EYES WIDE SHUT

EYES WIDE SHUT

Stanley Kubrick, 1998

LE COMMENTAIRE

On reproche souvent aux Américains d’être puritains. C’est vrai, ils le sont. On leur doit notamment onze saisons de trop de 7th Heaven. Puritains et un peu hypocrites sur les bords car n’oublions pas que le révérend Camden n’était rien d’autre qu’un vilain pédophile dans la vraie vie. Reconnaissons néanmoins aux Américains de faire bouger les choses et de nous avoir aussi accouché de quelques bonnes réflexions sur le couple à travers House of Cards ou The Americans. Pendant ce temps en France, un Gars et une Fille voulaient nous faire croire que la routine était le ciment du couple qui s’aime. Quant aux Scènes de Ménages, elles seraient un mal nécessaire. Deux styles, deux approches.

LE PITCH

Après une nuit blanche, un docteur n’arrive plus à fermer l’oeil.

LE RÉSUMÉ

Le Dr Bill Harford (Tom Cruise) mène une vie bien rangée avec sa parfaite femme Alice (Nicole Kidman), sa petite fille polie, son sapin est bien droit avec ses guirlandes qui scintillent. Il ne manquerait presque plus qu’un chien. Ça tombe bien, la petite en veut un à Noël.

Un soir de cannabis, Alice laisse éclater sa frustration en parlant à son mari du joli marin pour lequel elle aurait bien imaginé tout plaquer. Cette troublante vérité va doucement hanter Bill et le faire basculer dans une nuit interminable de tentations en tout genre.

Il est d’abord quasiment violé par une femme qui n’est pas encore mariée qu’elle est déjà malheureuse. Puis il va ensuite être tenté par la facilité que lui offre la prostituée rencontrée au détour d’une rue. Après un passage par un magasin de costumes aux mœurs plus que douteuses, il se perd lui-même dans un temple de débauche,

Mis à l’index devant le monde, il devient alors pris au piège de ses propres fantasmes, en plus d’être hanté par ceux de sa femme.

Chahuté jusqu’au plus profond de ses certitudes par cette nuit infernale, il va être rongé par le doute. Il remonte en marche arrière le fil de ces événements pour y trouver un sens. Le téléphone ne répond plus, la grille est fermée, la prostituée a changé d’adresse et l’artiste a quitté les lieux. Tout a disparu. Et si rien n’avait compté? Et si tout n’était que business as usual comme lui suggère Ziegler (Sydney Pollack)?

Listen, Bill. Nobody killed anybody. Someone died. It happens all the time. Life goes on. It always does, until it doesn’t.

C’est finalement sa femme qui le démasque. Il avoue. Ayant pour lui de ne jamais avoir franchi la limite, sa femme passe l’éponge, pour cette fois, profitant quand même de l’occasion pour lui faire une petite leçon de morale et l’inviter à faire l’amour au plus vite.

I do love you and you know there is something we need to do as soon as possible.

What?

Fuck.

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L’EXPLICATION

Eyes Wide Shut, c’est bas les masques.

Rien ne sert de faire semblant d’ignorer les fantasmes qui nous entourent car ils finissent tôt ou tard par nous rattraper. On peut bien s’imaginer être au dessus de tout soupçon, on va forcément finir par se prendre le mur d’une manière ou d’une autre. C’est l’histoire de Bill le pantouflard dont le réveil est violent.

Bill a une vie sans l’ombre d’un doute. Il est le parfait petit docteur avec sa parfaite petite famille, comme dans un film de Woody Allen (cf Minuit à Paris, Match point, Vicky Cristina Barcelona). Il ne regarde plus autour de lui.

How do I look?

Perfect.

Is my hair okay?

It’s great.

You’re not even looking at it.

It’s beautiful. You always look beautiful.

Bien installé dans son couple comme dans un canapé, Bill croit dur comme fer que le mariage le protège de l’adultère. Sa femme ne peut pas le tromper puisqu’elle est sa femme, la mère de son enfant. Bill est à l’abri. Il joue les chênes inébranlables.

You sound very sure of yourself…

I’m not. I’m sure of you!

Erreur.

La vocation de l’alliance n’est pas d’éloigner du mauvais oeil. Un simple fantasme d’Alice va suffire à déséquilibrer son mari. En une nuit, il n’est plus sûr de rien. Alice a ouvert la boîte de Pandore. Difficile pour lui d’ignorer ce petit diable sur le coin de son épaule.

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La confession de sa femme lui sert d’électrochoc. Il gamberge et c’est nécessaire. Pour la première fois, il voit (cf Matrix).

Le lendemain il refuse la réalité. Et si tout ne s’était passé que dans sa tête? Ce qui s’en suit pourrait tout à fait s’apparenter à un délire paranoïaque dans lequel Bill aurait l’impression d’être poursuivi par sa culpabilité. Sa conscience dans le manoir lui avait pourtant ordonné de la laisser tranquille et de ne surtout pas parler de tout ça. Heureusement, refermer les yeux est désormais impossible. On ne revient pas en arrière.

Il prend conscience du monde qui n’a rien avoir avec les eaux tranquilles dans lesquelles il croyait nager. Son voyage lui fait entrevoir toutes les couleurs de l’arc en ciel. Il sort de cette expérience plus fort après avoir réalisé que le monde est quand même plus joli en couleurs qu’en noir et blanc. Moins naïf.

Après avoir bu la tasse, il recrache et se met à table pour parler. Car le secret des couples modernes, ceux qui durent, réside précisément dans la parole. Il est nécessaire de communiquer, sans nier l’importance du sexe, qui reste omniprésent. L’erreur serait de l’oublier.

Le sexe et la communication sont complémentaires et ne peuvent fonctionner l’un sans l’autre. Comme le yin et le yang. Le sexe valide un désir de l’autre. Et la discussion permet d’atteindre un niveau de compréhension mutuelle nécessaire pour traverser les turbulences du quotidien. Car si cette routine nous semble trop souvent s’apparenter à une Méditerranée calme, il n’en est rien. Méfions nous de l’eau qui dort et de ce Hongrois qui drague notre femme pendant qu’on a le dos tourné à flirter avec deux sirènes (cf Knock Knock). Adam et Eve se baladent chaque jour dans un grand verger de pommiers infesté de serpents.

Beaucoup de couples sont hypocrites (cf Le Jeu). Peu durent (cf les noces rebelles, Marriage story). De ce point de vue, la dérégulation rend les choses plus difficiles encore (cf Newness, Love). Le tandem Cruise-Kidman n’aura pas survécu à cette aventure. Pas plus que Jean Dujardin et Alexandra Lamy ont survécu à leurs personnages de Chouchou et Loulou.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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