AMERICAN PSYCHO

AMERICAN PSYCHO

Mary Harron, 2000

LE COMMENTAIRE

On sait depuis Gangs of New York que si les phénomènes de mode nous permettent de nous sentir mieux avec nous mêmes l’espace de quelques années ; dans la durée ils se révèlent être de véritables pièges à cons pour tous ceux qui manquent cruellement de personnalité.  Malgré cela, certains moutons continuent de s’obstiner à vivre avec leur temps: en achetant leurs lunettes chez Warby Parker parce que c’est dans l’air du temps, se laissant pousser une barbe de trois jours (cf Manuel Valls), en se faisant des tatouages ou en rangeant leur Stan Smith au placard parce qu’on n’est plus en 2017.

LE PITCH

Un parfait yuppie devient un parfait tueur en série.

LE RÉSUMÉ

Patrick Bateman (Christian Bale) est Vice-Président dans une grande banque d’affaires, tout comme Timothy Bryce (Justin Theroux), ou Paul Allen (Jared Leto), ou David Van Patten (Bill Sage). Il fréquente les restaurants et les clubs les plus hipe de New York, la ville insomniaque d’un pays qui ne connaît pas d’autre limite que le ciel.

You look great… so fit… and thin.

Well, you can always be thinner… look better.

Bateman est au top.

I live in the American Gardens Building on W. 81st Street on the 11th floor. My name is Patrick Bateman. I’m 27 years old. I believe in taking care of myself and a balanced diet and rigorous exercise routine. 

Derrière ce jeune homme aux contours parfaits se cache pourtant un dangereux psychopathe qui méprise profondément le monde autour de lui, à commencer par ce SDF dont il abrège les souffrances.

You got a negative attitude, that’s what’s stopping you.

Bateman va prendre goût au meurtre. Il liquide Paul sur fond de Huey Lewis and the News. Il fait croire qu’Allen est parti à Londres. Le lendemain, il garde son calme face à Donald Kimball (Willem Dafoe) qui l’interroge.

Bateman usurpe l’identité de Allen et torture deux escort girls sur Genesis. Il essaie d’étrangler son collègue Luis Carruthers (Matt Ross) puis l’épargne, dégoûté par son homosexualité. Il rabattra ses pulsions sur une jeune mannequin. Les victimes s’enchainent. Il invite sa secrétaire (Chloë Sevigny) puis la laisse repartir après avoir reçu un message de sa compagne Evelyn (Reese Witherspoon) dont il va se séparer après avoir tué deux autres escort girls.

En sortant du restaurant, il tue une grand-mère alors qu’il essayait de liquider un chat à la requête d’un distributeur de billets.

Feed me a stray cat.

Poursuivi par la police, Bateman se réfugie dans un immeuble après avoir tué un agent de sécurité et un agent de maintenance. C’est trop. Il appelle son avocat (Stephen Bogaert) au secours.

Il se rend à l’appartement de Paul en pensant y trouver des corps en décomposition. À sa surprise, il découvre les lieux vides et en vente tandis que sa secrétaire n’est pas moins surprise de découvrir de nombreux dessins de meurtres dans le tiroir de son patron.

Bateman croise son avocat amusé par la confession de son client. Bateman panique. Il insiste. Il a tué Paul Allen. L’avocat ne s’amuse plus: il a déjeuné avec Paul Allen à Londres il y a dix jours.

Bateman retourne s’asseoir à côté de ses complices. Il n’a tué personne. Ce qui ne le soulage guère.

There are no more barriers to cross. All I have in common with the uncontrollable and the insane, the vicious and the evil, all the mayhem I have caused and my utter indifference toward it I have now surpassed. My pain is constant and sharp, and I do not hope for a better world for anyone. In fact, I want my pain to be inflicted on others. I want no one to escape. But even after admitting this, there is no catharsis; my punishment continues to elude me, and I gain no deeper knowledge of myself. No new knowledge can be extracted from my telling. This confession has meant nothing.

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L’EXPLICATION

American Psycho, c’est la prétention de se croire seul(e) sur terre.

Bateman est l’ombre de celui qu’il pourrait être si seulement il n’avait pas choisi de devenir le disciple de ces sectes qui dictent quelles marques porter, quels endroits où être vus sur Instagram et quels cocktails y boire. Bateman est une marionnette à bretelles, là sans l’être. Il n’arrête d’ailleurs pas de le répéter, notamment à sa secrétaire: il n’est pas disponible.

There is an idea of a Patrick Bateman; some kind of abstraction. But there is no real me: only an entity, something illusory. And though I can hide my cold gaze, and you can shake my hand and feel flesh gripping yours and maybe you can even sense our lifestyles are probably comparable… I simply am not there.

Il n’est pas plus disponible pour Evelyn. Il prend son travail comme un prétexte.

We should do it.

Do what?

Get married.

No I can’t take time off work.

Ce faisant, il se réduit lui-même à son gel douche, à son titre de Vice-Président, au bout de carton de sa carte de visite.

I can’t believe that Bryce prefers Van Patten’s card to mine!

