HOFFA
Danny DeVito, 1992
LE COMMENTAIRE
Il ne faut pas que des convictions pour monter à la tribune. Les convictions ne protègent pas des jaloux. Il faut du courage pour se hisser au premier plan, et de la ruse pour y rester.
LE PITCH
Un syndicaliste américain commence à faire de l’ombre à trop de gens.
LE RÉSUMÉ
Bobby Ciaro (Danny DeVito) fait la connaissance de Jimmy Hoffa (Jack Nicholson) sur la route. Le premier est chauffeur poids lourd et le second aspire à devenir le dirigeant du syndicat le plus puissant des États-Unis : les Teamsters.
Hoffa est charismatique. Il sait de quoi il parle.
I got scars on my own!
Hoffa sait haranguer la foule.
There’s a lot more there for us. It’s not only possible it’s right there!
Les manifestations de routiers suspendent le trafic et pénalisent le business. Les chefs mafieux ne sont pas contents et le font rapidement savoir.
He says if you were in his place : what would you do?
Tell him if he gives me a cup of coffee, I’ll answer his questions.
Hoffa commence à négocier avec Carl d’Allessandro (Armand Assante) afin que les Teamsters montent en puissance. La mafia finance les opérations.
Perfectly legit.
Robert Kennedy (Kevin Anderson) prend la tête du Département de la Justice. Il s’en mêle et inculpe Hoffa pour fraude. Les débats sont houleux entre ces deux fortes personnalités.
You don’t impress me, and your office don’t impress me, and your family don’t impress me!
Lors du procès, Pete Connelly (John C. Reilly) trahit son patron. Franck Fitzsimmons (J.T. Walsh) prend la tête des Teamsters pendant que Hoffa purge sa peine.
This is an unhappy day in my life.
Bobby Ciaro met la pression sur Fitzsimmons pour qu’il aide Hoffa à sortir de prison. Nixon lui fournit une grâce, en échange de laquelle Hoffa doit rester loin des affaires pendant dix ans. Il enrage et réclame la tête de Fitzsimmons à d’Allessandro. Sinon Hoffa menace de tout balancer à la presse.
No one pardons us!
D’Allessandro propose un rendez-vous dans un café discret de la banlieue de Detroit afin de régler le problème.
Nothing’s ever settled by violence.
Ciaro et Hoffa se rendent sur les lieux et poireautent toute l’après-midi. Un jeune homme (Frank Whaley) est chargé de détourner leur attention, puis de les abattre.
Une équipe fait disparaitre les corps. Les dépouilles de Hoffa et Ciaro finissent à l’arrière d’un camion.
L’EXPLICATION
Hoffa, c’est tous pourris!
L’idéologie dite du tous pourris est dangereuse. Il faut s’en garder car il sous tend que l’on ne serait plus capable d’accorder sa confiance à qui que ce soit (cf Swimming with Sharks). La société pourrait alors s’effondrer.
Jimmy Hoffa a une vision de la vie influencée par Hobbes. Pour lui, les rapports humains sont conflictuels par nature.
Life’s a negotiation. It’s all give or take.
Dès lors, les un·es essaient toujours de prendre l’avantage sur les autres (cf Highlander). Il faut se battre pour sa survie, et il faut se battre encore davantage pour son succès (cf There will be Blood). Ce sont les États-Unis. Qui ne tente rien à rien (cf Le Loup de Wall Street).
Do not take no for an answer, because if you will not take no for an answer, eventually the answer come back yes.
Dans cette ruche de Mandeville, où l’on doit rester proche de ses ami·es et encore plus de ses ennemi·es, il est important de lutter contre l’idée que tout le monde soit pourri. Car la logique du tous pourri implique un renoncement général qui pourrait conduire à un retour à la barbarie.
Pourtant, force est de constater que la corruption est malheureusement partout. Aux États-Unis, on assassine les Présidents comme on se débarrassait des empereurs dans la Rome antique (cf JFK).
C’est un fait.
Les premiers pourris sont d’abord les patrons qui exploitent les travailleurs (cf Merci Patron!). Des profits astronomiques sont faits sur le dos des chauffeurs routiers. Les patrons leur paient un salaire de misère pour rentabiliser au maximum.
They treat us like dirt!
Il faut des Jimmy Hoffa pour faire en sorte que les personnes qui sont exploitées ouvrent un peu les yeux sur leur condition, et descendent de leur camion. Hoffa n’a pas tort : les patrons se moquent pas mal de leurs employés (cf Germinal) et les faibles sont toujours plus forts lorsqu’ils s’allient (cf Il est revenu, Le Voyage de Gulliver).
What can they take away from you? (…) Stop their exploitation! (…) What are you afraid of? Cross the line, join the teamsters! (…) The strength of collective bargaining protects the working men. (…) You think they’re going to be loyal to you?
Les politiques comme Kennedy affirment agir au nom de l’éthique. Ils sont le plus souvent girouettes quand le vent tourne. Cul et chemise avec les patrons dont le soutien financier est précieux pour financer des élections. C’est pourquoi les politiques défendent les intérêts de leurs amis dans les tribunaux. Kennedy souhaite faire tomber Hoffa sur la base des liens que le syndicaliste entretient avec le crime organisé. Ce qui enlèverait une belle épine du pied aux patrons par la même occasion. On rend des services à ses amis en attendant qu’ils renvoient l’ascenseur.
Les mafieux sont pourris, mais on ne peut pas attendre autre chose de leur part. Lorsque le bordel est trop important, D’Allessandro fait le ménage.
Hoffa est pourri aussi sûr. Il est légitimement animé par la lutte ouvrière. Ce qui ne l’empêche pas de collecter de l’argent sale pour accroître son pouvoir. Hoffa est un opportuniste. Avec lui, la fin justifie les moyens et on ne fait certainement pas d’omelette sans casser des oeufs. Ses manifestations font des morts. C’est ainsi. Hoffa accepte les règles du jeu, tant qu’il le domine.
In every conflict there are casualties. The question is, what has been lost and what has been gained?
Par ailleurs, Hoffa estime aussi qu’il n’a de compte à rendre à personne – pas même à son fidèle Bobby Ciaro.
What I make is none of your fucking business!
Il ne faut pas s’y tromper : la corruption n’est pas que le fait de celles et ceux qui gouvernent. Le peuple n’est pas en reste. Pete Connelly est un petit anonyme, noyé dans la masse. Il est pourri comme les autres (cf L’Assassinat de Jesse James). Connelly profite d’un système qu’il n’hésite pas à dénoncer. On ne peut pas plus lui faire confiance! Les agneaux sont parfois les plus traîtres.
Lutter contre le tous pourris n’implique pas la possibilité d’un monde vertueux. La ruche de Mandeville périclite dès lors que les abeilles se comportent honnêtement. Donc il ne sert à rien de se plaindre que le monde soit pourri en attendant qu’il change. Il s’agit plutôt de composer avec cette réalité pour apprendre à mieux nager avec les requins.
LE TRAILER
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