YOUR NAME
Makoto Shinkai, 2016
LE COMMENTAIRE
Michel Jonasz avait tellement confiance en nos deux noms qu’il pensait suffisant de les écrire sur une pierre et de les lancer au loin pour qu’ils retombent inlassablement de la même manière – et toujours du même côté. C’était romantique. Une jolie façon de parler de cette mystique qui veut que quand deux personnes sont faites l’un pour l’autre, elles finissent nécessairement par se rencontrer.
LE PITCH
Deux adolescents s’échangent leur vie sur fond de fin du monde.
LE RÉSUMÉ
Mitsuha vit avec sa soeur Yotsuha, et sa grand-mère Hitoha dans la petite ville d’Itomori. Sa mère est décédée et son père est parti pour s’occuper de sa carrière politique. Mitsuha s’ennuie ferme et rêve de Tokyo.
J’en ai marre de cette ville, j’en ai marre de ma vie!!
À Tokyo justement, le jeune Taki passe sa vie à dessiner, entre le lycée et le restaurant où il travaille. Il est d’ailleurs tombé amoureux de Miki, une serveuse à qui il n’ose pas déclarer sa flamme. Il aimerait sans doute une vie plus simple.
Après qu’une comète traverse le ciel, les deux adolescents vont passer du rêve à la réalité. Ils s’échangent leur vie au petit matin, jusqu’à trois jours par semaine. Et ils ne se souviennent de rien, si ce n’est que quelqu’un d’autre a pris leur place. Alors ils commencent à communiquer en se laissant des consignes.
Mitsuha dans la peau de Taki, de par sa sensibilité, est parvenue à séduire Miki. Après un rendez-vous manqué où le véritable Taki aura manqué de tact avec Miki, les échanges prennent fin.
Taki se rend à Imori et part à la recherche de Mitsuha sur la base de ses croquis. Sur place, il y apprend une terrible nouvelle : une comète s’est écrasée sur la ville il y a déjà trois ans. L’accident fit 500 victimes, dont Mitsuha. Leurs échanges étaient décalés dans le temps.
Se souvenant d’un rituel qu’il avait vécu dans la peau de Mitsuha, Taki implore les Dieux de le renvoyer à un moment où Mitsuha était encore en vie. Il se rappelle alors que Mitsuha avait essayé de se rendre à Tokyo la veille de la collision dans le but de le rencontrer… et qu’il ne l’avait évidemment pas reconnue. Il ne pouvait pas la reconnaître puisqu’il ne connaissait pas encore son existence. Malgré tout, il avait conservé son ruban avant qu’elle ne disparaisse – qu’il porte encore au poignet.
De nouveau dans la peau de Mitshua, le matin de la collision, Taki mobilise toute la ville pour éviter le pire. Tous les deux se retrouvent au crépuscule, près du cratère, mais n’ont pas le temps d’échanger leur nom avant d’être renvoyés dans leurs époques respectives, oubliant presque tout de ce qui s’est passé.
Huit années ont passé. Taki repense à la catastrophe d’Itomori sans savoir pourquoi. Il ne parvient pas à se débarrasser d’un sentiment de frustration profonde (cf Eternal Sunshine of the Spotless Mind).
C’est comme si je cherchais quelque chose ou quelqu’un.
Mitsuha a rejoint la capitale. Ils se croisent sans prêter attention l’un à l’autre. Puis ils se remarquent dans le métro et sortent à la station suivante. Intimidés, ils n’osent pas se parler dans les escaliers qui les séparent. Taki se lance enfin, original :
On ne se serait pas déjà rencontré ??
Mitsuha n’attendait que cela pour pouvoir lui demander son prénom.
L’EXPLICATION
Your Name, c’est une recette de grand-mère.
La vie a ce petit quelque chose de mystérieux qui en vaut la peine. Lorsqu’on considère la vie dans toute sa contingence, alors on comprend mieux à quel point les rencontres tiennent du miracle (cf The Meaning of Life).
Plutôt que de s’en extasier (cf Tree of Life), on préfère se réfugier dans nos routines. Il est plus facile de se plaindre de son quotidien. Les habitudes, les petites contrariétés, le plan de carrière… Blasé comme si l’on savait tout mieux que tout le monde. Comme si l’on pouvait savoir précisément où les comètes allaient tomber (cf Deep Impact).
On ne s’étonne plus de rien (cf Itinéraire d’un enfant gâté). Sans s’en rendre compte, on devient pénible à mener sa petite vie inintéressante d’une manière qui l’est tout autant. Des selfies à répétition sur les réseaux pour éluder une réalité : on vit réellement de plus en plus isolé les un·es des autres.
Je suis seul parce que je le veux!
Malgré cette omniscience affichée, il reste heureusement quelques questions sans réponse. Taki essaie de se convaincre qu’il ne cherche qu’un travail et a du mal à s’y résoudre. La vie ne peut quand même pas être si monotone. Pourquoi toutes ces étoiles dans le ciel ? Les comètes ? Pourquoi Taki est-il obsédé par Itomori ? Qui est cette fille dans le métro ? Pourquoi ce sentiment de manque ?!?
Hitoha indique la réponse. Parce que la grand-mère sait encore faire quelque chose que nous avons oublier : communier avec la nature. Avant que la religion ne devienne une excuse pour massacrer les indigènes (cf Apocalypto), les Dieux étaient tout simplement des esprits que l’on prêtait aux choses pour donner du sens et enjoliver un peu le réel.
Lier les fils c’est ‘Musubi’, lier les gens c’est ‘Musubi’. Le cours du temps c’est ‘Musubi’. Les tresses que nous fabriquons sont l’art de ce Dieu et représentent le cours du temps lui-même. Elles se rassemblent pour prendre forme, elles se tordent et se mêlent. Parfois elles se cassent ou se séparent mais pour se réunir à nouveau. C’est ‘Musubi’, c’est le temps. Que ce soit l’eau, le riz ou le saké, quand vous ingérez quelque chose, cela se lie à votre âme. Il se crée un lien. ‘Musubi’.
Hitoha ne cherche pas à expliquer l’inexplicable comme si elle travaillait dans un cabinet de conseil. La grand-mère ne fait que souligner la magie oubliée de la vie. De par leurs interactions inopinées, les vies deviennent passionnantes. Cette magie permet de se mettre à la place de l’autre. Elle donne le courage d’entreprendre des voyages vers l’inconnu pour un motif qui échappe à la raison.
Soudainement, ressentir la curiosité de s’intéresser à des événements qui ne font pas de sens a priori. On ne perd plus son temps. Chaque détail compte. Grâce à notre volonté retrouvée, il devient possible de changer le cours des choses (cf Donnie Darko). Parce qu’on a réussi enfin à s’aborder. Comme si l’amour était finalement plus fort que le temps (cf Interstellar).
Hitoha est une Japonaise socratique qui ne sait pas, mais fait deviner.
Un jour peut-être on finira par se rappeler des vertus de l’ancien monde.
LE TRAILER
Cette explication de film n’engage que son auteur.
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