VERTIGE DE L’AMOUR

VERTIGE DE L’AMOUR

Laetitia Masson, 1994

LE COMMENTAIRE

L’Amour est censé être un truc sympa : un coeur qui bat, une connexion inexplicable… Ce désir fou que rien ne chasse. Une émotion qui rend la vie plus passionnante. Alors pourquoi l’Amour est-il si compliqué à vivre (cf Love)? Parce qu’en France, les histoires finissent mal ? Ne peut-on quand même pas en profiter, ne serait-ce qu’un tout petit peu ? Faut-il vraiment que l’Amour donne le vertige, à vouloir se découper ?

LE PITCH

Un garçon et une fille s’apprêtent à le faire.

LE RÉSUMÉ

Une jeune femme (Estelle Perron) se rend en soirée. Elle a une target (Christophe Loir). Une pression insidieuse entoure ce moment qui devrait pourtant être insouciant.

Ce soir ou jamais.

La jeune femme se récite dans sa tête un poème, comme pourrait le faire une actrice du cours Florent (cf Les Amandiers).

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse, la honte, les remords, les sanglots, les ennuis, et les vagues terreurs…

Des hésitations parasitent la poésie de l’instant. La jeune femme doute.

Non. C’est trop tôt. Non. C’est pas trop tôt.

Portée par la musique, elle entame son rituel de séduction. Le jeune homme se place dans son orbite. Les regards s’échangent. Un rapprochement… Une danse… Quelques mots susurrés à l’oreille. Premiers baisers. Ça ne s’oublie pas quand c’est la première fois.

Heureusement, on n’est pas dans un feuilleton d’AB Production. Ce qui veut dire qu’il va falloir à la caisse.

Les doutes se font alors plus pressants. La jeune femme se fait les questions et les réponses dans sa tête.

Est-ce…? Tu crois pas que…? Dis-le. Non, pas encore. Si. Maintenant. Après, ce sera trop tard. Non. C’est con.

Tous les deux sont désormais seuls. Ils veulent la même chose, mais peut-être pas de la même manière. Finalement, elle ose casser la dynamique pour lui poser la question essentielle.

… T’as pas des capotes ?

Il n’est pas sur la même longueur d’ondes.

Je te promets ça va être moins bien.

Alors elle s’arrête et allume la lumière. Les conditions ne sont pas réunies. Il ne comprend pas, puisque c’est un chevalier sans reproche.

Toi t’as pas peur ?

Si je suis là, c’est que j’ai pas peur.

Elle n’est pas convaincue. En tout cas, pas comme ça.

Il s’interroge.

Devant l’incompréhension de son partenaire, elle est bien obligée de mettre les choses au clair. Explication de texte.

Qu’est-ce que t’en sais de l’Amour ? Pour l’instant c’est que du cul. Si c’était de l’Amour, on se foutrait de tout – même du plastique.

Puis elle quitte les lieux. Il la suit, car le quartier n’est pas sûr à cette heure avancée de la nuit et qu’il reste un chevalier. Elle pourrait faire une mauvaise rencontre (cf Irréversible).

Finalement, il consent à la requête de sa partenaire.

Qu’est-ce tu fais ? Arrête! T’es vraiment chiante comme fille hein… Allez, viens on y va.

Attends. Où tu vas ?

Chercher un distributeur.

Elle a gagné la première bataille.

L’EXPLICATION

Vertige de l’Amour, c’est ne pas tomber dans le ravin.

Quand on sort de l’adolescence, on n’est pas encore tout à fait adulte. Ce n’est pas parce qu’on sait faire du vélo sans roulettes qu’on est forcément prêt·e pour le Tour de France.

Les adolescent·es sont en plein rêve. Celles ou ceux qui ont eu la chance de passer entre les gouttes des pervers (cf Les Chatouilles) considèrent la vie comme un fantasme à ciel ouvert. La moindre rencontre est aussitôt chargée d’une intensité dramatique incroyable, comme si on était dans du Baudelaire (cf La Fureur de Vivre).

En espérant très fort que ces minutes ne déçoivent pas.

On ignore encore que la vie sera une succession de murs. Le maquillage va finir par couler et les genoux faire mal. On repousse le plus tard possible la possibilité que la vie ressemble plutôt à une chanson de Céline Dion que d’Hannah Montana : Que les choses ont changé, que les fleurs ont fané, que le temps d’avant, c’était le temps d’avant.

Cette fille et ce garçon sont à ce stade de leur évolution. Ils ont envie de vivre leur délire d’Adam et Eve, sans souci.

Je m’en fous.

Ils ont tous les deux très envie de ressentir le vertige.

C’est alors que la jeune femme a la présence d’esprit de se souvenir du Cercle des Poètes disparus, et du conseil du professeur Keating : sucer la moelle de la vie mais n’en avalez pas l’os. La jeune femme se rappelle qu’elle vit dans son époque. Et les années 90 sont les années SIDA (cf 120 Battements par Minute). Il y a un vilain virus qui rôde. Virus dont les amoureux doivent se méfier aussi car il se transmet par voie sexuelle.

Tu l’as ??

Elle aimerait que son partenaire en parle le premier. Parce qu’elle y pense très fort.

Il va le dire. Pourquoi il dit rien ? Il s’en fout.

Elle préférerait sans doute crier qu’elle veut aller dans la chambre plutôt que de rester dans la salon. Mais ces temps difficiles la contraignent à faire preuve de courage : ne pas risquer sa vie même cela brise la magie du rituel amoureux.

Ça va tout foutre en l’air. (…) Je le connais pas.

Elle a raison : elle ne le connait pas. On ne connait jamais vraiment personne. Déjà que l’on ne se connait pas soi-même. Alors le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Qui sait…

Il la provoque encore.

Qu’est-ce qu’il y a ? T’as peur ?

Elle résiste car elle ne veut pas avoir de regret.

Tu peux pas savoir.

On peut pas tout savoir. Tu te méfies de moi?

Mais non.

Les regrets c’est une chanson de Souchon. Et elle ne veut certainement pas finir comme ça.

Les années 90 étaient un moment véritablement vertigineux, où faire l’amour sans protection était comme sauter dans le vide (cf Titanic). Le virus a transformé ce qui relève de la fusion des corps en une âpre négociation.

Malgré tout, la jeune femme a su faire preuve de pragmatisme. C’est tout à son honneur. Elle a eu raison de ne rien céder. Peut-être qu’elle a eu l’impression de casser la magie. Dans quelques années, elle saura que tout cela n’est pas aussi merveilleux qu’on ne le pense. En tout cas, elle s’est surtout préservée de devoir passer des tests angoissants pour découvrir qu’elle a peut-être attrapé une maladie sexuellement transmissible ou pire encore : qu’elle est tombée enceinte d’un tocard (cf l’Amour ouf).

LE COURT MÉTRAGE

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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