MOONWALKER
Jerry Kramer, Colin Chilvers, 1988
LE COMMENTAIRE
Quand le vent souffle, le plus important est de plier sans rompre (cf En pleine Tempête). Si certains redressements spectaculaires peuvent impressionner, il faut se rappeler que tout est souvent truqué. On ne se rend pas compte que les pieds sont fixés au sol. Tout n’est qu’une illusion (cf Le Prestige).
LE PITCH
Un artiste se fantasme en défenseur des enfants.
LE RÉSUMÉ
Pour la tournée de Bad, Michael est à son apogée. Les stades sont pleins à craquer et les fans s’évanouissent. Sur Man in the Mirror et des images de Gandhi ou Martin Luther King (cf Selma), la foule est en transe.
Tout a commencé avec les Jackson 5. Les morceaux Music and Me, ABC, I want you Back, Ben sont devenus des classiques.
Puis le petit Michael est devenu grand. Il a fait cavalier seul avec son album Off the Wall. Puis il a littéralement explosé avec Thriller : Billie Jean, Beat It sont venus s’ajouter à une longue liste de hits planétaires. Michael fait la une de Time Magazine.
En 1985, il réunit un collectif d’artistes pour participer à la chanson We are the World. La même année, Jean-Jacques Goldman aura l’idée de créer les Enfoirés.
L’enregistrement d’une version de Bad se termine, avec Brandon Quintin Adams dans le rôle de Michael. À sa sortie du studio, Michael est repéré par un groupe de visiteurs en folie. Il s’échappe sur l’air de Speed Demon.
Les articles de presse se multiplient pour amplifier de folles rumeurs sur Michael et ses opérations de chirurgie esthétique, son régime, sa relation avec Brooke Shield, son caisson d’oxygène… Dans son gigantesque parc d’attraction, Michael chante Leave me Alone.
Just stop doggin me around.
À New York, trois orphelins Sean (Sean Lennon), Katie (Kellie Parker), and Zeke (Brandon Quintin Adams) appellent Michael au secours. Tandis qu’à Neverland, il s’amuse avec des enfants (cf Leaving Neverland). C’est alors qu’il découvre une cave où l’obscure Frankie Mr Big Lideo (Joe Pesci) envisage de prendre le contrôle du monde entier grâce à son trafic de drogue.
Bugs and drugs.
Michael s’échappe et réapparait sous les traits d’un Smooth Criminal. Après avoir mis l’ambiance dans un club, il est neutralisé par les hommes de Mr Big.
Why are you doing this? Stop it!
You wanna know why I’m doing this, do you? I just wanna get everybody high, Man. You know, some good drugs. That’s all.
Michael se transforme d’abord en robot géant puis en vaisseau spatial pour se débarrasser de Mr Big.
Sean, Katie and Zeke retrouvent Michael dans le club, qui sert de coulisses au concert de la star qui reprend Come Together des Beatles.
L’EXPLICATION
Moonwalker, c’est un délire mégalomaniaque.
La mode est aux documentaires sur les plateformes de streaming (cf Mbappé le Maître du Jeu). En général, ces contenus manquent complètement d’objectivité et sont à la gloire de leurs protagonistes. Une manière de formaliser la légende tout en ré-écrivant l’histoire, suivant en cela les règles de la tradition autobiographique.
Michael Jackson retrace son parcours. Il a effectivement connu une trajectoire incroyable, de ses premiers plateaux TV avec ses frères jusqu’à ses dernières répétitions (cf This is it). Son nom est connu dans le monde entier connait. Il fait partie des rares qui devraient rester dans l’Histoire pendant des générations (cf At Eternity’s Gate). Son pas de danse signature a contribué à son mythe.
Quelque part en chemin, il a complètement perdu la tête (cf Kuzco, l’Île du Dr Moreau).
Si l’on part du principe que Michael Jackson exprimait un point de vue à travers ses chansons, alors Leave me alone est un moment charnière dans sa carrière. Les paroles sont éloquentes. Ce morceau signe le moment où le poids de la célébrité est devenu trop lourd à assumer pour Michael.
Après quoi, il s’est retiré du monde dans un espace rien qu’à lui où il a tout reconstruit (cf The Village), entouré d’enfants. Neverland était son utopie (cf The Beach). Tout y était organisé pour plaire au chanteur : se balader dans la nature, loin du tumulte. Avec des enfants qui respirent le bonheur autour de lui. Profiter enfin d’une enfance qu’il n’avait pas connue.
Michael Jackson a poursuivi dans sa logique en fantasmant des histoires où les enfants étaient menacés d’aliénation par les adultes.
Remember, a younger customer always turns into a loyal customer.
Des gros vilains comme Frankie Lideo, aux allures de nazis, et qui utilisent des mygales pour rendre les enfants accrocs à la drogue – on ne sait pas trop comment.
I want every kid in this whole world to take drugs because of me.
Ce qui permettait à Michael Jackson de s’auto-investir d’une mission : sortir de son costume d’artiste pour endosser celui de héros. Il règle son compte aux méchants, avec style. Cela ne suffit pas parce que les méchants ne se laissent pas faire, donc Michael Jackson doit se transcender. Il devient robot, à l’époque symbole de toute puissance.
Là, on bascule dans autre chose.
Michael Jackson a dépassé sa condition de superstar interplanétaire pour devenir le pourfendeur du mal, sauveur des enfants. Il protège les opprimé·es, pour que tout le monde puisse se retrouver ensemble dans la joie sur Come Together. Parce que la vie, selon Michael Jackson, ne devrait pas être plus compliquée qu’un concert : on chante et on danse. Tout le monde est heureux.
Cela ne suffisait plus à Michael Jackson d’être bigger than life. Il lui fallait une histoire lui permettant de dépasser les frontières de la scène pour devenir une forme de Dieu vivant, dans le confort de son imaginaire.
Le risque de marcher sur la lune est de se retrouver tellement en apesanteur que les pieds ne touchent plus le sol. On se retrouve alors enfermé dans son propre délire. Tellement déconnecté que l’on finit par croire que l’on est naturellement au dessus de tout. Que l’on peut tout se permettre et abuser des autres (cf 1 sur 5, Les Chatouilles), sous prétexte que l’on veut le bien. Sans se rendre compte que son comportement peut être répréhensible par la justice des mortel·les.
En plus ce taré chantait dans un anglais totalement incompréhensible des francophones. Combien ont compris : Enenergy woki ?
Et puis s’il avait vraiment voulu qu’on lui foute la paix, Michael Jackson aurait tout simplement dû éviter les médias – comme Jean Ferrat.
LE TRAILER
Cette explication de film n’engage que son auteur.
Explication de film est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.
