A MOST VIOLENT YEAR

A MOST VIOLENT YEAR

JC Chandor, 2014

LE COMMENTAIRE

La petite entreprise de Bashung ne connaissait pas la crise. Façon de parler. Elle a bien raté son virage. Aujourd’hui, Bashung est mort. Si certains cherchent la clé, elle est sous la porte. Les employés ont fini de chanter Merci patron! Ils pointent au chômage. La zone est devenue sinistrée. Les fanfaronnades du passé et les cravates bariolées ont cédé la place au visage fermé et costume sobre du présent.

LE PITCH

Un entrepreneur mène sa barque d’une main de fer dans un océan New-Yorkais bien corrompu.

LE RÉSUMÉ

Abel (Oscar Isaac) est à la tête d’une compagnie de fioul prospère. Depuis quelques années, il pique légalement des parts de marché à ses concurrents qui commencent à s’agacer du succès de ce jeune loup et surtout à s’inquiéter de son ambition débordante. Car Abel voit grand.

Bizarrement, il se retrouve victime de détournements de camions de plus en plus fréquents. Son fioul finit immanquablement dans les cuves de la concurrence, on ne sait comment. Ses commerciaux se font tabasser, quand ils ne finissent pas dans des décharges.

Abel fait front, tout en respectant sa ligne de conduite. Il refuse de céder à la tentation du revolver que lui propose sa femme Anna (Jessica Chastain). Tout comme il refuse d’armer ses conducteurs comme l’exigent les Teamsters. Il finit pacifiquement par remonter la trace de ses voleurs qui s’avèrent être ses propres concurrents. Tiens donc. Abel nage au milieu des requins, comme lui fait remarquer sa femme.

You’re at war here.

Finalement lâché par son banquier à la dernière minute, Abel risque de tout perdre. C’est finalement Anna qui lui sauve la mise grâce à de l’argent de la compagnie qu’elle avait épargné pendant des années.

Tout se conclut dans une légalité relative, par un suicide qui ne laisse pas plus de traces sur la conscience d’Abel qu’un trou sur une cuve de fioul bouché par un Kleenex. Le couple regarde le soleil se lever sur Manhattan. Encore une belle journée…

L’EXPLICATION

A Most Violent Year, c’est savoir se faire violence.

L’entrepreneur se distingue par son audace. Il est celui qui arrive à se faire mal quand les circonstances l’exigent vraiment, tandis que tous les autres sont tous planqués. C’est même précisément au moment où tout le monde se fige que l’entrepreneur se réveille.

When it feels scary to jump, that is exactly when you jump. Otherwise you end up staying in the same place your whole life. And that I can’t do.

Il n’a pas peur de foncer parce qu’il a admit que lorsqu’on fonce, on fait obligatoirement des erreurs. Cela n’inquiète pas l’entrepreneur qui sait qu’il peut se relever. Au casino, on ne gagne pas gros en jouant petit. On joue, on perd avant de gagner du lourd. L’échec fait partie d’un processus. Abel est convaincu qu’il ne pourra que s’améliorer. Il se nourrit de ses sorties de piste. Conscient de ses faiblesses et refusant qu’elles l’empêchent d’avancer. Abel le rappelle à sa femme :

You are vulnerable. We all are.

Vulnérable sans être naïf. L’entrepreneur sait que le business est une guerre (cf There Will be Blood). Si le gateau augmente d’année en année, on compte beaucoup de gourmands à la table. Les couteaux sont de sortie. Il ne faut pas faire de cadeau.

On pourrait d’ailleurs penser qu’Anna est la dure à cuire. Après tout, elle est la fille d’un gangster, son décolleté est plutôt agressif, elle tue de sang froid un cerf agonisant sur la route en lieu et place de son mari qu’elle se permet de traiter de poule mouillée. Qui est pourtant le plus violent des deux?

Abel ne sourcille pas face au suicide de son ex-employé. C’est lui qui est constamment en première ligne. Sa violence est froide. Abel est Atlas portant le monde sur ses épaules.

Sa tâche est rendue difficile par la tentation de s’éloigner du droit chemin qu’il s’est fixé pour atteindre son but. L’entrepreneur doit avant tout être quelqu’un d’intègre. Sinon, il finit en prison. La fin ne justifie pas toujours les moyens pour Abel qui met un point d’honneur à ne pas employer la force ou trahir ses principes. Il veut triompher avec les honneurs, donc la manière.

You should know that I have always taken the path that is the most right. The result is never in question for me. Just what path do you take to get there and there is always one that is the most right.

Si Abel est le plus violent, il sait aussi mettre son ego dans sa poche – ce qui constitue son plus beau tour de force. Quand il le faut, il ferme les yeux sur la magouille de sa femme. Il s’appuie sur sa partenaire quand c’est nécessaire. Ce qui fait de lui un patron complet.

Si Abel avait respecté les règles, il ne serait pas où il en est. S’il n’avait pas su naviguer en eaux troubles, il ne serait peut-être pas beaucoup plus avancé. Le patron est obligé d’être politique ou il n’est pas. Il sait faire des petites entorses quand cela l’arrange. Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. C’est pour cela qu’on l’aime.

Le patron n’est pas forcément un mâle alpha. Pas un mot plus haut que l’autre. On peut imposer sans style autrement que par la force, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Quand Abel rentre dans une salle de réunion, il ne hausse pas le ton. Sa violence passe par un regard ou un mot. Son charisme naturel fait la différence.

Il réussit même à se faire discret. À se mettre en retrait, laissant la place à des Margarita Louis-Dreyfus, Anne Lauvergeon, Catherine MacGregor, Sheryl Sandberg, Indra Nooyi, Arianna Huffington qui ont ouvert la voie aux patronnes d’aujourd’hui.

Bras dessus bras dessous, mais sans vraiment complètement lâcher le gouvernail. Car l’entrepreneur ne partage pas. N’exagérons rien.

D’après une étude du Financial Times, les femmes ne représentent encore que 5% des dirigeants d’entreprises dans le monde.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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