C’est parce qu’il lui reste encore un semblant de sensibilité que ce monde lui donne la nausée. Il le rejette avec horreur. Son sourire de façade masque la colère qui l’habite. Son visage angélique tranche avec la violence des mots qu’il emploie.

You’re a fucking ugly bitch. I want to stab you to death and play around with your blood.

Ce système le rend malade et pour cause, il est matérialiste, superficiel, sans culture et sans scrupule. Ce qui rend Bateman encore plus malade c’est qu’il n’est qu’un rouage de ce système – même pas un rouage essentiel. Il n’est pas Jordan Belfort.

You hate that job anyway. I don’t see why you don’t just quit.

Because I want to fit in.

Bateman est malheureux car il s’est noyé bêtement dans la fange de Wall Street où il a voulu faire trempette à ses dépens. L’idée qu’il puisse n’être qu’un yuppie parmi les autres lui est intolérable. Alors il se plaint car c’est sa manière d’exister. Il veut qu’on le plaigne d’être un banquier de Wall Street. Aux escort girls qui se moquent bien de savoir ce qu’il fait dans la vie, il leur répond quand même:

Don’t you wanna know what I do?

No… Not really.

Well, I work on Wall Street for Pierce and Pierce.

Bateman est plein de lui-même. Il veut absolument qu’on le plaigne. Il cherche à être unique dans son désarroi.

I have all the characteristics of a human being: blood, flesh, skin, hair; but not a single, clear, identifiable emotion, except for greed and disgust. Something horrible is happening inside of me and I don’t know why. My nightly bloodlust has overflown into my days. I feel lethal, on the verge of frenzy. I think my mask of sanity is about to slip.

Malheureusement pour lui, il n’a pas le monopole du dégoût. Il est comme les autres. Il est comme Chuck Barris. Les banquiers d’affaires aux dents longues comme les siennes ont tout autant horreur du monde autour de lui.

Ask me a question.

So, what do you do?

I’m into, uh, well, murders and executions, mostly.

Do you like it?

Well, it depends. Why?

Well, most guys I know who are in Mergers and Acquisitions really don’t like it.

Bateman continue, comme les autres. Il ne démissionne pas. Il a des envies de meurtres sans être capable de passer à l’acte. Il construit le monde du ressentiment. Il n’est pas du tout monstrueux mais plutôt complètement humain.

You’re inhuman.

No… I’m in touch with humanity.

Car on se reconnaît tous en lui. Sa damnation, c’est qu’il n’est pas exceptionnel. La caissière du Suma rêve de tuer son patron. Tout comme les patrons ne songent qu’à supprimer leurs caissières (cf la Loi du Marché). Il suffit de regarder les gens dans le métro pour savoir à quoi ils pensent. Il faut aussi relire ce que François Hollande, l’ancien chef suprême des Français, pensait des sans-dents.

Alors quand Starmania chante qu’on est les uns contre les autres, peut-être. Par contre, quand Starmania chante qu’on est toujours tout seuls au monde, personne n’est dupe.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

8 commentaires

  • «…quels endroits où être vus sur Instagram» = le film se déroule durant les années 80, et Instagram n’existait pas dans les années 80…

    • Merci pour ce commentaire Lili. N’est-on pas autorisé à un petit anachronisme de temps en temps?

  • Je ne m’attendais pas à ce genre de film; je devais le voir en tant que cinéphile avec les références sur Christian Bale, je le mettrais en « Art house » ou cinéma d’auteur.

    Je l’ai pris sur une plateforme de streaming et regardé en avion; ça change l’ambiance sans doute.

    J’ai eu l’impression vers la fin et la manière ridicule dont le Bateman (coïncidence) échappe à la police (au cas on l’audience n’aurais pas compris sur les premiers meurtres qu’un humain ne pisse pas 100 litres de sang); qu’en fait il étais du système, et que son avocat allais lui dire en riant bienvenue au club. Un peu comme une intronisation.

    Mais non.

    Le fait est qu’il semble que tout ce passe dans sa tête; on suit vraiment le même personnage tout le long du film. cependant le cahier ouvert par la secrétaire est plus que directeur; il n’y a pas de changement de caractères du film sauf sur ce point révélateur pour nous rappeler qu’il est pas très net.
    En gros ce film nous mets dans la tête d’un mythomane, golden boy de 27 ans, qui gère son stress avec des fantaisies de meurtres, ne fait rien de ces journées et tue l’ennuis en fantasmant devenir un tueur. Entre le SDF, il me semble le premier meurtre fantasmé et lui; niveau travail c’est identique sauf que l’un vit en bas et l’autre dans un appartement de luxe.

    Il y a également une obsession de la meilleure carte ou du meilleur appartement; assez révélateur. Je pense qu’il y a plus de messages à creuser, je suis friand des films à puzzles.

    Il me semble également dans les premières minutes qu’il y a des flash-back d’envies de meurtres; comme une intronisation au film : tout est dans la tête. Il faut faire assez attention aux premières minutes, le film perds en intensité au bout d’un moment.

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