BLINK TWICE

BLINK TWICE

Zoë Kravitz, 2024

LE COMMENTAIRE

Ouais… c’est super de faire la fête (cf Projet X, le Sens de la Fête). Surtout par ces temps moroses où l’on a l’impression de se prendre une carotte permanente, tout en sachant qu’il ne faut pas se plaindre parce que cela pourrait être pire. Rien de tel que de picoler pour faire passer la pilule amère, en croisant les doigts pour ne pas avoir trop mal partout le lendemain. Mal à la tête, ou mal aux fesses.

LE PITCH

Les invitées d’un philanthrope retrouvent la mémoire.

LE RÉSUMÉ

Frida (Naomi Ackie) sert des cocktails à une soirée donnée par Slater King (Channing Tatum) (cf Gatsby le Magnifique) un magnat de la tech repenti.

I’m just trying to do better.

Frida a la chance de se faire repérer par le maître de cérémonie, ce qui lui vaut le privilège d’être invitée sur l’île de Slater King en compagnie de son amie Jess (Alia Shawkat) (cf Fyre Fraud). Sur place, les deux femmes retrouvent d’autres happy few parmi lesquelles Sarah (Adria Arjona), Camilla (Liz Caribel) et Heather (Trew Mullen).

Les smartphones sont confisqués à l’arrivée, ce qui ne semble poser de problème à personne tellement les conditions sont paradisiaques. Chaque invitée est nourrie, blanchie, logée, habillée, parfumée – abusée.

I think I’ll survive.

Quelques amis mâles de King sont également là : Vic (Christian Slater), Cody (Simon Rex), Tom (Haley Joel Osment) et Lucas (Levon Hawke).

Tout le monde s’amuse jusqu’à en oublier la notion du temps.

… What day is it?

Presque trop beau pour être vrai. Frida a un mauvais pressentiment.

Something wrong is about to happen.

Un soir, Jess se fait mordre par un serpent. Rien de grave. Le lendemain, elle a disparu. Frida s’inquiète d’autant plus que les autres semblent avoir carrément oublié Jess.

Who…?

La femme de maison (María Elena Olivares) fait boire du venin de serpent à Frida grâce auquel la jeune femme commence à retrouver la mémoire. Elle se souvient avoir été violée, à plusieurs reprises. Ce qui expliquerait ses ecchymoses.

It’s not what I thought it was gonna be…

Le réveil est douloureux.

Jess s’est souvenue de tout également, c’est pourquoi Slater s’est débarrassée d’elle.

Frida et Sarah s’allient et font boire du venin de serpent aux autres, dans l’espoir de mener la fronde (cf Spartacus). Les esclaves sexuelles retrouvent soudainement leurs esprits et se vengent de leurs tortionnaires, un par un.

Frida et Slater sont les seuls rescapés du carnage. Elle parvient à le droguer pour mieux l’asservir.

What the fuck happened!?

Frida prend la tête de l’empire de son nouveau compagnon. Lors d’un gala, elle en profite pour faire arrêter Rich (Kyle MacLachlan), le psy de Slater King qui a cautionné toute cette horreur. À présent, c’est elle la reine du bal.

 

L’EXPLICATION

Blink Twice, c’est quoi la suite ?

Si l’on part du postulat que les mâles alpha sont des porcs qui vivent confortablement et exploitent leur position dominante pour mieux cacher leur jeu afin d’exploiter les femmes (cf Harvey Weinstein), alors forcément les femmes n’ont pas d’autre option que de se retrouver piégées dans le rôle de la victime.

C’est le cas de Slater King dont la fortune et la plastique avantageuse font saliver beaucoup de prétendantes comme Frida. Pour elle et bien d’autres, être considérée par cet homme serait comme gagner à la loterie. Après tout, il ne s’appelle pas King pour rien.

En plus, Slater King donne l’impression de ne pas être le premier connard venu car il semble avoir dépassé sa célébrité.

I’m not expecting anything from anyone. It’s just not the society we live in.

Il fait une thérapie avec Rich.

Therapy changed my life.

Méfiance…

Pendant que les hommes vivent de leurs rentes, les femmes servent à boire en rêvant des Maldives.

I need a fucking vacation!

