TREE OF LIFE

TREE OF LIFE

Terrence Malick, 2011

LE COMMENTAIRE

Quand l’homme se retrouve face à une version miniature de lui-même, il a une révélation. Il comprend soudain ce qu’il fait sur cette planète. Comme émerveillé par orgueil devant ce qu’il considère comme sa création, son chef d’œuvre, son millésime, sa plus belle année. Puis son bon sens reprend le dessus l’espace d’une seconde, se demandant comment une aussi petite chose peut crier aussi fort et sentir aussi mauvais.

LE PITCH

Un homme s’interroge sur comment recoller les morceaux.

LE RÉSUMÉ

Dans son livre, Job se demande pourquoi Dieu permet que les justes puissent également souffrir.

Where were you when I laid the foundations of the Earth?… When the morning stars sang together, and all the sons of God shouted for joy?

Cette souffrance, Jack O’Brien (Sean Penn) s’en est approché enfant après la noyade d’un de ses copains. Il l’a surtout vécue à travers la mort de son frère alors qu’il n’avait à peine 19 ans. De son côté, sa mère (Jessica Chastain) avait appris la mauvaise nouvelle par télégramme et son père (Brad Pitt) par téléphone.

La mère se rappelle de ses trois garçons, sur fond de rayons de soleil entre deux branches. Elle se souvient de ce que les nonnes lui avaient enseignée:

There are two ways through life – the way of nature and the way of grace. You have to choose which one you’ll follow.

Du haut de l’une des tours de sa grande ville, Jack est tourmenté. Il voudrait s’excuser auprès de son père et repense à son frère…

How did I lose you?

Sa vie est confinée. Il a l’impression d’étouffer entre ces murs. En vérité, la vie est bien plus grande que ces buildings: le big bang, les dinosaures, le système solaire…

Jack repense à ces moments anodins où ils jouaient avec ses frères avant le dîner. Il revoit sa mère. Monte dans la voiture avec son père pour faire le tour du pâté de maisons, tout en crachant sur la bourgeoisie et en maudissant le monde.

The world lives by trickery.

Le père de Jack était un homme autoritaire, objectivement pas très drôle.

Don’t interrupt!

Il aurait rêvé de devenir musicien. Par la suite, il déposa de nombreux brevets pour des inventions inutiles. Sa vie fut marquée par la frustration. Il ne put éviter de perdre son job, avec les disputes qui vont avec.

Jack sous l’influence de son père s’était rebellé contre sa mère, lui reprochant son manque d’autorité. Puis il avait petit à petit perdu son admiration pour la figure paternelle à mesure que son père faisait du charme aux serveuses.

Jack enfonce désormais des portes ouvertes dans le désert. Seul sur une plage, entouré de morts ressuscités. Il a le plaisir d’y retrouver sa famille.

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L’EXPLICATION

The Tree of Life, c’est retrouver le sens des priorités.

L’arbre de vie représente l’immortalité, à la différence de l’arbre de la connaissance qui sépare le bien du mal. Ses branches symbolisent le développement de la vie à l’infini et ses racines témoignent de l’importance d’être ancré. Voilà pourquoi la vie en vaut la peine.

Dans la vie, il existe des priorités qu’on finit par oublier. Un peu parce qu’on est un peu trop auto-centré.

When you’re young it’s all about your career. You don’t understand anything.

Un peu aussi parce qu’on se laisse distraire à la moindre occasion, comme Ulysse par les Sirènes (cf Knock Knock). Soumis à trop de distractions (cf Knight of Cups). Les ragots, les petites contrariétés du quotidien qui font la vie mais qui n’en sont qu’une infime partie.

Même une société qui va plus vite que la musique a besoin d’un entracte. Un petit pas de côté ou en arrière dans un monde qui ne pense qu’à aller en avant. Ce petit pas offre pourtant une autre perspective à toutes celles et ceux qui ont le nez bien trop près de l’écran de leur smartphone. Du haut de sa tour, Jack ne voit rien. Il a besoin de prendre du recul. Réaliser qu’il n’est pas grand chose dans le cosmos, malgré son costard impeccable.

