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UN PAYS QUI SE TIENT SAGE

UN PAYS QUI SE TIENT SAGE

David Dufresne, 2020

LE COMMENTAIRE

On peut trouver quelque chose d’assez paradoxal dans le fait de dire aux enfants qu’ils doivent se tenir sages comme des images. A priori, une image ne bouge pas. Mais quand on sait la violence qu’une image peut refléter aujourd’hui, est-on bien sûr de vouloir faire passer ce genre de messages à la jeune génération ?

LE PITCH

Réflexions autour de la réponse policière brutale apportée aux gilets jaunes.

LE RÉSUMÉ

Suite à l’augmentation du prix du carburant, un mouvement contestataire nait en octobre 2018. La France d’en bas, celle qui n’arrive plus à joindre les deux bouts, décide d’occuper les ronds-points et d’enfiler des gilets jaunes. Ces fameux gilets qu’on met pour se faire voir sur le bord de la route, afin de ne pas se faire écraser par celles et ceux dont les SUV roulent encore à plein régime.

Le mouvement prend une ampleur inédite grâce aux réseaux sociaux. Les gilets jaunes montent à Paris pour exprimer leur exaspération. La police perd le contrôle. Les manifestants prennent d’assaut un monument national devant des caméras des chaînes d’information en continu qui n’en demandaient pas tant.

L’Arc de Triomphe, c’est le symbole de la violence consacrée.

L’autorité d’Emmanuel Macron est bafouée (cf Gaz de France). La réponse du chef de l’État, via son Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, est musclée. Le bras de fer est engagé. Une comédie sinistre en XXI actes qui voit, chaque weekend, de nombreuses émeutes éclater entre les manifestant·es et les forces de l’ordre – un peu partout en France. Du jamais vu depuis longtemps.

Aujourd’hui, des historien·nes, sociologues, journalistes analysent les faits. Les victimes et des représentants de la police reviennent également sur des images choquantes qui font honte à la République – et en premiers lieux à ceux qui la gouvernent (cf Dossier 137).

L’État détient le monopole de l’usage légitime de la violence disait Max Weber. Le Président Macron le confirme face aux maires lors de son Grand Débat:

Les gilets jaunes ont détruit… Ils ont menacé les gens qui vous défendent. Ne parlez pas de ‘violences policières’. Ce mot est insupportable dans un état de droit.

C’est pourtant bien le sujet.

Si la police est la condition nécessaire de la Démocratie, comment ne pas être dubitatif devant les trop nombreux exemples de dérapages des forces de l’ordre: la mort de Steve Maia Caniço, celle de Rémi Fraisse, d’Adama Traoré, de Zyed Benna et Bouna Traoré ; l’affaire Benalla, les lycéens de Mantes la Jolie, les estropiés suite aux tirs de LBD, Sainte Soline…? C’est un peu trop.

La violence légale de la police française est hypothéquée par un soupçon d’illégitimité.

Certains admettent leur part de responsabilité.

On peut pas arriver à cette situation. Si on en arrive là, c’est que le boulot n’a pas été bien fait.

La France a un héritage révolutionnaire, ce qui veut dire qu’elle est plutôt de nature turbulente. Elle se partage sur le sujet des mouvements sociaux, entre fierté et agacement. La France n’est pas encore la Russie ou les États-Unis, néanmoins on peut s’interroger sur la direction qu’elle est en train de prendre.

La Démocratie est un horizon, la question est de savoir si c’est vers cela que l’on va.

L’EXPLICATION

Un pays qui se tient sage, c’est à quoi jouent les politiques.

Les différents protagonistes se livrent à un exercice philosophique intéressant qui est celui de la généalogie: Plutôt que de s’arrêter aux faits et chercher à condamner les méchants casseurs ou les vilains policiers, ils se demandent comment tout cela a été rendu possible. La conclusion est immanquablement la même :

Ce qui est en train de se jouer, c’est de l’ordre du politique.

Qui se prend pour Louis XIV en augmentant arbitrairement le prix du carburant comme on avait augmenté le prix du pain à l’époque ?

On serait en Monarchie, ça serait pareil!

Qui se veut le Président de tous les Français mais veut gouverner sans compromis, comme si les Français ne faisaient qu’un ?

Il faut admettre le désaccord et lui donner vie en Démocratie, plutôt que l’étouffer.

Qui multiplie les promesses qui n’en finissent pas d’asphyxier son peuple ?

J’augmente de 100 euros le smic… menteur! C’est violent de se faire mentir par son président. Y’a que l’État qui a le droit d’être violent. Nous, si on répond, on va en prison.

La France est pourtant connue pour ses Misérables. On a pour habitude d’être du côté du plus faible. Certainement pas du côté du puissant qui n’hésiterait pas à quitter son propre pays pour ne plus payer de taxes (cf Merci Patron). Il semblerait pourtant que la France ait retourné sa veste en faisant allégeance au libéralisme. L’ancien publicitaire Jacques Séguéla, porte-parole du grand capital, joue les Saint Martin.

Plus que jamais nous avons besoin d’une police forte et protégée, plus que jamais les media doivent protéger la police!

L’homme à la Rolex, celui qui se moque pas mal des idées de ceux qu’il conseille, pense qu’il faut avoir recours à tous les moyens nécessaires pour protéger le système.

Ce pays a peut-être besoin de réformes. Doit-il pour autant sacrifier ses valeurs sociales ? On dirait que la France tourne le dos à sa tradition.

Qu’est-ce-qui se passe quand l’État ne nous protège plus ? D’un point de vue social, d’un point de vue de la santé…

Ce qui se passe, c’est que la France ne ressemble plus vraiment à la France – pour reprendre paradoxalement des slogans de campagnes actuellement portés par l’extrême droite, mais pas pour les mêmes raisons!

Je ne reconnais plus mon pays.

Qui a vraiment besoin de mettre sa propre jeunesse à genoux de cette façon ?

Cela voulait dire : ‘On revient à un régime disciplinaire, préparez-vous!’.

C’est vraiment ça la France ?

Qui retourne la tête de sa police de cette façon ?

On vit en République, le pouvoir n’a pas été hold-upé!

Pas un hold-up ? (cf Macron à l’Elysée, le casse du siècle)

Qui matraque et décrédibilise un mouvement populaire pour éviter l’insurrection générale (cf Joker) ?

Les coupables veulent le chaos! (…) Aucune cause ne justifie que les forces de l’ordre soient attaquées.

Qui jette de l’huile sur le feu ?

C’est Emmanuel Macron qui a dit ‘Venez me chercher!’.

Qui arme sa police pour qu’elle tape sur son propre peuple ?

On s’en sort plus! Et vous nous cassez la gueule!! Vous défendez les privilégiés!

Car certains flics à bout de nerfs réalisent sûrement qu’ils tapent sur des gens comme eux. Certains doivent nécessairement se poser des questions.

Quel ordre protège les forces de l’ordre?

À la fin de l’histoire, qui monte les Français·es les uns contre les autres ?

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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