Leur situation est précaire, ce qui renforce leur fragilité et leur dépendance au mâle.

I’m just scared of being alone.

Les femmes sont perdues parce que les hommes les maintiennent en laisse.

Do you know where we re supposed to go?

Ce sont bien les hommes qui décident de la liberté des femmes. Frida demande la permission. Slater la donne, sans la donner.

When are we leaving?

Whenever you want…

That’s not an answer.

Secrètement, Frida rêverait de pouvoir sortir de sa condition pour vivre la vie de Slater King. S’affranchir. Être calife à la place du calife… Une ambition cultivée de génération en génération puisque comme le lui répétait sa mère :

Success is the best revenge.

Tandis que les hommes sont amnésiques par nature, c’est bien connu (cf Memento). Ce qui est bien pratique. Ils cultivent l’oubli pour mieux effacer leurs crimes.

I’m just saying, there’s a version of this where we’re all having a good time. (…) Forgetting is a gift.

Ils enivrent les femmes et les couvrent de ce qu’ils leur font croire qu’elles attendent : du parfum, des bijoux, de l’alcool, une piscine… Et l’affaire est dans le sac. Ce qui permet aux hommes d’abuser tranquillement de leurs invitées chaque soir, comme si de rien n’était. À la manière de ce·s monstre·s qui drogue·ent des femmes pour les donner en pâture à des violeurs.

Having a good time?

Les femmes n’ont pourtant rien des créatures passives que ces hommes ont voulu faire d’elles. Au contraire, ce sont des combattantes. Sarah est une survivante.

I did what I had to do.

Certes, quelques femmes sont des suiveuses et s’accommodent très bien d’une vie supposément facile, au prix de soirées de torture qu’elles préfèrent oublier (cf Elle l’adore), comme Stacy (Geena Davis).

I didn’t want to remember!!

Cependant, la grande majorité des femmes ne peuvent pas supporter cette situation. Les femmes sont loin d’être aussi superficielles qu’elles en donnent l’air – par la faute des hommes (cf Brainwashed). Elles ouvrent toujours les yeux sur ce qui se passe.

They’re trying to control us! (…) This place sucks!

Elles comprennent qu’elles ne sont pas au paradis, loin de là.

Lucides et solidaires, les femmes vont se liguer contre ces hommes malfaisants pour prendre une revanche sanglante (cf Boulevard de la Mort). Elles font le grand ménage comme dans un final du Parrain. Et parce qu’elles sont malicieuses, elles prennent la place – plutôt que de repartir de la case départ.

Les hommes sont morts. Le gourou est à sa place, à la niche (cf Mon Roi). Et le psy qui légitimait toute l’opération est mis hors d’état de nuire. Frida a surmonté son traumatisme pour prendre les commandes (cf Ex Machina, Working Girl).

Maintenant qu’elle s’est vengée, on est bien avancé.

La question est désormais de savoir ce qu’elle va faire.

Personne ne le sait.

Les yeux sont rivés sur elle. La pression est énorme.

Va-t-elle creuser le déficit en continuant de faire n’importe quoi comme les hommes avant elles (cf Pire soirée), ou s’attaquer aux sujets de fonds comme l’accès aux services publics ? Comment va-t-elle aborder les questions de sécurité ? Quelle sera sa position vis à vis de Bruxelles ? Sans parler du défi climatique…

Ce sera la surprise (cf Barbie).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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3 commentaires

  • Merci pour cette analyse très détaillée.

    En revoyant la fin, je me permets toutefois de suggérer une lecture alternative — ou plutôt complémentaire — fondée principalement sur la mise en scène et le montage.

    Il me semble que le film entretient volontairement une ambiguïté sur le sort de Sarah : on ne voit jamais Frida, Sarah et Slater réunis dans un même plan, et la scène du jardin fonctionne davantage comme une substitution que comme une continuité narrative. La sortie de champ de Sarah, le dialogue très elliptique (« Tu sais ce que tu fais ? » / « Je savais que j’avais oublié quelque chose »), puis le fondu enchaîné vers Frida seule avec Slater peuvent aussi se lire comme l’abandon — voire la disparition hors champ — de la figure morale qu’incarnait Sarah, sacrifiée par Frida afin d’accéder au pouvoir sans témoin ni contrepoids éthique.

