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GLORIA!

GLORIA!

Margherita Vicario, 2024

LE COMMENTAIRE

Les mâles alpha ont l’habitude de prendre toute la place pour se faire remarquer. Ils marchent comme des cowboys dans la rue pour montrer qu’ils en ont une grosse paire et ils adorent parler fort pour dégager une impression de confiance afin d’imposer leur autorité naturelle sur un groupe. Tandis que les femmes, longtemps dans l’ombre, ont du apprendre à se faire plus discrètes. Elles maitrisent l’art du chuchotement pour mieux faire circuler leurs idées.

LE PITCH

Une jeune orpheline lance la révolution féministe en Europe.

LE RÉSUMÉ

Au début du XIXe siècle, le petit collège Sant’Ignazio près de Venise attend la visite du pape Pie VII. Tout le monde doit se préparer, notamment le père Perlina (Paolo Rossi) dont le gouverneur (Natalino Balasso) attend sa prochaine composition avec impatience.

J’écris et je prie, jour et nuit!

Gloria (Galatéa Bellugi), la servante muette, est à pied d’oeuvre. Elle s’occupe des enfants, fait le ménage tout en gardant une oreille attentive aux répétitions car elle a des talents de mélomane.

Lucia (Carlotta Gamba), Bettina (Veronica Lucchesi), Marietta (Maria Vittoria Dallasta) et Prudenza (Sara Mafodda) sont également excitées par la venue du pape qui va leur permettre de se mettre en évidence.

Sous pression, Perlina n’arrive pas à poser une mélodie. Le maestro s’agace et blâme son orchestre.

C’est un concert pour le pape, pas pour les vaches du village! 

Gloria découvre par hasard un piano-forte d’une qualité rare qui a été gracieusement offert à Perlina et que le prêtre laisse à l’abandon dans un débarras. La nuit, elle se lève pour aller jouer. Réveillées par le bruit, les filles la rejoignent. Ainsi ont lieu des répétitions nocturnes pendant lesquelles Gloria improvise des rythmiques encore jamais entendues.

Jusqu’à ce que Perlina ne vende le pianoforte pour couvrir les dettes de son amant Cristiano (Vincenzo Crea) et lui réclamer de l’aide pour écrire son concert.

En parallèle, Lucia apprend que les parents du beau Luigi dont elle s’est éprise s’opposent à leur mariage. Désespérée, elle s’ouvre les veines. Gloria parvient à stopper l’hémorragie et sauve la vie de sa camarade. Pour redonner le moral à Lucia, elle fait de l’une de ses lettres d’amour une chanson.

Cher Luigi, comment pourrai-je t’oublier ? Toi parmi tous.

Perlina commence à paniquer. Son amant ne lui a donné aucune solution. Gloria en profite pour récupérer le piano, et prendre la responsabilité de la composition.

En échange, fais revenir le pianoforte. Et tu auras ton concert.

Le grand jour arrive. Les filles enferment Perlina pour jouer leur musique devant le pape.

Ce n’est pas le pacte que nous avons!!

Plutôt que de vouloir impressionner Pie VII, les filles du collège Sant’Ignazio veulent prendre du plaisir. Le pape n’en croit pas ses yeux, ni ses oreilles. Il crie au blasphème.

Si c’est une plaisanterie, elle ferait mieux de s’arrêter tout de suite! (…) Vous êtes tous excommuniés!!

Le gouverneur en fait une crise cardiaque.

Suite à ce concert, les filles doivent s’exiler au Danemark afin de contourner un décret Bonapartiste visant à contrôler la production musicale (cf Napoléon). Personne ne fera plus taire les femmes. Gloria a réussi son coup.

L’EXPLICATION

Gloria!, c’est sonner la révolte en musique.

Les révolutions ne se font pas sans violence. On pense communément qu’elles s’accompagne par une idéologie (cf V for Vendetta). Pour changer une culture, il est effectivement nécessaire d’insuffler des idées neuves qui vont pouvoir être adoptées par toutes et tous. On pense par exemple au bonheur chez Saint Just.

Par contre, on oublie le pouvoir d’influence que les arts peuvent exercer sur les consciences. Un nouveau courant artistique peut permettre de voir le monde différemment. Ce qu’on appelle aujourd’hui le soft power est une belle arme pour celles qui n’ont pas la force physique pour renverser le pouvoir.

Et au XIXe, Gloria représente l’image de la femme. C’est à dire, une sous-homme comme aime à le lui répéter ce pleutre de Perlina.

Tu ne sers à rien.

Perlina domine ce début de siècle. Il est le maestro respecté par la communauté bien qu’il n’ait absolument aucun talent. Les filles ne sont guère là que pour suivre sa direction, ou subir ses foudres.

Vous êtes un troupeau de paysannes!

La femme est empêchée (cf The Witch). Abusée en secret par le pouvoir réduite au silence par le religieux. Gloria a été violée par le gouverneur et Perlina l’a privée de son enfant.

Tu es muette et tu dois le rester!

Dans ce siècle encore très croyant, la femme est toujours associée au démon (cf Le Nom de la Rose). Il faut la museler et la menacer afin de réduire son pouvoir de nuisance. Sentant qu’elle peut renverser son pouvoir, Perlina n’hésite pas à enfermer Gloria à de nombreuses reprises.

Tu vas mal finir! Je te chasserai d’ici!

Gloria n’en perd pas son romantisme. Elle voit le monde en musique. Lorsqu’elle trouve le piano, elle sait qu’elle a l’occasion de pouvoir de se sortir de sa condition misérable. Elle rompt l’omerta, prend la parole pour mieux affirmer sa détermination.

C’est moi qui l’ai découvert, c’est moi qui décide.

Gloria compose une musique entrainante, libérée des codes de l’époque (cf Amadeus).

Comment te viennent ces paroles aussi simples ?

La joueuse de flûte donne envie aux enfants de la suivre. Gloria transforme la tristesse de Lucia en une poésie. Les autres musiciennes sont sous le charme, emballées par les possibilités infinies que Gloria leur propose. La musique n’a pas de frontière. Ces femmes sont désormais libres d’aller où elles veulent et d’être qui elles souhaitent.

On crie au génie parce que Gloria a libéré la parole et fait revenir la femme à la vie. Pourtant, Gloria vient aussi sans le savoir d’inventer la musique populaire qui a inondé les radios, et sur laquelle les marques se sont empressées de coller leurs messages commerciaux. Sa révolte musicale est une malédiction pour les générations qui vont suivre, hantées pendant des heures par des chansons faciles qui tournent en boucle dans la tête.

Si les patriarches avaient posé des cadres, ce n’était pas que pour ennuyer le monde (cf Les Dents de la Mer 2). C’était parce qu’ils savaient les dangers de la liberté qui peut conduire à l’anarchie.

Je n’en peux plus de ce cirque! Ce n’est pas de la musique. (…) C’est absolument inaudible.

Ils n’avaient pas tort. Musicalement, l’anarchie ressemble souvent à de la soupe.

Aujourd’hui, on chante sur Aya Nakamura sans connaître les paroles. Alors que demain, on se souviendra encore des refrains de Michel Sardou.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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