RISKY BUSINESS
Paul Brickman, 1983
LE COMMENTAIRE
La jeunesse américaine a connu son âge d’or à la fin du siècle précédent. Elle n’était pas encore obèse (cf Super Size Me), ni plombée par le mouvement MAGA (cf L’Âme divisée de l’Amérique). Lunettes de soleil et dents blanches, les jeunes ambitieux se préparaient à rejoindre une université prestigieuse (cf Varsity League) – prêts à dévorer le monde.
LE PITCH
Un jeune étudiant américain découvre les joies du capitalisme.
LE RÉSUMÉ
Joel Goodson (Tom Cruise) est en pleine puberté. L’adolescent ne rêve que de filles nues sous la douche. Il ne faut quand même pas oublier les études non plus. Son père (Nicholas Pryor), ancien de Princeton, aimerait beaucoup que son fiston intègre cette université. Et les filles nues sous la douche se moquent des chômeurs.
M. Goodson et sa femme (Janet Carroll) partent pour quelques jours. Ils confient la maison à leur fils.
Be good.
Joel pense que c’est le moment où jamais de se débrider. Il suit les conseils judicieux de son pote Miles Dalby (Curtis Armstrong).
Sometimes you gotta say « What the Fuck », make your move. Joel, every now and then, saying « What the Fuck », brings freedom. Freedom brings opportunity, opportunity makes your future. So, your parents are going out of town. You got the place all to yourself.
Après avoir picolé un peu de whisky et mis la musique à fond, Joel passe aux choses sérieuses le lendemain. Il se paie les services d’une professionnelle (cf Jeune et Jolie, Une Fille facile). Lana (Rebecca De Mornay) débarque.
Are you ready for me…?
Après une nuit d’ébats, Joel doit passer à la caisse le lendemain matin.
I need $300.
Joel ne les a pas. Il va devoir s’employer pour trouver l’argent. Lana a piqué l’oeuf de Steuben Glass de madame Goodson. Ce n’est que le début des ennuis car Joel accueille Lana et sa copine Vicki (Shera Danese) se disputent avec leur manager Guido (Joe Pantoliano).
Ou le début de la fortune : Les filles s’installent chez Joel et lui paient un loyer. Les billets verts commencent à pleuvoir. Joel explique à ses copains qu’ils dépensent beaucoup pour des filles avec lesquelles ils n’obtiennent aucun résultat, alors qu’il peut leur garantir mieux pour moins cher avec une professionnelle.
Il faut passer à la vitesse supérieure car Joel doit payer pour les frais de réparation exorbitants de la Porsche de son paternel. Aux grands maux les grands remèdes, Joel et Lana organisent une grosse teuf (cf Projet X) au cours de laquelle la maison des Goodson est transformée en bordel. La soirée est un succès commercial.
Joel avait complètement oublié son entretien avec Bill Rutherford (Richard Masur), le recruteur de Princeton (cf Blessures Secrètes). Ses notes sont trop faibles.
You’ve done a lot of solid work here, but it’s just not Ivy League, now is it?
Mais le charisme du jeune homme et son esprit entrepreunarial impressionnent.
Les parents rentrent le lendemain. Malheureusement pour Joel, Guido dévalise la maison. Une manière pour le maquereau de récupérer les recettes de la veille. Joel aligne le fric. Tout rentre dans l’ordre.
Les parents ne remarquent rien, même s’ils se doutent que Joel a fait une fête en leur absence.
I don’t remember giving permission for a party Joel…
La mère note que son oeuf de Steuben Glass est fêlé. Elle n’est pas contente.
My egg is ruined! What happened??
… I don’t know.
Joel va devoir bosser pour rembourser. Il pense aussitôt à Lana.
I was just thinking where we might be 10 years from now, you know.
You know what I think? I think we’re both gonna make it – big. I am very optimistic, I mean it.
Le père s’en fout car il y a une bonne nouvelle. Son fils est pris à Princeton. C’est l’essentiel. Rutherford a été charmé.
Princeton can use a guy like Joel.
Bravo!
L’EXPLICATION
Risky Business, ce sont des parents complètement largués.
La génération 68 a fait bouger pas mal de lignes. Cependant, les parents issus de cette génération ont démissionné. En cela, ils ont engendré des catastrophes ambulantes.
Joel a été élevé par ses parents dans la tradition du bon élève WASP. D’aucuns diraient qu’il a reçu une bonne éducation avec des parents absents. Il est propre sur lui, inoffensif. Ses résultats scolaires sont honnêtes et lui permettent d’envisager une grande école. Plus tard, ce jeune idéaliste aimerait réaliser de grandes choses tandis que ses copains se contenteraient d’un bon gros salaire.
Doesn’t anyone want to accomplish anything? Or do we just want to make money?
Make money.
Just make money.
Yeah. Make a lot of money!
Sous prétexte de vouloir couver Joel, ses parents l’étouffent complètement.
You know we trust you.
Leur absence va permettre à Joel de s’affranchir. Pour la première fois, il vit en dehors des règles. Il prend goût à l’autonomie.
I think there’s a future here.
Sa rencontre avec Lana va tout changer. Non seulement, Joel n’est plus un puceau. Mais il peut enfin s’émanciper. Lana le décomplexe.
Be whatever you want to be.
Elle lui fait envisager la vie différemment : il ne s’agit pas d’avoir des bonnes notes pour bosser pour un maquereau mais de devenir son propre patron. Ne pas avoir peur de l’échec (cf Bernard Tapie). Se démerder pour vivre à crédit. Quand on fait des conneries, il y a toujours une manière de rembourser.
It was great the way her mind worked. No guilt, no doubts, no fear. None of my specialities. Just the shameless pursuit of immediate gratification. What a capitalist.
On peut même gagner du pognon au passage. C’est d’ailleurs l’intérêt de la prise de risque. L’entrepreneur est récompensé. Le libéralisme à son meilleur!
Look at it this way : you’re making a lot of money. You’re providing your friends with an invaluable service. And right now, you’re a hot shit future enterpriser. Don’t worry so much.
Les parents de Joel sont vraiment complètement largués parce qu’ils ont éduqué Joel dans les règles de l’art bourgeois. Ils ne s’appellent pas Goodson pour rien : ils ont voulu faire de Joel un bon petit soldat qui finirait dans la même université que papa. Ces deux naïfs ont vraiment pensé que Joel respecterait les consignes en leur absence.
Aucun des deux n’a vu la mutation du fils en start-upeur qui a compris que le talent est de faire bosser les autres.
Les parents n’ont pas compris que Joel s’est lancé dans les affaires. Et pas n’importe quel business puisqu’il s’agit de la prostitution.
You wish to major in?
… Business.
Les parents ne comprennent pas ce qui se passe.
Joel réduit les rapports humains à une transaction. Pour lui, tout devient un calcul économique. Le jeune homme a bien vite oublié ses envies de réaliser quelque chose dont il pourrait être fier. Son talent a été happé par le système. Il est devenu un loufiat de plus dans un monde d’obscénités (cf Le Loup de Wall Street).
Les parents ferment les yeux. Ce n’est pas grave. Mieux, les parents sont heureux car le système universitaire inégalitaire et corrompu a validé leur fils.
Joel est officiellement le genre de nouveau modèle que l’Amérique se cherche (cf The Apprentice).
En attendant, les parents sont tellement largués qu’ils n’ont pas vu que leur fils était devenu un vrai trou du cul.
LE TRAILER
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