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DAMMI

DAMMI

Yann Demange, 2023

LE COMMENTAIRE

Quand on veut nager, il faut savoir plonger (cf Family Business). Boire la tasse ne devrait pas empêcher de garder la tête haute. Quelle idée saugrenue que de vouloir toucher le fond de la piscine… Pourquoi vouloir se noyer dans la mélancolie ? Il est possible de couler, avec élégance.

LE PITCH

Un Londonien revient à Paris.

LE RÉSUMÉ

Mounir (Riz Ahmed) vit à Londres mais tout le ramène à Paris.

I keep coming back to Paris. Trying to find a different ending to the past.

Tout s’y mélange. Ses années à Stalingrad avec son père (Yousfi Henine). Des souvenirs qui sont parfois confus.

How much do I remember? Not much. It’s all bit of a fog. I don’t even know if any of it’s true anymore. If any of it really happened. We left, that much I do know.

Mounir n’a pas fait la coupure. Il vit entre deux mondes.

In London, I can pretend everything is fine. Here it’s rubbed in my face.

Paris n’est pas que la ville de son père. C’est aussi la sienne d’une certaine manière. Une ville qui respire ses origines.

I’m closer to something when I’m in Paris, I keep coming back because behind Paris is Algiers.

Paris est aussi la ville de Hafzia (Souheila Yacoub) qu’il a rencontrée un soir de terrasse.

Show me around, how to be a part of Paris.

Avec elle, il a des souvenirs nocturnes faits de lumières de taxi et de crissement du métro aérien qu’on n’entend que dans le nord de Paris.

Mounir se perd dans le brouillard de ses questions. Il s’énerve.

I feel close to it, I can feel it. But it’s not mine. I can’t claim it. It just feels fake, I’m fake. It’s all fucking bullshit. You’re fucking fake.

Ses disputes avec Hafzia refont surface, avec beaucoup de frustration partagée.

Tout devrait nous rapprocher. Mais je disparais sous ta honte. Entre toi et moi il y a Alger comme un pont, et comme un barrage.

Hafzia ressent la même chose que Mounir, mais elle aborde les choses différemment.

Sans colère, j’aurais pas survécu. Derrière Paris, y’aura toujours Alger.

Elle ne se bat pas contre la chorégraphie. Au contraire, elle essaie de s’y insérer avec aussi la sensation désagréable de flotter dans le vide.

Mounir ne veut pas s’asphyxier. Il nage vers la surface et sort trempé des égouts vers la porte Saint Denis (cf Trainspotting). Peu importe car il pleut toujours dans cette putain de ville. Dehors Hafzia l’attend.

I’ll never find a different ending to the past, I want to be here now, with you. 

L’EXPLICATION

Dammi, c’est sortir la tête de l’eau.

Depuis la fin du XXe siècle, les cultures se rencontrent et se confondent. À celles et ceux qui craignent de les voir disparaitre et qui brandissent la menace d’un grand remplacement (cf l’Invasion des Profanateurs), d’autres parlent de créolisation : Un concept faisant plutôt l’apologie du métissage, développé par Édouard Glissant pour décrire la manière les Amériques se sont construites dans le temps.

Le métissage est effectivement une idée géniale à presque tous les niveaux.

Tout d’abord, il permet à des cultures différentes de s’ouvrir et donner naissance à des cultures hybrides. En cela, il représente un véritable développement de la société – pas simplement une reproduction.

Sur le plan sociétal, le métissage neutralise les tensions xénophobes (cf Aliens). À partir du moment où le sang se mélange, cela ne fait plus de sens de taper sur son voisin au nom de la préservation de la race alors qu’il est un cousin. Rien n’empêche les querelles de famille (cf Les Liens du Sang), mais c’est quand même une raison de moins de se faire la guerre.

La conséquence d’un point de vue économique est que le métissage, en réduisant les risques de conflits, apporte une stabilité (cf Spider-Man 3) dont profitent les échanges commerciaux. Le libéralisme n’a rien contre le métissage, au contraire.

Sans parler de la génétique, puisque le métissage permet de renforcer le système immunitaire – mieux que la vitamine C.

Par contre, le métissage n’est pas de la tarte.

Pour celles et ceux qui en sont les témoins, le métissage nécessite un temps d’ajustement. Malgré l’évolution des mentalités, tout le monde n’est pas encore prêt à l’accepter (cf Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?).

Celles et ceux qui font le métissage se heurtent encore à quelques obstacles (cf Get Out, Intervention Divine).

Et puis il y a celles et ceux qui sont issu·es du métissage comme Mounir, et qui se noient dans leur identité diluée.

It’s complicated.

Depuis Londres, on voit Paris avec Alger en toile de fond.

I didn’t know I was an Arab until later, I didn’t know what it meant to leave that buried here in Paris.

À Paris, Mounir se sent comme à la maison ou presque – sans avoir pris racine.

Every time I come to Paris I’m on the outside. It’s like I’m floating above it.

C’est effectivement plus compliqué que d’être un bon Français de souche, à n’en pas douter. Mounir se sent proche de Paris pour de nombreuses raisons, bien qu’il habite ailleurs. D’une certaine manière, il a l’impression de ne plus avoir de repère. Il ne sait plus s’orienter.

I came to see my dad. But every time I come here I think about my mother.

Quand l’esprit et le coeur se trouvent éparpillés dans des endroits différents, la prise de tête est inévitable. Ces pensées qui tournent en boucle ne conduisent nulle part. Mounir fait du sur-place.

It’s just difficult. Stuck, in a loop.

Il a l’impression de subir qui il est.

I didn’t have a choice.

Comme beaucoup dans ces cas là, il aimerait refaire l’histoire (cf Retour vers le Futur, Memento).

So, I keep coming to Paris trying to find a different ending.

Hafzia est la personne grâce à laquelle il peut sortir la tête de l’eau. Elle aussi a du composer avec toutes ses questions identitaires. Mais elle danse plutôt que de se battre. Ce n’est pas évident tous les jours mais Hafzia plie, sans rompre.

Mounir voit en elle son reflet.

Tu me regardes comme si j’étais ton putain de miroir. Qu’est-ce que tu vois ?

C’est bien beau, mais Hafzia reproche à Mounir de se cacher derrière ses lamentations (cf Les Herbes Sèches).

Je te vois espérer qu’une catastrophe arrive, pour te donner une raison pour que tout explose.

Mounir se considère comme un observateur et Hafzia va l’inviter à se penser comme un acteur, pour sortir de son conflit intérieur qui ne pénalise finalement que lui. Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, il a besoin de vivre.

Personne n’a dit qu’être citoyen du monde était facile. Il n’est certainement pas évident de se situer entre différentes cultures. Mounir sort du cadre. Dès lors qu’il considère l’identité comme liquide, il s’aperçoit qu’il sait nager. Il peut alors rentrer et sortir par où il veut. Hafzia sera là. Et il pleut sans discontinuer, sans que l’on ne sente plus les gouttes.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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