JEUNE ET JOLIE

JEUNE ET JOLIE

François Ozon, 2013

LE COMMENTAIRE

Jeune et Jolie, à la base, c’était un magazine. L’ambition du titre était d’aider les filles à traverser les turbulences de l’adolescence grâce aux people, un peu d’astrologie, de maquillage et de plein d’autres sujets passionnants. Sauf que Jeune et Jolie n’a pas réussi à passer le cap de l’an 2000 puisque la parution s’est arrêtée en 2010. Aujourd’hui les filles sont vieilles et moches. Et surtout elles sont devenues pourries.

LE PITCH

Une fille de bonne famille revient de vacances et se met à son compte.

LE RÉSUMÉ

En vacances au bord de la mère avec ses parents, la jeune Isabelle (Marine Vacth) va perdre sa virginité avec un jeune Allemand du nom de Felix (Lucas Prisor). Cette expérience n’enchante pas vraiment l’adolescente de 17 ans. Une fois de retour à Paris, elle devient Léa, une escort girl qui rejoint les hommes dans leur chambre d’hôtel. Elle enchaîne les clients, faisant d’abord la rencontre de Georges (Johan Leysen), un homme âgé et attentionné. Avant de s’occuper de clients certes plus jeunes mais autrement moins élégants.

Ok mais pour 500 tu suces sans capote!

Je sais pas…

T’inquiète pas je suis marié…

… et qui la traitent avec peu de considération.

Tu connais l’expression… pute un jour, pute toujours!

Georges devient un client régulier. Victime d’un abus de Viagra, il succombe d’une crise cardiaque pendant l’acte. Léa quitte les lieux en panique. La police retrouvera sa trace et contactera Sylvie (Géraldine Pailhas), la mère d’Isabelle, pour lui annoncer la bonne nouvelle:

Votre fille mène une double vie Madame, elle se prostitue.

Les relations entre la mère et la fille sont houleuses. Sylvie essaie désespérément de comprendre. Elle convainc sa fille de suivre une psychanalyse. Isabelle peut enfin expliquer ses motivations.

Discuter sur internet, parler au téléphone, imaginer des choses et puis y aller, découvrir l’hôtel, et pas savoir sur qui j’allais tomber. C’était comme un jeu. Quand j’y pensais à la maison, ou au lycée, j’avais envie de recommencer.

Elle fait la rencontre d’Alexandre (Laurent Delbecque), un garçon du Lycée – Henri IV. Isabelle se prend la tête pour rien, comme quelqu’un de son âge, et finit par rompre sans raison. Elle revient dans la norme.

Alice (Charlotte Rampling), la veuve de Georges, a besoin de rencontrer la maîtresse de son mari pour faire son deuil. Les deux femmes vont se retrouver dans la fameuse chambre. Alice raconte son histoire à Isabelle, lui pardonne et quelque part la libère.

Je me déshabille?

C’est pas utile.

jj

L’EXPLICATION

Jeune et Jolie c’est les dérives de l’auto-entreprenariat.

Isabelle dérange à plus d’un titre car elle représente un problème dont les familles bourgeoises se croient bien à l’abri. La prostitution, c’est sur les trottoirs près du périphérique, pas dans les quartiers coquets de la capitale. Ce sont les Nigérianes, les Chinoises ou les Russes… pas les petites Françaises de souche (cf Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?). C’est la bave du crapaud qui ne peut techniquement pas atteindre la blanche colombe. Deux mondes qui sont censés s’opposer. La princesse ne peut décemment pas faire la pute et surtout pas y prendre du plaisir.

Il s’agit de l’histoire d’une auto-entrepreneuse du sexe qui incarne la prostitution volontaire. Ce qui n’est finalement pas un cas si isolé. Les femmes veulent pouvoir décider de tout (cf Divergente). C’est légitime. Y compris de décider de disposer de leur corps de la manière dont elle le souhaite. Morgane Merteuil incarne par exemple ce courant de pensée néo-féministe. Tout devient possible à l’heure de la monétisation du sexe (cf hot girls wanted). Néanmoins, il ne faudrait pas croire que la prostitution dans son ensemble est un style de vie commode. Rappelons que le porno est un business aussi juteux que glauque (cf Il n’y a pas de rapport sexuel). Et qu’en matière de prostitution, on se parle avant tout de victimes qui n’ont pas souvent le luxe de pouvoir choisir.

Isabelle dérange de part la vision très intellectuelle qu’elle propose de la prostitution : peu glorieuse mais finalement assez raffinée. Tout se passe de manière relativement courtoise, entre gens de bonne compagnie, des hôtels plus ou moins étoilés au divan confortable du psychanalyste. Georges meurt sans laisser de trace. Alice ne fait pas de scène. Isabelle n’est pas menacée, ni maltraitée. Elle n’est pas dégradée (cf Leaving Las Vegas). Rien ne déborde. Dans les faits, tout ne se règle pas toujours d’une manière aussi propre.

Isabelle est à l’image d’une adolescence toujours plus désenchantée et de parents toujours plus à côté de la plaque. Montessori n’a encore pas réponse à tout.

J’ai pas compris et je comprends toujours pas… Isabelle a toujours eu ce qu’elle voulait. Je gagne très bien ma vie. Elle a toujours été très gâtée depuis qu’elle est toute petite. Je lui donne de l’argent pour qu’elle s’achète ce qu’elle veut.

Isabelle interpelle car on a du mal à comprendre ses choix. Il faut toujours une raison. Elle ne le fait clairement pas pour l’argent, ni dans le cadre d’une étude sociologique qui lui permettrait de découvrir la nature profonde des hommes. Il ne s’agit pas non plus uniquement de provoquer sa mère. Elle ne semble pas le faire non plus par dépit, comme certaines filles riches désabusées. Isabelle le fait parce qu’elle peut le faire. Ce qui rend son personnage également plus intéressant.

Isabelle n’est peut-être simplement qu’une fille à qui on a collé l’étiquette de Jeune et Jolie sur les fesses et qui décide de pousser le fait d’être un objet sexuel jusqu’au bout. Elle prend possession de son fantasme. C’est sa manière à elle d’exprimer que sa vie lui appartient. Isabelle fait peut être preuve de trop de maturité pour son âge. Elle est le fruit d’internet et de l’accès à tout et pose le problème du conflit de générations. Elle ose s’aventurer sur des chemins où sa mère ne s’est pas permise d’aller (cf Curiosa).

Pour mieux comprendre le désarroi d’Isabelle, il faut comprendre la manière dont elle a perdu sa virginité. Identifier le responsable: Felix. Ou plutôt Fritz, la figure de l’Aryen. Un descendant de Goethe qui n’a pas la sensibilité nécessaire pour comprendre la complexité d’une Parisienne héritière de BHL. Cet Allemand qui ne fait pas bien l’amour a ruiné les vacances d’Isabelle et potentiellement sa vie. Jeune et Jolie c’est l’histoire de cette France qui a fait n’importe quoi après s’être faite baiser deux fois de suite, mal, par l’Allemagne.

L’histoire aurait été sûrement bien différente, et autrement plus romantique, si Isabelle avait été déflorée par Rocco Siffredi.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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