PENTAGON PAPERS
Steven Spielberg, 2017
LE COMMENTAIRE
Jadis, il fallait attendre le petit matin pour savoir ce qu’il s’était passé dans le monde la veille. Aujourd’hui, tout va beaucoup plus vite. On est pendu en permanence à l’actualité en continu. L’enchaînement des nouvelles crée une forme de saturation telle qu’il n’est plus possible de décrypter quoi que ce soit. On en viendrait presque à regretter ses bonnes vieilles lunettes.
LE PITCH
Une patronne de presse doit prendre une décision lourde de conséquences.
LE RÉSUMÉ
Daniel Ellsberg (Matthew Rhys) se rend au Viêt Nam en tant qu’observateur pour le compte du secrétaire à la Défense Robert McNamara (Bruce Greenwood).
You’ve been on the field so what do you say? Are things better or worse?
Ellsberg a compris que le conflit s’enlise et que les chances de victoire américaine sont nulles (cf Full Metal Jacket). À son retour, il fait une copie d’un énorme rapport traitant du conflit entre 1945 et 1967, impliquant de nombreuses administrations américaines. Tout le monde savait que la guerre ne pouvait être gagnée. Le but de Ellsberg est de faire fuiter ces informations secret défense afin de sensibiliser l’opinion.
C’est le New York Times de Abe Rosenthal (Michael Stuhlbarg) qui sort l’information le premier. Nixon refuse de payer les pots cassés pour les autres présidents. Alors il fait suspendre la publication du journal.
This is a devastating security breach of the greatest magnitude.
Depuis Washington, Katharine Graham (Meryl Streep) et Benjamin Bradlee (Tom Hanks) observent les événements avec des points de vue différents. La propriétaire du Post est concentrée sur l’entrée en bourse de son journal. Elle est ennuyée que cette polémique qui touche ses proches comme McNamara. Tandis que Bradlee, en bon rédacteur en chef, fulmine que ses équipes ne soient pas déjà au courant.
Is anybody else tired of reading the news instead of reporting it? Do we have any leads?
Ben Bagdikian (Bob Odenkirk) se débrouille pour mettre la main sur les fameux Pentagon Papers. Le contenu est explosif.
Covert ops, guaranteed debt, rigged elections? It’s all in there. Ike, Kennedy, Johnson… they violated the Geneva Convention. They lied to Congress and they lied to the public.
Cette fois, il ne faut pas rater l’occasion.
Fritz Beebe (Tracy Letts) et Arthur Parsons (Bradley Whitford) craignent que ces gros titres ne dissuadent les banquiers d’investir. Le timing est catastrophique. L’entrée en bourse serait ratée. La propriétaire risquerait d’être assignée en justice. Le journal pourrait disparaître.
If the government wins and we’re convicted, the Washington Post as we know it will cease to exist.
Bradlee n’est évidemment pas d’accord. Pour lui, il en va de son devoir de journaliste. Par ailleurs, il est convaincu que ces révélations peuvent faire de la publicité pour le Post.
Au milieu de tous ces hommes, la décision revient à Katharine Graham.
I do have a big decision to make.
La responsabilité est énorme pour celle qui a hérité du journal de son père, après la mort de son mari. Katharine n’a pas besoin qu’on lui rappelle les enjeux. Elle s’est déjà fait sonner les cloches par McNamara.
Nixon’s a son of a bitch! He hates you, he hates Ben, he’s wanted to ruin the paper for years and you will not get a second chance, Kay. The Richard Nixon I know will muster the full power of the presidency and if there’s a way to destroy your paper, by God, he’ll find it.
Parsons a tenté de la dissuader.
All I want is what’s best for you and your business.
Beebe lui fait craindre le pire.
If we publish knowing this, it would be irresponsible.
Pendant que Bradlee lui met également la pression, dans le sens inverse.
What will happen to the reputation of this paper?
Tout se joue dans la minute. Après avoir demandé l’avis de ses collaborateurs, Katharine Graham prend une respiration et donne son feu vert.
Let’s go, let’s do it, let’s publish. (…) This company has been in my life for longer than most of the people working there have been alive. So, I don’t need the lecture on legacy. My decision stands.
Le Washington Post est immédiatement dans la ligne de mire de la Maison Blanche, ce qui n’a pas compromis l’entrée en bourse du journal. La Cour suprême est saisie. Les juges se prononcent en faveur du Post.
The founding fathers gave the free press the protection it must have to fulfill its essential role in our democracy. The press was to serve the governed, not the governors.
Katharine Graham a le triomphe modeste. Elle devient un exemple pour les femmes autour d’elle (cf Les Figures de l’Ombre).
Cette décision de justice est un désaveu pour Nixon qui, dans un accès de rage, bannit les journalistes du Post.
No reporter from The Washington Post is ever to be in the White House again… None ever to be in! Now that is a total order!
