THE IRISHMAN

THE IRISHMAN

Martin Scorsese, 2019

LE COMMENTAIRE

À quelques exceptions près, les enterrements sont rarement des moments qu’on apprécie. Dans un sens ou dans l’autre. Même lorsqu’il s’agit de quelqu’un qu’on ne portait pas forcément dans son coeur. Une disparition rappelle forcément chacun à sa propre condition : Nous naissons et demeurons libres et égaux devant la mort. Chacun y aura droit. Cette idée ne réjouit personne. À quelques exceptions près.

LE PITCH

Un employé dévoué survit à son patron, et tous ses collègues.

LE RÉSUMÉ

En 1950, un chauffeur du nom de Frank Sheeran (Robert de Niro) est arrêté. On le soupçonne de rouler pour la mafia de Philadelphie. Au tribunal, il ne donne aucun nom. Son avocat lui fait rencontrer son cousin : Russell Buffalino (Joe Pesci), l’un des parrains respectés de Pennsylvanie.

Would you like to be a part of this, Frank? Would you like to be a part of this history?

Yes, I would. Whatever you need me to do, I’m available.

Sheeran devient le presse-bouton de Buffalino. Il multiplie les contrats (cf Léon), proprement. Sans broncher.

Par l’intermédiaire de Buffalino, Sheeran rencontre Jimmy Hoffa (Al Pacino). Le saint patron des Teamsters, puissant syndicat de routiers, sert les intérêts de la mafia. Sheeran devient son garde du corps attitré. Les deux hommes sympathisent. Ensemble ils vont traverser les épreuves : l’assassinat de JFK, la prison puis la sortie de prison.

Hoffa est une grande gueule qui dérange. Après quelques dérapages et de nombreux rappels à l’ordre, il refuse de la fermer.

It’s my union! It’s my union…

L’histoire a pourtant prouvé qu’il aurait du se taire, comme le rappelle Russell.

If they can whack a president, they can whack a president of a union.

Personne ne menace Hoffa. Alors Buffalino donne l’ordre à Sheeran de s’envoler pour Detroit et faire disparaître l’empêcheur de tourner en rond. Sans aucune trace.

Les années passent. Tour à tour, les boss finissent par mourir en prison. Quand ils ne se sont pas pris une ou plusieurs balles dans la tête avant.

Sheeran termine sa vie seul, en maison de retraite. Sa fille Peggy (Anna Paquin) ne lui parle plus. Chaque jour, il prend de nombreuses pilules qui prolongent son chemin de croix. Il choisit lui-même son cercueil. Le FBI n’obtiendra aucune révélation de lui. Pas plus que le prêtre n’obtiendra de confession.

Capture d’écran 2019-12-07 à 07.16.40

L’EXPLICATION

The Irishman, c’est le dernier qui part – sans faire de bruit.

Les Irlandais sont connus pour être à la fois modestes et drôles. Frank en fait une belle démonstration lorsqu’il reçoit sa distinction des mains de Jimmy Hoffa. Sa réflexion est pleine d’auto-dérision.

I don’t deserve all this… But I have bursitis and I don’t deserve that either!

Les Irlandais sont surtout connus pour être coriaces (cf Bloody Sunday). Sheeran en est la parfaite illustration. Un peu à la manière du lapin Duracell qui continue de jouer du tambour quand les autres s’arrêtent. Durer est probablement ce qui est le plus difficile, surtout quand on commence comme chauffeur routier puis qu’on devient tueur pour la mafia. Et vivre, tout simplement, n’est pas drôle tous les jours, surtout quand on vit aussi longtemps que Frank. C’est pour cette raison, entre autres, qu’on dit que ce monde n’est pas fait pour les vieux (cf No country for old men).

Bizarrement, on dit que le plus dur est d’être le dernier à partir : voir ses proches mourir au fur et à mesure. Attendre son tour, que le requin nous croque (cf Les dents de la mer). C’est le moment où on finit par s’accrocher à la vie. L’instinct de survie nous fait paniquer et faire n’importe quoi. C’est ainsi qu’on balance des noms. Frank au contraire reste imperturbable, comme il l’a été toute sa vie d’Irlandais.

Il enchaîne les jobs sans se plaindre, en faisant preuve d’une loyauté irréprochable, ce qui plait tout de suite à Buffalino. Le seul écart de l’Irlandais sera d’avoir fait sauter, sans le savoir, un entrepôt appartenant à Angelo Bruno (Harvey Keitel). La protection de Russell lui sera d’ailleurs précieuse.

You’re with me.

Les Irlandais s’accrochent, discrètement. Ils sont des gangsters peut-être aussi discrets que les Italiens sont des gangsters dramatiques (cf Le Parrain). Frank ne dit rien, sur quoi que ce soit ou qui que ce soit.

You wanna know if I did it or not?

Non. On ne saura pas. Jamais.

C’est peut-être le secret de sa longévité. Il va ainsi devenir une sorte de pèlerin, témoin de la comédie de son époque.

It’s all a show.

Sans jugement, il navigue dans une société de faux-semblants.

We’re all friends of friends tonight.

Il observe les hommes jouer les victimes et accuser leurs femmes.

She’s the killer. I’m the sweetheart.

Il regarde les ego pousser les uns et les autres à la faute, pour mieux les faire tomber comme des dominos. Ceux qui font des erreurs doivent en assumer le prix du pêcher d’orgueil. Cela vaut également pour Jimmy Hoffa, peut-être l’unique personne que Frank respectait en dehors de Russell. Et pourtant il a fallu se débarrasser de lui aussi. L’ironie du sort voudra que ce soit Frank, son ami, qui lui colle deux balles dans la tête. C’est la vie.

It’s what it is.

al-pacino-the-irishman

C’est comme ça. Au fil des années, la vie désenchante. Ça commence avec le Père Noël dont le fantôme s’est volatilisé depuis des années. On finit tous par réaliser un jour que les champions sont dopés (cf Icarus), que le roi de la pop aime les petits garçons (cf Leaving Neverland) et que les politiques ne sont pas aussi fiables qu’ils le prétendent (cf les marches du pouvoir, la conquête, L’exercice de l’état), à quelques exceptions près encore (cf Invictus, Lincoln). Comme si tout n’était qu’un gros mensonge. C’est ainsi qu’on finit par ne plus regarder le football ou se rendre aux urnes. On regarde le drapeau américain avec tristesse, incapable de croire aux valeurs qu’il est censé incarner.

De toute manière, tout le monde finit par se moquer de tout, par protection. C’est aussi une réalité que Frank découvre avec le temps. La jeune génération ne sait même pas qui était Jimmy Hoffa. Dire que Frank a profondément souffert de la disparition d’une icône que son infirmière ne connaît même pas. Pire, elle s’en moque. Alors franchement, à quoi ça sert?

Nowadays, young people, they don’t know who Jimmy Hoffa was. They don’t have a clue. I mean, maybe they know that he disappeared or something, but that’s about it. But back then, there wasn’t nobody in this country who didn’t know who Jimmy Hoffa was.

On oublie car le temps passe vite.

Forever. It goes fast.

Sauf pour Frank.

Tout le monde part.

Everybody’s dead Mr Sheeran. It’s over.

Sauf Frank.

C’est à la fois sa bénédiction et sa malédiction. L’Irlandais fait avec.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.