    D’une certaine manière, votre analyse acte déjà que Frida et Slater sont les seuls survivants fonctionnels du dernier acte, mais il me semble que cette solitude n’est pas neutre : elle constitue précisément le prix du pouvoir. Dans cette perspective, la fin ne serait pas une victoire collective différée, mais l’aboutissement d’un choix lucide et solitaire, au prix d’un sacrifice moral assumé.

    Dans cette lecture, la sororité et le discours féministe ne sont pas niés, mais requalifiés : ils apparaissent comme des leviers de mobilisation indispensables pour renverser un ordre injuste, mais qui — comme dans de nombreuses révolutions — peuvent ensuite être instrumentalisés par certains individus pour en capter l’issue et accéder au pouvoir de manière solitaire. Ce déplacement rend le propos étonnamment universel : le film ne parle plus seulement des rapports hommes/femmes, mais de la manière dont toute cause morale peut être utilisée, puis dévoyée, au moment de la prise de pouvoir.

    Quoi qu’il en soit, le film gagne précisément à susciter ce type de lectures divergentes, preuve qu’il ne se laisse pas enfermer dans une interprétation unique.

    • Merci Marty. Exactement! Vous apportez un autre degré de lecture intéressant qui concerne les changements de régime, ou des changements de paradigmes.

      Si je comprends bien votre commentaire, vous questionnez ce que va être la posture de Frida. Elle semble avoir pris la place de Slater. Va-t-elle se comporter comme lui et reproduire les mêmes schémas en passant de victime à tortionnaire ?
      Dans la Loi d’Airain de l’Oligarchie, Robert Michels illustre que tout pouvoir réinstalle une forme de régime analogue. La révolution ne serait rien d’autre qu’une rotation à 360° qui occupe le temps avant de revenir au point d’origine. Seuls les visages ont changé.

      Certains films suggèrent cependant qu’il est possible d’envisager des renversements, sans pour autant reproduire les défauts précédents comme Working Girl ou Retour vers le Futur.

  • Merci pour votre réponse et pour la référence à Michels, qui me paraît en effet très éclairante sur la dynamique générale du pouvoir.

    Si je me permets de préciser mon propos, il me semble toutefois que le film va encore un cran plus loin qu’une simple reproduction des schémas antérieurs. Dans cette lecture, Frida ne se contente pas de prendre la place de Slater : elle se révèle, au moment décisif, moralement plus inquiétante que lui.

    Slater apparaît comme un bourreau « structurel », produit et protégé par un système qu’il incarne. Frida, au contraire, se présente d’abord comme une victime, en appel à la solidarité entre femmes. Or, lorsque le choix décisif se présente, elle épargne Slater — pourtant à sa merci — et sacrifie Sarah, qui avait incarné jusqu’au bout la résistance et était venue à son secours. Ce renversement me paraît central.

    En revoyant le film, on peut d’ailleurs relever que cette issue n’est pas totalement imprévisible : dès le départ, Frida manifeste une fascination pour Slater et son mode de vie, décourage Jess lorsqu’elle souhaite quitter l’île, se sent menacée par l’intérêt de Slater pour Sarah, puis épargne Slater lorsqu’elle a le pouvoir de l’éliminer, couteau en main. On découvre également qu’elle est déjà venue sur l’île auparavant et que Slater semble éprouver pour elle une forme d’admiration ambiguë (« cette fois-ci, tu t’es surpassée »), ce qui jette une lumière troublante sur leur relation. Lors du dernier repas, elle hésite d’ailleurs avant de répondre à la déclaration de foi de Sarah en la solidarité féminine, comme si le choix était déjà en train de se dessiner.

    Dans cette perspective, le film ne pose pas seulement la question de la rotation des élites ou de la reproduction des régimes, mais celle d’une figure qui instrumentalise un discours moral et une cause juste pour accéder au pouvoir, quitte à sacrifier ceux qui l’ont rendue possible. C’est ce qui fait, à mon sens, la grande noirceur — et la force — du film en tant que véritable horreur psychologique, presque au sens d’un conte cruel à la Barbe-Bleue.

    Cette lecture rend peut-être le film moins « consolant », mais aussi plus dérangeant et, paradoxalement, plus universel.

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