PUNCH DRUNK LOVE
Paul Thomas Anderson, 2003
LE COMMENTAIRE
Au quotidien, il est nécessaire de se protéger du jugement d’autrui, des moqueries, des blessures, parfois de soi-même. Ainsi l’on se renferme petit à petit. Quel dommage de se priver de l’autre. Refuser de se mettre en danger et ne pas prendre le risque de se sentir bousculé par l’amour. Quel plaisir d’envisager les choses de toutes les couleurs.
LE PITCH
Un accident et la vie soudainement s’anime.
LE RÉSUMÉ
Barry (Adam Sandler) est un petit entrepreneur honnête, bien que totalement castré par ses nombreuses sœurs. Sa vie manque cruellement de relief. Il s’ennuie tellement au fond de son bureau qu’il finit par succomber aux sirènes du téléphone rose pour en finir avec la solitude qui le pèse. Tout l’inquiète (cf Beau is afraid). Il faut dire que Barry est un peu barré aussi.
Puis un matin, il y a cet harmonium abandonné sur le bord de la route dans un sale état. Barry le récupère et se donne comme mission de le réparer. Entre deux réunions, il pianote sur quelques touches pour se donner du courage et continuer de faire battre son coeur (cf De battre mon Coeur s’est arrêté).
La découverte de l’harmonium coïncide avec la rencontre de Lena (Emily Watson) qui va rapidement tomber amoureuse de Barry. Pour lui, les choses vont prendre un peu plus de temps.
Barry doit se défaire d’une hôtesse tenace rencontrée via le téléphone rose et qui essaie de lui extorquer de l’argent. Plutôt que d’appeler la police, il se fait justice seul en allant s’expliquer avec Dean (Philip Seymour-Hoffman), le patron de la hotline.
Barry peut alors retrouver sereinement Lena à Hawaï afin d’officialiser leur amour.
Non seulement l’harmonium fonctionne, il se joue maintenant à quatre mains.
Here we go…
L’EXPLICATION
Punch Drunk Love, c’est une syntonie.
Si l’on ne se considère pas comme des blocs faits d’une pierre rationnelle, mais plutôt comme des électrons chargés d’émotion, alors une rencontre a quelque chose de miraculeux (cf Un simple Accident). Pour que cela marche, il faut que les deux atomes soient en phase. Ce qui est plus subtil qu’il n’y parait.
L’amour toque à la porte de Barry qui n’est pas encore prêt pour l’accueillir. Son harmonium est tout cassé. Il a beau être patron d’entreprise, il n’en est pas moins autiste – au sens où il est capable d’exploser les toilettes d’un restaurant pour passer sa frustration. L’homme est ici loin de l’image de loups solitaires qu’on prête parfois aux célibataires (cf Mad Max : Fury Road). Il est profondément angoissé et s’adresse aux mauvaises personnes:
I wanted to ask you something because you’re a doctor : I don’t like myself sometimes… Can you help me?
Barry, I’m a dentist. What kind of help do you think I can give you?
L’homme-enfant doit faire preuve de courage pour sortir de son trou et réparer son harmonium. Puis il doit aussi montrer de la persistance pour apprendre à en jouer petit à petit.
La femme qui prend ses responsabilités en venant à la rescousse de l’homme en détresse (cf Le Silence des Agneaux). C’est elle qui voulait le rencontrer (cf Two Lovers). C’était son plan depuis le début.
I wanted to meet you.
Fini le temps des princes charmants qui libéraient triomphalement la pauvre princesse (cf Blanche Neige). L’amour se provoque toujours à ceci près que la femme en est l’instigatrice. L’homme prédateur ne chasse plus, il est choisi (cf Nuit Blanche à Seattle). Lena voulait Barry. D’ailleurs elle lui fait peur quand elle lui avoue l’avoir repéré. Et il va lui falloir du temps à Barry pour digérer tout cela.
Si la femme donne l’impulsion, il incombe encore à l’homme de construire les fondations. Un acte chevaleresque – confronter Dean – et ingénieux – collecter des coupons sur des boites de pudding pour se donner des ailes – permettent à Barry d’apporter sa pierre à l’édifice et mieux trouver sa place dans ce couple naissant.
L’Amour dérègle tout. Tout commence par quelque chose d’inattendu. Après la foudre, le coeur se met à battre. Puis le rythme s’accélère en musique. Tout en paraissant flou, comme si Barry était mis KO. On le voit tenter de s’enfuir puis rejoindre celle qu’il aime, toujours au pas de course. Il est dans l’urgence. C’est l’amour coup de tête qui fait décoller pour Hawaï, devenu paradis des amoureux.
Cet amour bouleverse et panique. On pense souvent qu’il enferme. Et c’est vrai qu’il a son lot de contraintes apparentes : les beaux-parents (cf Mon beau-père et moi), les courses au supermarché, les engueulades etc. Il est surtout libérateur.
Depuis sa rencontre avec Lena, Barry rayonne. Lance (Luis Guzman) son employé le lui fait remarquer. Il danse dans le supermarché. C’est son amour pour Lena qui lui permet de braver tous les dangers. Dans son face à face, Dean mesure toute la détermination Barry.
I have a love in my life. It makes me stronger than anything you can imagine.
C’est aussi Lena qui libère Barry d’une de ses sœurs trop envahissantes.
Pour se permettre cet amour, Barry doit faire la paix avec ses démons. Reconnaître les erreurs du passé. Ces moments où il se réfugiait dans des tentatives pour tout contrôler pour se rassurer, jusqu’à ses relations amoureuses par téléphone. Mettre un terme à tout ce qui l’empêche de progresser et dont les conséquences peuvent blesser Lena.
I called a phone-sex line before I met you and four blond brothers came after me and they hurt you and I’m sorry.
Il y a des choses plus belles et plus importantes à vivre dans la vie que le boulot. Certes Barry n’aurait peut-être pas tapé dans l’œil de Lena s’il avait été au chômage. La vérité est qu’il s’est trop longtemps caché derrière sa vie professionnelle pour ne pas vivre sa vie sentimentale. Un peu comme ces patron·nes qui n’ont pas touché à leur piano depuis trop longtemps, trop occupé·es à répondre à leurs e-mails.
Les couples aujourd’hui peuvent être heureux juste tous les deux. Fini la reproduction obligatoire et les happy end à la ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. En cela, ils luttent activement contre la surpopulation mondiale (cf Inferno). Le bébé ne fait plus le bonheur. Parce qu’avec les problèmes de réchauffement climatique, c’est quand même beaucoup mieux ainsi. Tant pis pour le voyage à Hawaï et l’empreinte carbone. Une petite entorse de temps en temps, par amour… On peut se le permettre.
Évidemment il y a le problème sous-jacent des retraites mais c’est un autre sujet. De toute façon, si cela continue à ce train là, ce sera bientôt de l’histoire ancienne.
LE TRAILER
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