PARASITE

PARASITE

Bong Joon-ho, 2019

LE COMMENTAIRE

Que reste-t-il de nos amours s’interrogeait Charles Trenet? Quand le temps sera derrière nous, avec nos jeunes années, on pourra alors effectivement se demander ce qui reste de nos vingt ans. Viendra le temps de fouiller dans ses souvenirs (cf Total Recall) pour se demander où sont passées les sensations et les expériences. Envolées. Disparues. Effacées par quelques textos et selfies. Les smartphones ont grignoté nos vies au point de faire de nous des bactéries (cf Matrix reloaded).

LE PITCH

Une poignée de pauvres misent sur un couple de riches.

LE RÉSUMÉ

Une famille vivote dans les bas-fonds de Goyang, dans la banlieue de Seoul, au milieu des cafards. Ils plient des boîtes à pizzas pour un salaire de misère, cherchent désespérément le réseau wifi des voisins pour rester en contact avec le monde extérieur et sont les témoins du spectacle peu glorieux de leur voisin qui vient régulièrement pisser contre leurs fenêtres.

Ki-woo (Choi Woo-sik), le fils, discute avec un ami qui lui demande un service : le remplacer pour donner des cours d’anglais à Da-hye (Jung Ziso), une fille de bonne famille. Ki-jung (Park So-dam), la soeur de Ki-woo, prépare un faux diplôme. Le jeune homme bluffe madame Park (Cho Yeo-jeong) qui décide de l’embaucher dès la première séance.

Les Park s’inquiètent de la turbulence de leur petit Da-song (Jung Hyeon-jun) qui semble encore perturbé après avoir vu un soit-disant fantôme venu du sous-sol. Madame est convaincue que son fils est un artiste. Ki-woo profite de l’aubaine pour lui souffler le nom d’une amie art-thérapeute qui pourrait aider l’enfant à exploiter son don : une certaine ‘Jessica’, qui n’est autre que Ki-jung.

La jeune fille fille bluffe tout le monde à son tour. Elle fait même licencier le chauffeur de monsieur Park (Lee Sun-kyun) pour mieux placer son paternel Ki-taek (Song Kang-ho) au volant de la Mercedes.

Afin que le tableau soit complet, les uns et les autres vont s’évertuer à faire virer la gouvernante en jouant de ses allergies pour la faire passer pour une tuberculeuse et mieux dégager la voie pour Chung-sook (Jang Hye-jin).

La famille entière s’est placée chez les Park et s’en félicite.

Les Park partent en weekend au camping. Moon-gwang (Lee Jung-eun), la précédente gouvernante, sonne à la porte. Elle réclame de pouvoir récupérer quelque chose qu’elle a oublié. Une fois dans la maison, elle se dirige immédiatement vers un passage secret conduisant au sous-sol pour pouvoir donner à manger à son mari qui vit dans la cave depuis des années, le fameux ‘fantôme’ de Da-song.

Moon-gwang découvre que la famille de Ki-taek a comploté pour l’éjecter. Elle prend une vidéo et menace de les dénoncer. La bagarre est rapidement avortée par le retour impromptu des Park pour cause de mauvais temps. Chung-sook n’a que huit minutes pour préparer un bouillon tandis que les autres doivent faire le ménage.

Les Park rentrent et ne se doutent de rien, en dehors peut-être d’une odeur de torchon mal séché qui pique les narines sensibles du patriarche. Da-song fait un caprice et réclame de pouvoir dormir dehors dans sa tente, sous l’orage. Les parents dorment dans le salon. Ki-taek, Ki-woo et Ki-jung se planquent sous la table du salon et parviennent à se sauver discrètement au petit matin.

Leur appartement est sinistré à cause des inondations. Direction le gymnase, en compagnie de milliers d’autres sans logis. Malheureusement pour cette famille, la comédie continue. Les Park organisent l’anniversaire pour Da-song. Ki-taek est sollicité pour faire les courses. Ki-woo et Ki-jung sont également de la fête.

Lors de la garden party, le mari de Moon-gwang sort de son trou. Il blesse Ki-woo et tue Ki-jung. Panique générale. D’autres personnes sont blessées, dont Da-song. Monsieur Park réclame les clés de la Mercedes. L’odeur de ces gens de l’entre-sol semble une nouvelle fois l’incommoder. Il se pince le nez. Ki-taek, dont la fille vient de mourir dans ses bras, ne peut pas le supporter. Il s’approche de son patron, le poignarde, puis disparait.

Ki-woo sort du coma. Sa mère et lui sont finalement acquittés tandis que le père reste en cavale. Ki-taek s’est caché dans le sous-sol de la maison, où il sait que personne ne viendra le chercher. Sauf peut-être son fils.

Ki-woo comprend la situation. Il devient très riche, rachète la maison et rend sa liberté à son père. En tout cas, c’est son plan.

Je vais gagner beaucoup d’argent. Tu n’auras plus qu’à sortir. En attendant ce jour, prends soin de toi.

L’EXPLICATION

Parasite, c’est l’impossibilité d’oublier d’où l’on vient.

