NIGHT CALL

NIGHT CALL

Dan Gilroy, 2014

LE COMMENTAIRE

Certaines personnes consultent le miroir pour mieux se rassurer (cf Blanche Neige). En vérité, se regarder dans le miroir impose de ne plus pouvoir se mentir. On se voit tel que l’on est. Cette expérience peut être traumatisante et révéler toute la haine qu’on a pour soi.

LE PITCH

Un ver de terre va finir par trouver son bac à compost.

LE RÉSUMÉ

Personnage aussi glauque que singulier, Louis Bloom (Jake Gyllenhaal) essaie désespérément de se faire une place dans ce monde en essayant de trouver un job qu’on lui refuse sans cesse. Il est à l’image de ces abonnés à Pôle Emploi qui doivent se débrouiller par eux-mêmes (cf La Loi du Marché).

Louis tâtonne. Son quotidien n’est pas facile. Alors il s’accroche.

Who am I? I’m a hard worker. I set high goals and I’ve been told that I’m persistent.

Témoin d’un accident de la route, il va découvrir le job de reporter d’information. Tendance très en vogue aux Etats-Unis, ces nouveaux paparazzis, sortes de scatophages du fumier, chassent la sensation. Ils se rendent sur les scènes du crime ou de l’accident pour y voler l’instant et mieux le revendre aux chaînes de télé locales avides de scandale.

Louis part de nulle part ce qui lui permet de se faire une place sur ce créneau un peu macabre sur lequel peu de gens veulent se positionner. Il progresse petit à petit. Au fur et à mesure, Louis conduit de plus en plus vite et mord sur la ligne continue de l’éthique, allant jusqu’à déplacer des cadavres sur des scènes de crime ou même à laisser son propre collaborateur se faire tuer pour mieux parvenir à ses fins. Plus il triche et plus il est récompensé.

Suspecté de non-assistance à personne en danger il ressort libre. La police est aussi impuissante que la société. Rien ne peut stopper l’irrésistible ascension de Louis vers les profondeurs de la nuit. Un avenir ensoleillé s’offre à lui qui préfére garder ses lunettes de soleil pour mieux se protéger d’une lumière du jour qui n’est décidément pas son élément.

L’EXPLICATION

Night Call, c’est un ver de terre.

Les personnes qui gravitent dans cet univers parallèle sont nombreux. On y retrouve les directeurs d’information dont l’obsession est de faire de l’audience plutôt que de participer à l’élévation de la société. En même temps, sans audience pas de show (cf Confessions of a dangerous mind). Endemol en a fait son business. Si Arte était devant TF1 dans les chiffres d’audimat le monde ne serait peut être pas tout à fait le même. Qui est responsable? L’audience shootée au sensationnalisme et qui réclame sans cesse plus de tape à l’œil? Ou les chaînes qui servent la soupe?

Une profession nécrophage et néanmoins pragmatique. Bloom tient le discours de la Française des Jeux:

My motto in life is if you want to win the lottery you’ve got to make the money to get a ticket.

Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui des 30 glorieuses et du « plein emploi » de Guillaume Daubray-Lacaze (cf la Zizanie) où un jeune pouvait claquer la porte le matin pour trouver un nouveau job le soir. Aujourd’hui la réalité est beaucoup plus sauvage et il faut savoir faire son trou. Louis Bloom est un petit voleur sans scrupule. Il commence par tabasser un gardien pour mieux lui voler sa montre et finira au sommet de sa gloire par détrousser un cadavres. C’est sa nature. Il ne changera pas. Pur produit de cette société cynique.

What if my problem wasn’t that I don’t understand people but that I don’t like them?

Il est un cafard increvable.

Now, I’m not fooling myself, sir. Having been raised with the self esteem movement so popular in schools, I used to expect my needs to be considered. But I know that these days, our culture no long caters to the job loyalty that could be promised to earlier generations. What I believe, sir, is that good thinks come to those who work their asses off.

L’esprit d’entreprise finit toujours par être récompensé (cf There will be blood). Car Louis Bloom est avant tout un ambitieux entrepreneur qui invente chaque jour pour développer son business. En plus d’être un négociateur féroce, il s’équipe, embauche, respecte scrupuleusement son business plan, achète une belle Dodge Challenger pour doubler la concurrence en faisant du bruit. Il est la figure du neo-entrepreneur tel que façonné par la société moderne.

La relation qu’il entretient avec Nina Romina (Rene Russo) montre à quel point l’entrepreneur d’aujourd’hui est dépendant du sensationnalisme, et que l’un et l’autre se nourrissent. Frank Kruse (Kevin Rahm) en moralisateur ne pèse d’aucun poids et se fait régulièrement passer dessus par Nina, non sans un certain mépris d’ailleurs.

Le monde de la nuit se fiche de toute morale, abandonnée au profit du scoop. Il fait mine de s’intéresser au pourquoi alors qu’il n’est obsédé que par le quoi.

Why you pursue something is as important as what you pursue.

L’absence de fond ainsi qu’une justice à la traine. Une société qui conduit très vite, trop vite. Peut-on encore aujourd’hui avoir du succès sans dépasser la limite autorisée? Où sont les businessmen avec un peu de cœur et de noblesse aujourd’hui (cf Inside Job)? Sont-ils ceux qui connaissent le plus de succès? Peut-être ne nous intéressent-ils pas? Ou peut-être qu’il n’est pas de la responsabilité du businessman de jouer les Robins des Bois?

Il s’agit là d’une Amérique dont les bases s’effritent un peu plus chaque jour. Contemplons aujourd’hui les records de médiocrité atteints par Donald Trump. Et rappelons nous que ce même Donald Trump était à l’origine de The Apprentice il y a seulement quelques années. Une émission de télé-réalité préparait des dizaines de candidats au monde de l’entreprise et en a influencé des milliers d’autres. Nous ne faisons que récolter ce que nous semons.

Nous avons des raisons d’être sceptiques. Car la justice est dépassée. Elle arrive après la bataille. Incapable de punir les charognards. Au contraire, le charognard est aujourd’hui adulé. Devenu pratiquement nécessaire.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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