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DIS MOI OUI DIS MOI NON

DIS MOI OUI, DIS MOI NON

Noémie Lvovsky, 1989

LE COMMENTAIRE

On dit du mariage qu’il est un engagement difficile car il faut tenir dans la durée (cf Le Chat) et qu’il faut aussi se lancer. Pour se jeter à l’eau (cf Titanic), il faut commencer par sortir de la salle de bains. Avant de se dire ‘oui’, il faut s’être dit ‘non’.

LE PITCH

Des Parisien·nes se prennent la tête entre deux portes.

LE RÉSUMÉ

Laurent (Nicolas Briançon) et Cécile (Valeria Bruni-Tedeschi) sont ensemble. Tout se bouscule. Ils doivent prendre une décision pour la suite. Cécile tergiverse.

Je suis nommé à Grenoble.

Marine m’a dit…

La discussion commence mal.

Je donne ma réponse lundi. Tu viens avec moi ?

Qu’est-ce que tu vas dire ?

Ben dis moi toi!

Non. Toi, dis moi.

Si tu viens, je dis oui, si tu viens pas, je dis non. Tu viens avec moi ?

… Je sais pas.

Si Cécile hésite, c’est parce qu’elle voit aussi Frédéric (Emmanuel Salinger). Pas le Frédéric de Marie (Emmenualle Devos), un autre.

En fait Cécile voit le Frédéric de Marie, mais lui dit de ne pas lui dire.

Qu’est-ce que vous avez dit ?

On n’a rien dit.

Elle a parlé de moi ?

Non. Si. Elle a dit Frédéric, mais elle parlait pas de toi. C’est moi.

Tu lui as dit ?

Non je lui ai pas dit. Tu lui dis pas hein ?

Frédéric dit à Marie qu’il ne veut plus la voir. Ce qui ne devrait pas poser de problème car Marie est avec Stéphane.

On se voit plus, j’en ai marre.

C’est tout ?

Tu veux pas qu’on se voit ?

Non. C’est tout ?

Non. Je suis avec Cécile. T’es avec Stéphane. On se voit jamais. Je peux pas continuer à me dire que je suis avec toi.

C’est vrai. Même si de toute évidence, Frédéric ne semble pas savoir que Cécile est aussi avec Laurent. Ou peut-être le sait-il sans le dire, et cela ne lui pose pas de problème. En attendant, Cécile met les choses au clair avec Marie. En tout cas, elle essaie.

Le dis pas à Stéphane pour moi et Frédéric. J’avais peur qu’il s’en doute. Maintenant il croit que c’est toi qui est avec lui. Ça m’arrange.

Moi ça m’arrange pas. Justement je voulais te dire de pas le dire à Stéphane pour moi et Frédéric. Je veux pas qu’il le dise à Laurent.

Il vous a vus!

Laurent ?

Stéphane!

Il t’a dit ça ?

Oui.

Ben c’est pas vrai.

Cécile a du mal à ne plus voir Frédéric qui maintient qu’il est encore avec Marie.

Je suis avec elle.

Tu peux pas dire ça, elle est avec Stéphane.

Mais moi je suis avec elle.

Elle, elle est avec lui, pas avec toi.

Moi je suis avec elle, pas avec toi.

Pourquoi tu dis ça ? Tu es avec moi.

Bon d’accord. On va chez moi.

Non, on va pas chez toi.

Laurent relance Cécile. Il insiste alors qu’elle est toujours indécise. On peut la comprendre.

Je donne ma réponse demain pour Grenoble.

T’y vas ou t’y vas pas ?

Et toi ?

Cécile demande conseil à Marie.

Qu’est-ce que tu crois ?

Quoi ?

Pour Grenoble.

Vas-y.

Tu crois ?

Marie finit par comprendre que Cécile est avec son Frédéric. Ce qui l’ennuie sur le principe, même si elle est avec Stéphane par ailleurs.

Tu vas pas rester pour un mec qui est avec une autre fille!

Il est pas avec une autre fille.

Tu m’as dit qu’il avait dit ça.

Il a pas dit ça.

Alors qu’est-ce qu’il a dit ?

Il a dit… En fait il a pris ma main il a dit : ta main c’est la mienne. Et la mienne, c’est la sienne. En fait la mienne, c’était la sienne. Et la sienne, celle de l’autre fille. Là on dit que la mienne, c’est la sienne, donc celle de l’autre fille. Et la tienne c’est la mienne donc la sienne, celle de mon Frédéric.

