LE CAPITAL

LE CAPITAL

Costa-Gavras, 2012

LE COMMENTAIRE

Déjà à l’époque des Césars, le souverain se savait entouré de personnes qui cherchaient à le poignarder dans le dos. Absolument rien n’a changé. Les costumers cravate ont simplement remplacé les toges.

LE PITCH

Un banquier monte les échelons jusqu’au sommet du cynisme.

LE RÉSUMÉ

Jack Marmande (Daniel Mesguich), le Président de la banque Phénix, se voit contraint de laisser la place, trahi par sa santé. Il choisit son protégé, l’ambitieux Marc Tourneuil (Gad Elmaleh). Celui-ci a bien retenu la leçon :

L’argent est comme un chien qui ne demande pas de caresse. Il veut juste qu’on lui lance la balle de plus en plus loin pour pouvoir rapporter indéfiniment.

Le nouveau ne met pas longtemps avant de comprendre qu’il n’a pas les manettes. En vérité, il n’est qu’un pantin à la solde d’un fond de pension d’investissement Américain. Oubliés ses projets d’assainir les portefeuilles d’investissements en se séparant des assets toxiques. Il faut faire de la renta. C’est tout ce qui compte. Dittmar Rigule (Gabriel Byrne) invite Tourneuil à Miami pour lui faire passer le message.

Nous aimons chasser en bande, et tu es le bienvenu.

Le nouveau Président s’exécute et prépare le licenciement de plusieurs milliers d’employés afin que le cours de l’action remonte, et toucher son bonus.

Lors d’une soirée au Louvre, Tourneuil est séduit par un mannequin : Nassim (Liya Kebede). Ils se croiseront furtivement entre Londres, Tokyo et New York.

Tourneuil est parfois rattrapé par quelques acquis de conscience (cf American Psycho). Pris de dégoût pour son environnement.

Nous préparions un carnage social, elle en parlait comme d’un tournoi de golf…

Il ne bronche pas. L’aventure continue. Tourneuil s’improvise avec joie comme le capitaine de fortune d’un navire qui coule à vue d’oeil.

Les Américains lui réclament de procéder à une opération risquée, qui permettrait au fond de pension de racheter la banque. Pour éviter de se retrouver échec et mat, Tourneuil profite de l’ambition d’Antoine de Suze (Bernard Le Coq) pour tenir tout le monde en respect (cf Un Prophète), prendre les millions, et conserver son poste de Président – quitte à perdre sa femme (Natacha Régnier). MC Solaar ne disait-il pas : une de perdue, dix dans la limousine?

Les actionnaires se frottent les mains. Tourneuil n’est pas dupe.

Ce sont de grands enfants. Ils s’amusent et vont continuer à s’amuser jusqu’à ce que tout pète.

L’EXPLICATION

Le Capital, ce sont les plus fidèles lieutenants du système.

Issu des classes moyennes, Marc Tourneuil a fait son chemin jusqu’à Polytechnique (cf Grave). L’école de la vie. La voie royale. Le centre de formation des puissants. Son intelligence, son sens du relationnel et surtout son ambition sans scrupule lui ont permis d’accéder aux plus hautes sphères de la finance – le centre névralgique du système capitaliste.

Plus que le pouvoir, ce qui intéresse Tourneuil est le moyen de l’obtenir et surtout de le conserver.

Qu’est-ce que tu veux?

De l’argent. (cf Le Loup de Wall Street)

Il n’est pas banquier par hasard.

Tourneuil aimerait peut-être profiter de l’occasion qu’on lui donne pour influencer le système. Il essaie à travers quelques propositions radicales. Aussitôt rattrapé par la patrouille, il cesse de se mentir à lui-même pour rentrer dans le rang. À la niche.

Faites comme toujours : obéissez.

Il sait très bien que chacun ne cherche qu’à servir ses propres intérêts, y compris sa femme – même si elle affirme le contraire. Évidemment elle n’a pas besoin d’une robe Dior, mais elle ne crache pas sur des billets d’avion en première classe et quelques bons restaurants.

Comme toi, ils comptent se servir de moi.

Tourneuil doit maintenant renvoyer l’ascenseur à ceux qui l’ont mis où il est. Il doit également continuer de graisser la patte aux actionnaires (cf Casino) sous peine de se faire manger les mollets par les piranhas comme Raphaël Sieg (Hippolyte Girardot).

Phénix est la banque d’un monde qui change. Tourneuil le sait. Alors il s’adapte et procède aux réformes nécessaires.

C’est la fin du capitalisme à la Française, c‘est du capitalisme de cow-boys.

Il prend du plaisir à dire n’importe quoi en interview. N’a aucune idée de ce qu’il vend et s’en moque tant que ses produits lui rapportent de l’argent.

On vend quoi exactement?

Je pensais que ce serait toi qui m’expliquerait!

Des décisions difficiles sont prises, sur le principe de la nécessité. Chaque minute le rend plus riche, et le rapproche du mur. Sa femme ne comprend pas. Lui, au contraire, comprend très bien.

Pourquoi t’as besoin de tout cet argent?

Qu’est-ce qu’il y a d’autre?

Il comprend la comédie dont il fait partie et le rôle qu’il peut y tenir. Pour lui, il n’existe pas d’autre monde que celui dans lequel nous sommes. Donc autant assumer plutôt que de prétendre vouloir en sortir (cf Matrix).

Nous jouons. Personne ne peut sortir et dire : ça y’est je ne joue plus.

Pour Tourneuil, nous sommes régis par une force qui nous dépasse : la conjoncture. De ses propres mots, une pute qui sourit toujours aux riches – comme Nassim qui le mène par le bout de la braguette.

Le Président de Phénix ne veut pas se retrouver du côté des baisés, alors il la viole dans une limousine (cf Cosmopolis). Comme une manière de montrer qu’il ne veut pas se laisser faire. C’est lui qui baise les autres, pas l’inverse. Sauvage.

Pour Tourneuil, pas de temps à perdre dans les réunions de famille où l’oncle va encore prendre la défense des pauvres gens (cf Merci Patron!). Autant suivre le rythme plutôt et garder la tête hors de l’eau, plutôt que de chercher à nager à contre-courant. Au diable les idéalistes comme la jeune Maud Baron (Céline Sallette) et ses beaux principes. Elle a peut-être raison, mais elle ne gagne pas.

Les règles du jeu sont claires. Tourneuil les accepte.

On se dénonce pas entre nous (cf Inside job).

Pourquoi?

Ça se fait pas.

C’est comme la mafia…

Mieux, il les maitrise à la perfection.

Dites-leurs ce qu’ils veulent entendre.

Je suis votre Robin des Bois. Nous allons continuer de prendre aux pauvres… pour donner aux riches!

Plus il est froid, mieux sa fonctionne. Ne pas s’excuser de demander des millions pour se faire respecter. Prendre ce qu’il y a à prendre. Nous ne sommes pas là pour être timides, ni pour se faire des cadeaux. Soyons réalistes. Tourneuil est le parfait soldat. Après lui le déluge.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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