AMERICAN PSYCHO
Mary Harron, 2000
LE COMMENTAIRE
Les progrès réalisés par les troupes féministes sont indéniables. Des intouchables sont tombés (cf Harvey Weinstein). Certains hommes ont même rejoint la résistance (cf Je ne suis pas un Homme facile). Malgré tout, on compte encore trop de mâles alpha qui se regardernt dans la glace.
LE PITCH
Un yuppie s’improvise tueur en série.
LE RÉSUMÉ
Patrick Bateman (Christian Bale) est Vice-Président dans une grande banque d’affaires, tout comme Timothy Bryce (Justin Theroux), ou Paul Allen (Jared Leto), ou David Van Patten (Bill Sage). Il fréquente les restaurants et les clubs les plus hip de New York, la ville insomniaque d’un pays qui ne connaît pas d’autre limite que le ciel.
You look great… so fit… and thin.
Well, you can always be thinner… look better.
Bateman est au top.
I live in the American Gardens Building on W. 81st Street on the 11th floor. My name is Patrick Bateman. I’m 27 years old, I believe in taking care of myself and a balanced diet and rigorous exercise routine.
Derrière ce jeune homme aux contours parfaits se cache pourtant un dangereux psychopathe qui méprise profondément le monde autour de lui, à commencer par ce SDF dont il abrège les souffrances.
You got a negative attitude, that’s what’s stopping you.
Bateman va prendre goût au meurtre. Il liquide Paul sur fond de Huey Lewis and the News, en faisant croire qu’Allen est parti à Londres. Le lendemain, il garde son calme face à Donald Kimball (Willem Dafoe) qui l’interroge.
Bateman usurpe l’identité de Allen et torture deux escort girls sur Genesis. Il essaie d’étrangler son collègue Luis Carruthers (Matt Ross), dégoûté par son homosexualité, puis l’épargne finalement. Il rabat ses pulsions sur une jeune mannequin. Les victimes s’enchainent. Il invite sa secrétaire (Chloë Sevigny) puis la laisse repartir après avoir reçu un message de sa compagne Evelyn (Reese Witherspoon) dont il va se séparer après avoir tué deux autres escort girls.
Poursuivi par la police, Bateman se réfugie dans un immeuble après avoir tué un agent de sécurité et un agent de maintenance. C’est trop. Il appelle son avocat (Stephen Bogaert) au secours.
Il se rend à l’appartement de Paul en pensant y trouver des corps en décomposition. À sa surprise, il découvre les lieux vides. Dans le même temps, sa secrétaire n’est pas moins surprise de découvrir de nombreux dessins de meurtres dans le tiroir de son patron.
Bateman croise son avocat amusé par la confession de son client. Bateman panique. Il insiste : il a bien tué Paul Allen. L’avocat ne s’amuse plus: il a déjeuné avec Paul Allen à Londres il y a dix jours.
Bateman retourne s’asseoir à côté de ses complices. Qu’il se rassure : il n’a apparemment tué personne (cf Memento).
There are no more barriers to cross. All I have in common with the uncontrollable and the insane, the vicious and the evil, all the mayhem I have caused and my utter indifference toward it I have now surpassed. My pain is constant and sharp, and I do not hope for a better world for anyone. In fact, I want my pain to be inflicted on others. I want no one to escape. But even after admitting this, there is no catharsis; my punishment continues to elude me, and I gain no deeper knowledge of myself. No new knowledge can be extracted from my telling. This confession has meant nothing.
Mais il n’en pense pas moins.
L’EXPLICATION
American Psycho, c’est la prétention de se croire seul sur terre.
Dans un monde où l’on doit protéger ses intérêts (cf Swimming with Sharks), il devient normal que l’on ne puisse plus compter que sur soi-même. On devient ce qu’il y a de plus important.
Bateman est un cliché. Une marionnette à bretelles, sans personnalité.
There is an idea of a Patrick Bateman; some kind of abstraction. But there is no real me: only an entity, something illusory. (…) I simply am not there.
Là sans l’être, pour personne. Pas plus disponible pour Evelyn. Son travail est un prétexte pour rester inaccessible.
We should do it.
Do what?
Get married.
No I can’t take time off work.
Soldat du libéralisme, il se réduit lui-même à la marque de son gel douche, son titre de Vice-Président, ou au bout de carton de sa carte de visite. Comme un produit. Avec un léger cynisme car il lui reste encore un semblant de sensibilité. Ce monde lui donne la nausée. Il le rejette avec horreur. Son sourire de façade masque la colère qui l’habite. Son visage angélique tranche avec la violence des mots qu’il emploie.
You’re a fucking ugly bitch. I want to stab you to death and play around with your blood.
Ce système le rend malade : matérialiste, superficiel, sans culture et sans scrupule. Ce qui rend Bateman encore plus malade est qu’il n’est qu’un rouage de ce système – même pas un rouage essentiel. Il n’est pas Jordan Belfort (cf Le Loup de Wall Street).
You hate that job anyway. I don’t see why you don’t just quit.
Because I want to fit in.
Bateman est malheureux car il s’est noyé bêtement dans la fange de Wall Street où il a voulu faire trempette à ses dépens. L’idée qu’il puisse n’être qu’un yuppie parmi les autres lui est intolérable. Alors il se plaint car c’est sa seule manière d’exister. Il veut qu’on le plaigne d’être un banquier de Wall Street.
Aux escort girls qui se moquent bien de savoir ce qu’il fait dans la vie, il leur répond quand même:
Don’t you wanna know what I do?
No… Not really.
Well, I work on Wall Street for Pierce and Pierce.
Bateman est trop plein de lui-même. Se faire passer pour une victime est un moyen pour lui de se sentir unique dans son désarroi. Il ne parle qu’à la première personne.
I have all the characteristics of a human being: blood, flesh, skin, hair; but not a single, clear, identifiable emotion, except for greed and disgust. Something horrible is happening inside of me and I don’t know why. My nightly bloodlust has overflown into my days. I feel lethal, on the verge of frenzy, I think my mask of sanity is about to slip.
Malheureusement pour lui, il n’a pas le monopole du dégoût. Il est comme les autres. Un banquier d’affaires aux dents longues comme les autres. Tout comme lui, ils ont autant horreur du monde. Les centres d’affaires sont remplis de gens qui se détestent.
Bateman continue, comme les autres. Il ne démissionne pas, comme les autres. Certes, il a des envies de meurtres – sans être capable de passer à l’acte. Avec ses collègues, il construit le monde du ressentiment. En vérité, il n’a rien d’un monstre. Il est comme tout le monde. Complètement humain.
You’re inhuman.
No… I’m in touch with humanity.
On se reconnaît tous en lui. Sa damnation vient du fait qu’il soit ordinaire. Il n’a absolument rien d’extraordinaire.
L’ouvrier rêve de tuer son patron (cf Germinal). Tout comme les patrons ne songent qu’à supprimer leurs employé·es (cf El buen Patron). Il suffit de regarder les passagers s’ignorer dans le métro pour deviner le fond de leur pensée : Tout le monde se hait.
LE TRAILER
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