Tu dis rien, tu dis n’importe quoi, tu dis la moitié des choses, tu dis pas que la fille c’est moi et que tu sors avec mon Frédéric! C’est pour ça que tu veux rester à Paris…

Tout devient trop compliqué pour Cécile qui préfère arrêter les frais avec Frédéric. Il ne sait rien passé.

Tu veux plus être avec moi. Dis pas que t’as pas été avec moi.

J’ai pas été avec toi.

D’accord t’as pas été avec moi. J’ai pas été avec toi. D’accord.

Pour autant, Cécile n’arrive toujours pas à être avec Laurent.

Je veux pas que tu ailles à Grenoble.

J’peux pas, j’ai donné ma réponse, j’y vais.

Tu disais que tu voulais être avec moi!!

Viens avec moi! Tu veux pas ?

Je sais pas.

Tu sais pas ?

Non.

Quoi ?

Non, je sais pas!

Bon alors tu t’en vas.

C’est toi qui t’en vas.

Techniquement, Cécile n’a pas tort.

C’est toi qui veux pas, c’est toi qui t’en vas.

Laurent n’a pas tort non plus.

Cécile aime avoir le dernier mot. Elle apporte une précision.

C’est toi qui veux pas.

Laurent finit par craquer.

C’est ça, c’est moi qui veux pas.

L’EXPLICATION

Dis moi oui, dis moi non, c’est parler pour ne rien dire.

La vie n’est pas si compliquée. On peut toujours réduire la fraction. En faisant cet exercice, on s’aperçoit néanmoins que le dénominateur commun est chiant comme la pluie. Donc finalement, cela arrange tout le monde que les choses soient compliquées. On occupe le vide avec du vide grâce à des techniques imparables comme éviter de répondre à une question.

Tu veux que je reste, tu veux qu’on arrête, tu veux quoi, tu dis rien, tu veux toujours tout dire et tu dis rien quand il faut dire quelque chose!

On peut se renvoyer la balle

Fais ce que tu veux…

On peut repartir des faits pour mieux nier. Le désaccord n’est pas une impasse, il s’apparente plutôt à un rond-point infini.

Je veux être avec toi, je veux que tu viennes avec moi à Grenoble et toi tu veux pas.

Mais si!

Non.

Si!

Si quelqu’un prend une sortie, on peut toujours tout remettre en question. Rien de tel qu’une bonne réponse de normand. Vive le doute! Merci Descartes.

Tu viens avec moi ?

Non. Je sais pas.

Et le manège repart pour un tour…

Ben tu vois, tu veux pas.

Arrête!

C’est ça, j’arrête.

On arrête, c’est ça ?

Oui c’est ça, on arrête.

Laurent veut être sûr.

C’est ce que tu veux ?

Mais on ne prend pas Cécile au piège comme cela…

C’est ce que tu veux toi.

Non, c’est pas ce que je veux.

Si c’est ce que tu veux. Tu le dis, pas mais c’est ce que tu veux.

J’ai pas dit ça!

Se détacher des faits permet de rentrer dans l’interprétation. Ainsi, la discussion est à nouveau sans fin. C’est pratique.

À Paris, on adore nager dans le flou artistique. Cecile et Marie ne se retrouvent pas à la piscine par hasard.

Jankélévitch a théorisé ce jeu impalpable par le je ne sais quoi, et le presque-rien. On ne sait jamais sur quel pied danser. L’héritage de la Nouvelle Vague (cf Un Homme et une Femme) permet aussi aux portes de rester constamment entre-ouvertes.

Bon moi j’y vais là.

Là, maintenant là ?

Ben oui, non ?

C’est un jeu aussi exigeant qu’inintéressant, mais totalement nécessaire.

T’en n’a pas marre de ces histoires ?

Si. Mais je me dis que ce qu’on fait, tout le monde le sait. Tout le monde le fait. Non, tout le monde le fait pas avec tout le monde. Il faut juste pas le dire à ceux qui doivent pas le savoir. S’ils le savent pas, ça existe pas.

Il faut continuer de tourner en rond et parler pour ne rien dire (cf Les Choses qu’on dit, les Choses qu’on fait, Le Genou de Claire, Conte d’été). C’est parfait. La musique ne doit surtout pas s’arrêter. Parce que tout n’a pas besoin de faire du sens et les réponses portent avec elles l’ennui (cf Ne le dis à Personne). On n’est pas là pour répondre à un problème. Au contraire, on est là pour en trouver.

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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