La mobilité sociale est certainement le plus beau principe sociologique jamais inventé. Il présuppose que les classes sociales existent mais qu’elles ne sont pas figées. Comme si l’on pouvait passer d’une voiture low cost française à une grosse berline allemande en un claquement de doigt, sans problème. Ce concept est merveilleux dans la mesure où il permet à tout le monde de croire que les plus belles histoires sont possibles.

La mobilité sociale est en réalité un beau mensonge, tout simplement parce que le fameux ‘ascenseur’ social est en panne (cf Titanic). On ne peut plus sortir de sa condition de pauvre, en tout cas pas sans sauver la vie de son patron (cf Ben-Hur) ou de gagner à la loterie (cf Les Tuche), ce qui n’arrive évidemment jamais (cf Casino).

Pour éviter que les masses de plus en plus nombreuses et de plus en plus bêtes (cf Idiocracy) ne dépriment, ce qui les conduirait peut-être à vouloir faire la révolution (cf Elysium), on continue donc d’agiter le concept de mobilité sociale qui devient une sorte de mirage. Un idéal vers lequel on tend, même si on sait qu’on ne l’atteindra sûrement jamais. La mobilité sociale devient une raison de vivre, un rêve américain.

La famille de Ki-taek pourrait être la famille Simpson ou la famille Groseille (cf La Vie est un long fleuve tranquille). Ils se débrouillent. Leur vie change lorsque Ki-woo infiltre la famille Park. Ils se prennent au jeu de la mobilité sociale. Desproges disait que les riches ne sont qu’une minorité de pauvres qui ont réussi. Les riches forment une grande famille, un peu fermée, mais les pauvres, pour peu qu’on les y pousse, ne demanderaient pas mieux que d’en faire partie. Alors tout le monde participe. En bon auto-stoppeur, Ki-woo fait monter les autres membres de sa famille à bord. À leur crédit, ils se débrouillent tous très bien en faisant preuve de malice et de maîtrise pour vivre aux crochets des Park. Ce ‘succès’ est mérité car ils ont réussi à gagner leur confiance.

Je ne fais plus confiance qu’aux gens qu’on me recommande.

Pourtant, Ki-taek et les autres vont vite se rendre compte de l’impasse dans laquelle ils se trouvent. Le conflit avec Moon-gwang et son mari rappelle qu’on ne sort jamais des égouts (cf L’Armée des 12 singes).

Je me sens bien ici. J’ai l’impression d’y être né.

Contrairement aux apparences, on se sent plutôt à l’aise dans ce schéma. À tel point qu’on se fait des petits cadeaux entre patrons à employés, et inversement. Ces petites attentions faussent la donne. Ceux de la cave n’osent plus râler contre leurs patrons car ils sont généreux. Les propriétaires n’osent plus se plaindre de leurs esclaves car ils sont sympathiques. La proximité de façade que ces deux familles entretiennent finit par brouiller les repères. Dans les faits, on sait néanmoins qui décide. Si on ne sait pas, le patron n’oublie pas de rappeler qui est le boss.

Regardez la route!

L’orage se charge également de bien redéfinir les positions de chacun. La pluie torrentielle rafraîchit les uns et noie les autres.

On peut se saouler dans le salon des patrons mais lorsqu’ils reviennent à l’improviste, il faut tout ranger rapidement et disparaître comme si on n’avait jamais existé. Comme des cafards qui grignoteraient un peu de mie de pain quand la voie est libre, avant de retourner à l’anonymat.

Ki-taek doit jouer les indiens pendant l’anniversaire de Da-song, ce qui ne le réjouit pas. Ce n’est pas ce qu’on lui demande.

Vous êtes payé aujourd’hui. Considérez que ça fait partie de votre travail.

Certaines choses ne changeront jamais. Les riches se pinceront toujours le nez à proximité des pauvres. Ils préfèreront toujours les effluves de parfum aux odeurs de sueur. Les misérables ne peuvent pas vraiment protester, sinon ils scient la branche sur laquelle ils sont assis.

Ki-taek & co. ont rêvé quelques jours. Ils l’ont payé cher. Retour à la case départ.

Les pauvres pourront acheter leur liberté, le jour où ils auront les moyens.

Ki-woo peut continuer de rêver. Tant qu’il bosse!

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

3 commentaires

  • Les Park sont comme les cafards en effet, obligés de déguerpir quand reviennent les patrons. Car le parasite a besoin d’un hôte, et sans lui, il n’est plus rien.

  • C’est finalement aussi simple que ça… Certains vont dire qu’on est passé à côté du film.
    Et sinon j’ai trouvé les personnages peu intéressants. Ils sont tous dans leur cases du début à la fin.

    • Merci pour ton commentaire bofbof. Disons que les personnages sortent momentanément de leur case avant de devoir y retourner.

      Ils ont l’impression d’être bien vite rattrapés par le système comme Michael Corleone (cf Le Parrain 3). Ou peut-être qu’ils n’ont eu que l’illusion de pouvoir évoluer. En vérité, ils ne sont jamais sortis du système.

      Le meurtre commis par le père est presque inutile puisqu’il lui coûte d’être séparé de sa famille. Et que rien ne change pour autant…

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