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LE SAMOURAÏ

LE SAMOURAÏ

Jean-Pierre Melville, 1967

LE COMMENTAIRE

Les vieux cons, que l’on qualifie désormais de réactionnaires, ne se retrouvent plus dans la société moderne (cf No Country for Old Men). Ils regrettent le temps jadis. Celui où les gangsters avaient encore un peu de style avec leurs imperméables et leurs chapeaux. Un monde dans lequel on respectait le code d’honneur du samouraï. Alors qu’aujourd’hui, le mot samouraï rime avec une sauce qu’on utilise dans les kebabs.

LE PITCH

Un tueur à gages se retrouve dans la ligne de mire.

LE RÉSUMÉ

Jef Costello (Alain Delon) est engagé pour un contrat. Il doit tuer le patron du Martey.

Le tueur se prépare méticuleusement. Il vole une voiture dont il fait changer la plaque d’immatriculation puis se fait remettre un revolver. Jane Lagrange (Nathalie Delon), sa maîtresse, lui servira d’alibi jusqu’à 1h45 du matin. Après quoi, Jef rejoint des joueurs de cartes dans un hôtel parisien.

Entre temps, il s’arrête au Martey pour s’occuper du patron.

Que voulez-vous ?

Vous tuer.

Au moins, les choses sont claires.

En quittant les lieux, il croise Valérie (Cathy Rosier), la pianiste. D’autres personnes le remarquent également.

La police ne traine pas. Le commissaire (François Périer) ordonne à tous les bureaux de lui trouver 400 suspects dans la nuit.

Costello est arrêté. Certains témoins croient le reconnaître (cf The Usual Suspects). Le commissaire pense tenir son homme (cf Garde à Vue). Cependant, Jane confirme que Costello était avec lui et Valérie l’innocente.

Pour moi, il n’y a pas l’ombre d’un doute : ce n’est pas lui.

Costello repart libre. Au moment de recevoir la somme d’argent promise, il est blessé par un homme de main (Jacques Leroy). Sachant que Costello est surveillé par la police, il semble que le commanditaire (Jean-Pierre Posier) préfère se débarrasser de lui.

Costello sait que la police l’a mis sur écoute et le suit à la trace. Le tueur mène l’enquête afin de savoir qui veut sa peau. Il retourne au Martey.

On dirait que l’assassin revient sur les lieux du crime…

Costello a besoin de questionner Valérie car il ne comprend pas pourquoi elle l’a innocenté.

À son appartement, l’homme de main l’attend. Le commanditaire a changé d’avis et veut payer Costello, puis lui proposer une nouvelle mission.

Costello refuse et neutralise l’homme de main. Il retrouve le commanditaire qui se trouve être l’amant de Valérie. Costello l’abat.

Le tueur retourne au Martey pour confronter Valérie. Il la menace d’une arme. Valérie lui dit de ne pas rester là, car le bar est truffé de policiers.

Costello est abattu.

Vous l’avez échappé belle. Sans nous, c’est vous qui seriez morte!

Le commissaire donne tort à ses hommes, car le barillet du pistolet de Costello était vide.

L’EXPLICATION

Le Samouraï, c’était une certaine idée du gangsterisme.

Les plus conservateurs ont tendance à regarder derrière eux. Ils crient au grand remplacement et s’alarment que tout se perd. Ce n’est pas complètement vrai. La société fait de nombreux progrès dans beaucoup de domaines. Franchement, qui aurait envie de revenir à l’époque où l’on ne pouvait pas soigner les sinusites avec de l’amoxyciline (cf The Revenant)? Doit-on restaurer la France du saucisson ? Les femmes regrettent-elles l’époque de la promotion canapé, ou de Harvey Weinstein ? Qui voudrait retourner déjeuner dans les restaurants enfumés de Claude Sautet ? Personne!

Cependant, ce n’est pas complètement faux non plus. Il faut aussi reconnaître que certaines choses se perdent, comme la chevalerie. Fut un temps, cela comptait.

Quelle sorte d’homme êtes-vous ?

Il fut effectivement une époque où les chevaliers suivaient un certain code de conduite : ils étaient humbles et respectaient leur parole. Droits dans leurs bottes, ils avaient aussi un certain sens du sacrifice. Quelques principes que l’on retrouvait aussi dans le bushidō, dans la culture japonaise. Les samouraïs pouvaient mettre leur vie en jeu pour des questions d’honneur ou de principe.

De ce point de vue, Jef Costello aurait pu être un samouraï – bien qu’il ne soit pas japonais. On ne sait pas s’il mange des sushis. En tout cas, il est plutôt solitaire – en dépit de sa relation avec Jane (cf Léon).

Costello est plutôt sûr de lui. Pas dans la prétention, il est plutôt objectif.

Je ne perds jamais, jamais vraiment.

Certes, il se sert de Jane pour son alibi. Néanmoins, il prend soin de ne pas lui causer le moindre problème.

Je n’ai jamais eu d’ennui à cause de toi.

Costello n’est pas du genre à se cacher, ou à prétendre qu’il est quelqu’un qu’il n’est pas.

Je n’ai jamais porté la moustache.

Arrêté par la police, il passe son interrogatoire avec beaucoup de sérénité. S’il venait à se faire prendre, il ne chercherait sans doute pas à s’enfuir.

Après que Valérie l’innocente, il la remercie. Classe.

Merci mademoiselle.

C’est la moindre des choses.

Il demande au commissaire la permission de quitter les lieux, toujours dans le respect le plus strict des conventions.

Je peux m’en aller ?

Hélas…

Bien qu’il soit un mercenaire, Costello préfère refuser le nouveau contrat proposé par son commanditaire qui a essayé de le faire flinguer. Plutôt que d’encaisser le pognon, Costello se conduit comme un travailleur intermittent qui couperait la tête de son patron sous prétexte que ce dernier lui a fait du mal. C’est respectable.

Alors que de son côté, le commissaire est un homme aigri. Le fonctionnaire veut faire son chiffre. Pour cela, il n’hésite pas à mobiliser la police parisienne toute une nuit pour arrêter un seul homme. Le commissaire n’a aucun scrupule. Il utilise des méthodes sournoises, en planquant un micro dans l’appartement de Costello. Pire, il abuse de sa position d’autorité pour faire pression sur Jane afin qu’elle change sa déposition, en utilisant la méthode du gas lighting. C’est dégueulasse.

La vérité n’est pas ce que vous dites. C’est ce que je dis moi.

 

Le commissaire est un salaud, aux antipodes du gangster qu’il pourchasse. Il ne peut d’ailleurs pas le comprendre.

Qu’est-ce que vous pensez de Costello ?

Je ne pense jamais.

Au Martey, il est surpris de constater que le pistolet de Costello n’était pas chargé.

Son équipe vient peut-être d’abattre le dernier samouraï.

C’est fini.

Aujourd’hui, on a droit à des politiques qui affirment que le vote des Français les obligent mais qui refusent le résultat des urnes. Des hommes d’état qui tombent de leurs armoires au moindre soupçon. Ou des sportifs obsédés par leurs stats, qui accusent les autres de ne pas être au niveau plutôt que de prendre leurs responsabilités. Il n’y a plus d’héroïsme et cela n’empêche apparemment personne de se regarder dans une glace. En même temps, est-ce si surprenant quand on voit qui est mis·e à l’honneur de nos jours ? La société a peut-être les samouraïs qu’elle mérite.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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