I wanted to be loved because I was great; A big man. I’m nothing. Look at the glory around us; trees, birds. I lived in shame. I dishonored it all, and didn’t notice the glory. I’m a foolish man.

Ce qui ne veut pas dire qu’il doit tout plaquer pour aller vivre dans les bois. Il est possible d’être modéré en toute chose, même si ce précepte hérité de la Sophrosyne n’aura pas souri à Nicolas Hulot en 2011. Ce que Jack réalise est qu’il doit être conscient de la contingence. La dimension ridicule de l’existence. Techniquement, nous devrions pouvoir en profiter, comme l’explique aussi la chanson des Monthy Pythons dans le Sens de la Vie.

Jack se rappelle de son éducation, balancée entre son père et sa mère. Quand il était petit, il pensait naïvement qu’il devait choisir entre les deux.

I’m more like you than her.

Il sait désormais qu’il n’est ni l’un ni l’autre, mais un produit combiné des deux. Il a assimilé l’amour de sa mère.

The only way to be happy is to love. Unless you love, your life will flash by.

De son père, fan de Toscanini, il a gardé le goût de la perfection.

You can’t say ‘I can’t’.

Il s’est construit avec tous ces éléments. Devenant son propre boss, comme le souhaitait son père.

You make yourself what you are.

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Ce qui fait qu’il est homme, se posant des questions. Moins bête que la moyenne. Ce questionnement lui permet de retrouver tout le monde sur la plage. Il fait le pont entre le passé et le futur. Une branche parmi d’autres sur un arbre gigantesque.

Jack réalise aussi que les enfants étaient devenus la raison de vivre de ses parents. Il prend conscience qu’il n’en a pas lui-même. Alors il se dit qu’il a le luxe de pouvoir se moquer de l’horloge biologique, mais qu’il ne faudrait pas trop qu’il traîne quand même!

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

8 commentaires

  • Bonjour Basile,

    Merci infiniment pour votre article sur Tree of life.

    Plusieurs choses coïncident autour de ce film et ma lecture de votre article:

    D’une part, lorsqu’il est sorti, je refusais de le voir, car il semblait mettre le doigt sur une réalité encore douloureuse pour moi. Et au bout de neuf ans – un cycle de vie? -, juste après une forte dispute familiale qui a ravivé la douleur exacte qui m’empêchait de voir le film, je découvre le dvd dans une boîte à livres gratuits… donc je l’ai vu hier soir, guidée par une sorte d’évidence.

    Et pourtant, même si je sentais que le film parlait un peu de moi, de mon histoire, il résistait. Par exemple, c’est stupide, mais je n’ai pas tout de suite compris que c’était un frère de Jack qui était mort. Je pensais que c’était Jack qui était décédé, que tout le film parlait de cet amour inconditionnel de sa mère pour lui, et que le Jack adulte était une sorte de projection de ce qu’il aurait pu être… donc le film était difficile à comprendre à cause de ce malentendu.

    Et finalement, votre article m’éclaire sur l’essentiel à comprendre, sur tout l’aspect mystique, cosmique, naturel… et force est de constater que j’aimerais en faire de même, depuis quelque temps, à travers mon blog aussi. Mais là aussi, il y a résistance. J’ai vu beaucoup de films, j’ai côtoyé des réalisateurs, et j’enseigne moi-même le cinéma en tant que prof de français, mais ce lien direct au sens essentiel d’un film m’attire et me résiste parfois.

    Bonne journée, et bon tournant d’année!
    Raphaëlle

    • Merci Raphaëlle pour ce joli témoignage. À partir du moment où l’on accepte qu’il puisse exister une multitude d’interprétations plutôt qu’une seule explication, alors on découvre la véritable richesse d’oeuvres cinématographiques qui peuvent se lire de milliers de façons différentes. On peut décider alors de l’explication qui fait le plus de sens pour soi, au moment opportun.

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