LES DENTS DE LA MER 2

LES DENTS DE LA MER 2

Jeannot Szwarc, 1978

LE COMMENTAIRE

Dans la vie, il faut profiter de chaque instant – sans se retourner. Si on commence à conduire en regardant constamment dans son rétroviseur, on développe des angoisses (cf Duel). Car la menace est toujours dans notre dos. Regardons plutôt à l’horizon. Vivons à fond. Sans trop nous poser de questions. Confiants dans le fait qu’aucun requin n’a encore jamais été chronométré plus rapide qu’un moteur hors-bord.

LE PITCH

Une bande d’adolescents part en mer, inconscients du danger qui les guette.

LE RÉSUMÉ

Deux plongeurs qui ne remontent pas. Un accident de ski nautique suspect. Une carcasse d’orque retrouvé massacré sur la plage… Le spectre du grand requin blanc refait surface. Il n’en faut pas plus au chef Brody (Roy Scheider) pour déclarer de nouveau l’état d’urgence sur les plages d’Amity (cf Les dents de la mer).

But I’m telling you, and I’m telling everybody at this table that that’s a shark! And I know what a shark looks like, because I’ve seen one up close. And you’d better do something about this one, because I don’t intend to go through that hell again!

Quelques jours plus tard, il créée la panique en se mettant à tirer dans l’eau, au milieu des baigneurs. Le maire Vaughn (Murray Hamilton) le vire sous la pression des commerçants.

Ellen Brody (Lorraine Gary) hérite d’un mari désoeuvré à la maison. Pour une courte durée seulement car leurs deux garçons sont partis en mer avec des copains, bravant l’autorité parentale.

La bande ne va pas tarder à se faire prendre en filature par le requin qui s’en donne à coeur joie. Il croque d’abord le petit ami de Tina (Ann Dusenberry). Puis il sème la confusion générale dans les embarcations qui finissent par dériver vers l’océan.

What’s after Cable Junction?

The Atlantic. Then Ireland…

Un hélicoptère tente de venir à leur secours mais le requin le coule à son tour.

Heureusement que le chef Brody volent au secours des jeunes. Dans un face à face courageux, il se débarrasse une bonne fois pour toute de la menace en faisant en sorte que le requin morde un cable à haute tension. On va pouvoir à nouveau se baigner tranquille.

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L’EXPLICATION

Les Dents de la Mer 2, ce sont les pères qui ne disent pas que des conneries.

Le patriarcat traverse actuellement une crise sans précédent. Les darons (cf Bad boys 2) sont accusés d’abus de position dominante, notamment envers les femmes. Ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait injustifié, certains hommes devant fondamentalement repenser leur position dans le monde et surtout lâcher un peu de lest.

Rappelons nous qu’avant de devenir un vieux fou, le patriarche était tout simplement un père responsable, qui essayait de faire du mieux qu’il pouvait pour assurer le bien-être de sa famille, quitte à devoir tuer ceux qui représentent quelconque forme de menace (cf Le Parrain). Puisque le monde est violent (cf There will be blood). Les pères le savent. Ils on fait la guerre…

Le Chef Brody a effectivement connu l’enfer lui-même alors que ses deux garçons n’étaient encore que des bébés. Il a du surmonter sa peur pour partir en mer et vaincre l’ennemi. C’est ainsi qu’il a gagné ses gallons de Général. Quand on a traversé une telle épreuve, on espère être respecté. Lorsque le chef Brody s’agit, ce n’est pas pour crier au loup. En général, il y a une bonne raison. Il le fait toujours par souci de bien faire.

Malheureusement pour le Chef Brody, il doit d’abord composer avec la mémoire sélective (cf Memento) des commerçants. Ces dignes représentants d’un monde en marche entendent les avertissements de l’homme d’expérience. Mais ils n’ont pas connu le drame eux-mêmes. Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Et ils pensent que ça finira toujours par passer. Peu importe le danger. Business first! C’est un premier désaveu pour Brody à qui on vient de confisquer son autorité.

Comme si cela ne suffisait pas, ses enfants le challengent à leur tour en s’éclipsant un beau matin, sans donner de nouvelle! Ce qui est malgré tout dans l’ordre des choses. Un comportement finalement très naturel de la part de jeunes cons qui vivent pour ringardiser leurs parents.

Get out the blankets, I’m getting black and blue marks all over my butt, and my moms starting to get uptight about them!

Difficile à accepter pour ce père qui voit sa légitimité ébranlée profondément… par la chair de sa chair. Un vrai crève-coeur.

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Brody ressent un mix de sentiments composés d’incompréhension, de lassitude et d’injustice. S’il peut laisser les commerçants à leur misère, il ne peut pas abandonner ses enfants. Alors le patriarche décrié se refait une santé. Le papa plus dans le coup saute dans un bateau et retrouve une seconde jeunesse en mer. Pas pour faire la morale à ses fils, mais pour leur sauver la vie. Tout va soudainement mieux pour Brody qui reprend son rôle de sauveur du monde libre.

Il réconforte Tina, prostrée à l’intérieur de son bateau après la disparition de son copain. Puis il croise Mike (Mark Gruner) à qui il ordonnera de se rendre au phare (cf The Lighthouse), jusqu’à nouvel ordre. Brody remet un peu d’ordre dans la maison. Et puis il va pouvoir retrouver son requin favori, celui sans lequel il n’aurait finalement plus de raison d’être (cf the dark knight).

Le challenge est une nouvelle fois relevé. Les enfants sont sauvés. À genoux et priez, la moisson est rentrée.

Les jeunes ont voulu jouer aux durs et s’aventurer seuls dans le monde. Ils s’y sont retrouvés exposés à des dangers auxquels ils n’étaient visiblement pas prêts. Brody ne fanfaronne pas. Il n’en a pas besoin. Incapables de s’en sortir seuls, les ados sont bien obligés d’admettre qu’ils ont besoin de l’aide du chibani. Ils doivent une fière chandelle au chef de la police.

Une belle claque dans la figure de ceux qui ont honte d’être les fils de leurs pères. Une leçon à tous ceux qui aurait oublié le dicton d’Arkady (cf Little Odessa).

Peut-être que dans quelques années, quand les plus fiers d’entre nous se serons faits manger bêtement par de gros requins blancs, on regrettera le temps béni, non pas des colonies, mais du patriarcat. Ce bon vieux système patriarcal fait d’interdits en tout genre et de tartes dans la tronche. Il n’était peut-être pas parfait, mais au moins ça filait droit (cf OSS 117).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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