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SWIMMING WITH SHARKS

SWIMMING WITH SHARKS

George Huang, 1994

LE COMMENTAIRE

Les conventions sur le lieu de travail ont bien changé par rapport à celles du siècle précédent. Aujourd’hui, plus de mains aux fesses (cf Promotion Canapé, Harcèlement). Plus d’ordres injustifiés, de tâches ingrates, de propos déplacés, ni de clins d’oeil. Peut-être parce que moins d’hommes blancs occupent des postes à responsabilité (cf Working Girl) ? L’environnement professionnel ne s’est pas changé en paradis. Aujourd’hui, on doit composer avec les injonctions contradictoires, le gaslighting et le harcèlement moral.

LE PITCH

Un jeune homme fait son chemin dans le show business.

LE RÉSUMÉ

Guy (Frank Whaley) décroche un job d’assistant chez Keystones Pictures pour travailler auprès de Buddy Ackerman (Kevin Spacey), un producteur tyrannique aux méthodes abusives. On ne s’excuse de rien.

Never apologize. It’s a sign of weakness.

Guy remplace Rex (Benicio del Toro) que Ackerman considère vraiment comme son chien – au delà de son prénom.

Rex… What a name.

Avec Guy, Ackerman met tout de suite les choses au clair.

You ‘thought’? Do me a fucking favor : Shut up, listen, and learn. Look, I know that this is your first day and you don’t really know how things work around here, so I will tell you. You have no brain. No judgement calls are necessary. What you think means nothing, what you feel means nothing. You are here for me, you are here to protect my interests and to serve my needs.

Guy fait du mieux qu’il peut. Ce n’est jamais assez. Le boss pourrit son assistant à la moindre occasion.

You don’t like it here? Leave!

Apparemment, c’est comme ça que ça marche.

Loud and nasty. That’s the only way it sticks.

Dawn Lockard (Michelle Forbes), une productrice, se prend d’affection pour Guy. Tous les deux commencent à se fréquenter. Guy se met à rêver. Il aimerait utiliser sa position pour influencer Ackerman et aider Dawn à faire son film.

Guy tombe de sa chaise le jour où Ackerman le vire. Par ailleurs, il découvre qu’Ackerman entretient une liaison avec Dawn.

Alors Guy s’introduit chez Ackerman et le torture pour se venger (cf Funny Games).

You have to earn it, you have to take it. But first you need to decide what it is you really want.

I want my life back!

What life?

Pendant son supplice, Ackerman explique les règles du jeu à son novice.

This is the only way that you can hope to survive. Because life… is not a movie. Everyone lies. Good guys lose.

Dawn arrive sur les lieux sans savoir que Guy est là. Ackerman révèle qui elle est.

She used to be quite the little fuck towel. Fresh film school grad who fucked her way to the top assistant desk, fucked her way to junior executive, and then fucked her way to the VP.

Dawn supplie Guy de lâcher son arme pendant qu’Ackerman l’incite à l’achever.

You know what you have to do. If you don’t, I have no sympathy for you. (…) Be a man!!

Finalement, Guy tire sur Dawn qui sera accusée d’avoir kidnappé Ackerman. Guy reçoit une promotion. Il est accueilli en héros.

Look who’s the new big man on campus! (…) You pulled the trigger on her man, you were a hero!

Dès qu’Ackerman le sonne, Guy retourne dans le bureau du patron la tête basse.

L’EXPLICATION

Swimming with Sharks, c’est le cynisme qui l’emporte toujours à la fin.

Certain·es aiment à répéter qu’on ne vit pas chez les bisounours. Une expression qui traduit que la vie ne fait pas de cadeau. Tout le monde n’est pas beau, tout le monde n’est pas gentil. On n’est pas entre ami·es. Il faut se battre en permanence pour obtenir ce que l’on veut, en surveillant ses arrières. Jusqu’à tuer celui ou celle d’en face, ce qui est souvent nécessaire (cf There will be Blood). L’alternative n’existe pas.

Way it goes.

C’est dans cet univers impitoyable que Guy vient de mettre les pieds. Il est naïf et idéaliste (cf La Firme). En Californie, il arrive avec des étoiles plein les yeux (cf Mulholland Drive). Pour lui, le cinéma est le petit théâtre des rêves (cf Hollywoodland). Il ne connait pas encore l’envers du décor. Les événements vont se charger de le faire déchanter.

The system dictates that one must first be a slave before you can become a success. (…) This can be a very demanding process. Only a few people have the drive to enjoy the thousands of indignities and hardships that make up the system. Now this drive is motivated by greed, sometimes ambition, sometimes even love.

Il comprend qu’il doit apprendre à nager pour ne pas se noyer, et qu’il est entouré de requins (cf Le Loup de Wall Street). Rex le rassure.

No rules here! (…) Punching below the belt is not only alright, it’s rewarded. (…) Don’t worry, you’ll learn.

Dans une entreprise, la culture est souvent impulsée par la tête. Chez Keystones, Budy Ackerman donne le mauvais exemple avec ses propos masculinistes. En dessous, on se met au diapason.

You gotta be a man to do this job! (…) Avoid women directors. They ovulate.

Ackerman a fait le sale boulot. À présent, il est à la tête de la boite et se permet de reproduire toutes les horreurs qu’on lui a fait subir.

I paid my dues. It’s my turn to be selfish!

Dans ce boulot, ou n’importe quel boulot, il faut être cynique si l’on veut grimper. Car s’en sortir ne suffit pas. En tout cas, il faut vouloir la place et montrer les crocs. Ne penser qu’à sa gueule sans souscrire au discours de l’entreprise sur la collaboration et l’esprit d’équipe. Ce n’est qu’une façade. En vérité, personne ne renvoie l’ascenseur malgré les promesses en l’air et les belles déclarations. Évidemment, il ne faut pas venir pleurer comme une gonzesse non plus.

Au contraire, il faut faire le dos rond jusqu’à provoquer une opportunité de prendre le contrôle (cf Le Parrain). Postuler pour le job du dessus et l’obtenir. Ne pas faire de prisonniers. Et faire trimer les autres.

Things are rough now, but they’ll get better. I promise. If you prove you can manage these tasks, if you work hard now then you’re rewarded. You get to have some fun. Because don’t ever forget, this job is very big on payback.

D’une certaine manière, c’est exactement ce qu’essaie de faire Guy. À bout de nerfs, il finit par kidnapper son patron et compte bien se venger (cf Comment tuer son boss). Il n’a plus rien à perdre. Mais il ne va pas jusqu’au bout. Guy n’a pas de réponse claire à la question la plus importante :

Why do you want this?

Guy ne sait pas. Ce qui veut dire qu’il n’a pas l’étoffe d’un chef. L’esclave ne parvient pas à se rebeller (cf Spartacus). Guy reste le bon con. Dès qu’on le siffle, il rentre à la niche.

I made a commitment.

Guy fait le choix de tuer l’amour pour épargner le cynisme.

Ce monde là n’est clairement pas fait pour lui. Manque de pot, il n’y en a pas d’autre (cf La Ligne Rouge).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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