Le président ne sera pas au bout de ses peines puisque l’année suivante, l’immeuble du Watergate sera cambriolé – avec l’affaire que l’on connait. (cf les Hommes du Président).
L’EXPLICATION
Pentagon Papers, c’est une noble décision.
À l’heure où l’on serait tenté de succomber aux sirènes du tous pourris (cf Hoffa, les nouveaux Chiens de Garde, des Hommes d’Influence, Second Tour), il faut se rappeler qu’il existe encore des personnes consciencieuses qui cherchent à bien faire leur travail sans penser d’abord à servir leurs petits intérêts.
C’est le cas de Katharine Graham qui se soucie du sens. Ce qui la conduit à être profondément choquée d’apprendre que les gouvernements américains successifs ont volontairement laissé faire la guerre du Viêt-Nam.
It’s so hard to finding a sense of why. How could you just lie to us all?
Katharine Graham est dans une position où elle peut déclencher une tempête médiatique pouvant menacer le pouvoir. En tout cas, c’est le point de vue de la Maison Blanche.
De son propre point de vue, Katharine Graham a surtout une responsabilité en qualité de patronne d’un journal indépendant : celle de faire éclater la vérité et dire les choses telles qu’elles sont (cf Personne n’y comprend rien). Elle n’est pas là pour servir la soupe. Cette complicité malhonnête des dirigeants doit prendre fin car des gens meurent (cf The Bibi Files).
These days have to be over.
Katharine Graham se retrouve au centre de l’hypocrisie en tant que patronne d’une presse censée être libre de s’exprimer selon le premier amendement, mais gentiment muselée par le gouvernement.
Now we’re in the middle of the war, the papers can’t be objective. I suppose the public has the right to know but I’d prefer that this study not be made available before it can be read with some perspective.
Bradlee a son caractère. Faire l’autruche ne l’intéresse pas. Il fait remarquer, justement, que si le Post ne sort pas cette histoire autant mettre la clé sous la porte tout de suite.
Well, if we live in a world where the government could tell us what we can and cannot print, then the Washington Post as we know it has already ceased to exist.
Katharine Graham n’ignore pas non plus sa responsabilité envers le journal, et ses employé·es. Dans ce monde complexe, elle ne peut pas faire n’importe quoi. Comme n’importe qui, elle n’a pas non plus envie de faire une énorme connerie.
I don’t want it to be my fault.
Elle prend encore le temps qu’elle n’a pas pour réfléchir vite, et prendre la décision qui lui semble juste.
I’m just trying to put my thoughts together.
Sa position est d’autant plus délicate qu’elle est proche des cercles de pouvoir que cette histoire pourrait compromettre. McNamara est son ami. Les invité·es de sa soirée d’anniversaire vont devenir ses actionnaires. Il serait tellement facile pour elle de fermer les yeux.
Face à ce choix compliqué, elle n’hésite pas à se montrer vulnérable. Elle partage ses doutes. Ce qui pourrait être perçu par les hommes comme une faiblesse de la part d’un·e leader.
What do you think I should do?
Katharine Graham a la lucidité de consulter, sans décider seule de manière autoritaire comme Jupiter.
I’m here to ask your advice, not your permission.
Au milieu d’hommes en panique, qui aboient dans tous les sens, elle fait preuve d’autorité pour les calmer – sans hausser le ton.
Let’s be civil if we can.
Il faut rappeler qu’elle est une femme aux milieux d’hommes qui ne la respectent pas.
Don’t get me wrong, she’s a lovely woman.
Ce qui ajoute encore un niveau de difficulté à sa décision car elle pourrait juste faire l’erreur de prendre une décision pour prouver aux hommes qu’elle peut le faire.
Kay is in a position she never thought she’d be in. (…) When you’re told time and time again that you’re not good enough. That your opinion doesn’t matter as much. When they don’t just look past you, when, to them, you’re not even there, when that’s been your reality for so long, it’s hard not to let yourself think it’s true. So, to make this decision, to risk her fortune and the company that’s been her entire life, well, I think that’s brave.
Il faut effectivement du courage, et une bonne dose de confiance en soi pour ne pas se tromper.
Juste avant de lancer, elle tient à montrer à Bradlee qu’elle lui fait confiance, en réitérant sa volonté de faire les choses correctement.
Can you make sure that this will do no harm to the United States if you publish?
Au delà du fait qu’elle soit une femme, Katharine Graham est surtout une personne à l’éthique irréprochable qui connait l’importance symbolique d’une décision. La Cour suprême lui donnera raison.
À travers cette décision, Graham a sûrement accéléré la fin du conflit au Viêt Nam et elle a écrit une page importante de l’histoire de son journal.
Le Washington Post a été récemment racheté par le milliardaire Jeff Bezos. Pour la première fois en quarante ans, ce journal à tendance démocrate n’a pas soutenu un candidat pendant les élections américaines. Les temps changent…
LE TRAILER
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