun Hee-Bong) et Shin Dong-shul (Song Jae-ho) s’impatientent. Sous la pression médiatique, ils exigent des résultats.
Les journalistes nous surveillent!
L’inspectrice Kwon Kwi-ok (Ko Seo-hie) apporte sa contribution. Elle remarque que la nuit des crimes, une chanson est réclamée par un auditeur à la radio locale.
L’animatrice a lu la carte postale de l’auditeur : Je suis un homme solitaire qui habite à Taeryung. Diffusez ces chansons les jours de pluie.
Ce qui conduit les policiers à Park Hyeon-giu (Park Hae-il), un employé d’une usine de plâtre. Ses propos sont ambigus.
Les meurtres ont commencé depuis que tu t’es installé ici.
Vous ne pouvez pas m’avoir, vous n’avez rien contre moi.
Un échantillon de son sperme est envoyé pour analyse dans un laboratoire aux Etats-Unis afin de faire un rapprochement avec l’ADN retrouvé sur la victime.
Seo Tae-yoon est chargé de surveiller Park Hyeon-giu, qui échappe à sa vigilance. Le même soir, une étudiante est tuée dans des conditions similaires.
Seo Tae-yoon en conclut que Park Hyeon-giu est son homme. Il le retrouve et s’apprête à l’abattre. Park Doo-man l’en empêche car il s’est procuré les résultats du laboratoire. Park Hyeon-giu n’est pas l’assassin. Les résultats sont formels.
Quinze ans plus tard, Park Doo-man a quitté la police pour se lancer dans les affaires. Il passe par hasard à côté de la scène du premier crime. Une petite fille lui indique qu’elle a vu un homme au même endroit la veille.
Il a dit qu’il s’est souvenu de ce qu’il avait fait ici il y a longtemps et qu’il est revenu voir, comme ça.
Park Doo-man est troublé. Mais la petite fille n’en sait pas davantage.
Tu as vu son visage ? À quoi il ressemblait ?
Il avait un visage ordinaire.
L’EXPLICATION
Memories of Murder, ce sont les souvenirs avant que la vie ne soit rangée.
Ce que les gens veulent, c’est continuer à dormir (cf Le Goût des Autres). Parfois, le réveil est brutal (cf Matrix). Quand deux dirigeants politiques se livrent à un jeu de massacre médiatique sur un autre dirigeant politique, l’opinion publique est d’abord choquée. Cette scène embarrassante rappelle à chacun le caractère violent du monde que l’on ne peut ignorer (cf There will be Blood).
C’est l’histoire de Park Doo-man qui s’est endormi en devenant représentant de commerce (cf Mort d’un Commis Voyageur). Avec sa femme Jeon-Mi seon (Kwok Seol-yun), ils ont eu deux enfants. Le matin, il prennent des tartines au petit déjeuner. Park Doo-man fait son papa de service en disputant son fils – pendant que sa fille est sur son portable.
Tu as joué à ta console toute la nuit. (…) Si tu veux pas étudier, va faire un peu de sport. Tout le temps devant l’ordinateur.
Park Doo-man a pris un peu de poids. Il porte un costume cravate. Ses cheveux sont grisonnants. Il est devenu expert de blagues de bureau. Le soir, il va prendre des bières avec des collègues. Les questions qui l’obsèdent tournent autour de son prêt relais, de ce qu’il faut acheter au supermarché pour ce weekend et du programme des prochaines vacances. Rien de très compliqué.
Park Doo-man s’est rangé. Il est bien pépère dans sa routine. Sa vie est sur des rails.
Il a oublié (cf Sleepers).
En chemin, il va pourtant se souvenir de ce qu’était sa vie. Le traumatisme lié à cette série de crimes refait surface (cf Il est revenu). À l’époque, Park Doo-man vivait dans un sentiment d’insécurité permanent. La situation le dépassait totalement. Tout était un bordel infâme.
Vous avez même pas préservé la scène du crime!
La vie se charge de lui rappeler qu’on n’a aucune idée de ce qui se passe. On fait seulement semblant, quitte à débiter quelques âneries pour donner le change.
Chef. Le fait qu’il n’y ait pas d’indice… c’est un vrai indice.
Quand on se retrouve face à une situation incompréhensible, on a tendance à vouloir faire rentrer des ronds dans des carrés.
On n’a pas besoin de témoin ni de preuve, on n’a besoin que de ses aveux, on le torture jusqu’à ce qu’il avoue!
Face à la pression du quotidien, on se sent incompétent·e.
Il faut couper la bite de ces enfoirés de flics! Ça ne sert à rien. C’est leur tête qui ne fonctionne pas.
C’est pourquoi on en arrive souvent à la conclusion qu’il est préférable de ne pas se faire des noeuds au cerveau (cf Dr Strangelove).
Ça sert à quoi de tergiverser ?
C’est pourquoi Park Doo-man a fait le choix de se reconvertir en espérant pouvoir mettre le passé de côté.
Pourtant, il ne peut pas complètement fermer les yeux (cf Eyes Wide Shut). Tout rappelle à Park Doo-man que le monde n’est pas une zone franche. Des crimes ont eu lieu. Le criminel est toujours en liberté. Ce même criminel que Park Doo-man avait la responsabilité d’arrêter.
Personne n’y est parvenu, pas même le détective venu de Séoul.
Les questions ne vont pas disparaître de si tôt.
LE TRAILER
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