MISÉRICORDE

MISÉRICORDE

Alain Guiraudie, 2024

LE COMMENTAIRE

La confession est un rituel culpabilisant pour des personnes n’ayant aucun crime à se reprocher. Dans la religion catholique, personne n’est au dessus de tout soupçon. Tout peut donner matière à pêché. Il faut reconnaître sa faute pour chercher l’absolution. Inversement, pour les vrai·es coupables, la confession est du pain béni.

LE PITCH

Un homme essaie de maquiller le meurtre de son ami d’enfance.

LE RÉSUMÉ

Jérémie (Félix Kysyl) retourne à Saint Martial pour assister aux funérailles de Jean-Pierre, son ancien patron artisan boulanger.

Il a consacré sa vie à nous donner du pain.

Martine (Catherine Frot), la veuve de Jean-Pierre, propose à Jérémie de rester à la maison. Ce qui n’est pas du goût de Vincent (Jean-Baptiste Durand), le fils de Martine et ancien camarade d’école de Jérémie.

Tandis que Martin aimerait que Jérémie reprenne la boulangerie, Vincent cherche à le faire partir en l’intimidant à 4h du matin.

Vincent se montre également jaloux de la relation entre Jérémie et Walter (David Ayala).

Tu sais, moi, ça a toujours été compliqué avec les femmes.

Les deux hommes se retrouvent dans la forêt pour se battre. Jérémie assomme Vincent puis le tue en lui fracassant une pierre sur le crâne. Après quoi il enterre le corps au pied d’un arbre. Il stationne la voiture de Vincent sur le parking de la gare de Millau et revient à Saint Martial à pieds au petit matin.

La thèse de la disparition s’effondre très vite. Jérémie était proche de Vincent. Il devient le suspect numéro 1 (cf The Usual Suspects).

L’abbé Philippe Griseul (Jacques Develay) traîne souvent dans la forêt. Il a bien remarqué que quelque chose n’allait pas.

C’est très rare de trouver des morilles en automne…

Un jour, il emmène Jérémie au confessionnal.

J’ai besoin de me confesser.

Pour mieux lui avouer à demi-mots qu’il sait que Jérémie est l’assassin, mais qu’il fera de son mieux pour le protéger. Car il l’aime.

J’ai appris à aimer sans retour.

Jérémie est interrogé par les gendarmes (Sébastien Faglain, Salomé Lopes). L’abbé lui fournit un alibi.

Venez dormir dans mon lit!

Mais euh…

Les gendarmes les surprennent. Jérémie est hors de cause.

On se doutait bien qu’il y avait quelque chose comme ça. Bon… ben on vous souhaite bien du bonheur!

Jérémie retourne dormir chez Martine, cette fois-ci avec Martine – pour son plus grand plaisir.

L’EXPLICATION

Miséricorde, c’est l’Église comme clé de voute d’un monde qui s’effondre.

Si la vie était simple, on pourrait coucher avec n’importe qui, sans engagement, aussi bien avec les hommes qu’avec les femmes – sans crainte du jugement.

À Saint Martial, Jérémie est l’électron libre. Son attitude intrigue. Il ne semble pas se prendre la tête. Par conséquent, tout le monde le convoite. Sachant qu’il ne se met aucune barrière lui-même.

Qu’est ce qui te fait penser que je suis PD ?

J’ai pas besoin de penser que tu l’es pour avoir envie de toi…

Dans un monde parfaitement fluide, chacun·e pourrait trouver le bonheur. Les problèmes éventuels se règleraient gentiment autour d’un pastis.

Bon, tu montes boire un coup ?

Oui mais voilà, ce n’est pas si simple.

Parce que l’égoïsme est partout, et que les valeurs d’ouverture et de tolérance s’effritent.

Les gens, ils s’en foutent.

On a une peur naturelle de l’étranger. La présence de Jérémie suscite la curiosité, autant qu’elle inquiète.

Vous allez rester longtemps parmi nous…?

Tout cela s’explique par des désirs paradoxaux mal assumés qui peuvent faire perdre la tête. Vincent est celui par lequel le drame arrive. Il est amoureux de Jérémie, bien que marié et père de famille. Incapable d’accepter ses propres sentiments et encore moins la tendresse que sa mère éprouve envers Jérémie, il vit d’autant plus mal le rapport que Jérémie entretient avec Walter. Alors il devient jaloux et violent (cf L’Enfer).

Ils l’aiment tous ce connard!

Cela le conduit à menacer Jérémie. Vincent veut carrément le chasser du village (cf Highlander), alors que Jérémie s’y sent bien. Ce radicalisme est l’origine de la dispute.

L’abbé a beau s’employer pour que la communauté parvienne à vivre ensemble. Rien n’est évident, même à Saint Martial.

Nous avons tellement besoin d’amour!

L’Église tente péniblement de maintenir un équilibre précaire, sans parvenir à empêcher le crime (cf Minority Report). Jérémie n’a pas de mauvaises intentions a priori, mais il est poussé à bout par Vincent et finit par le tuer. Il devient donc un criminel et doit mentir pour ne pas aller en prison. Son quotidien devient insupportable. L’abbé le sait.

Vous ne pourrez pas toujours vivre avec ce secret. (…) Ça doit être épuisant de vivre constamment avec la peur de faire une erreur.

L’Église n’a pas su contenir les ardeurs de Vincent et prévenir le drame. Alors elle essaie de réparer les pots cassés, en s’appuyant sur la reconnaissance des petits secrets des un·es et des autres.

Chacun a droit à une vie privée.

La miséricorde devient une manière de trouver une solution non-punitive pour maintenir la paix sociale et ne pas sombrer dans la barbarie. On pardonne à Jérémie. Après quoi, la confession permet de laver tout le monde de ses vilains pêchés et de continuer à vivre en paix avec sa conscience.

Comment je vais pouvoir vivre avec ça sur la conscience ?

Vous regrettez ?

Ben oui quand même.

Si la peine de mort pouvait faire revenir Vincent, l’accepteriez-vous ?

Non.

Vous arrivez donc à vous arranger avec votre conscience…

Jérémie noue un pacte bien pratique avec l’abbé. En échange de liberté, l’Église demande à ses fidèles de s’aimer les uns les autres. Ce qui n’est pas vraiment naturel, même pour Jérémie.

Je peux pas rester près de vous toute ma vie…

Vous apprendrez à m’aimer. (…) Je demande pas la lune. Allez, vous pouvez bien continuer à vivre un peu pour moi ?

L’Église devient complice du crime. Tout a été soigneusement nettoyé. Le plan de l’abbé a fonctionné. Vincent a été exhumé puis enterré à nouveau au cimetière, où personne ne viendra bizarrement le chercher.

On n’en parle plus. Les vautours de la gendarmerie s’en vont. Personne ne viendra chercher des poux à Walter. Quant à Jérémie, il peut retourner vivre chez Martine.

Tout marche comme sur des roulettes.

Il reprendra sûrement la boulangerie et les habitant·es seront bien content·es de ne plus avoir à faire 15km pour chercher leur baguette. Ainsi soit-il.

LE TRAILER

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